• [^] # Re: J'ai comme un doute .

    Posté par . En réponse au journal Big Brother restera un personnage de George Orwell.. Évalué à 4.

    Relis 1984 alors.

    Pour ceux qui ne l'auraient pas lu et comptent le lire, /!\ SPOILER ALERT/!\

    Dans 1984, (d'où vient justement le Big Brother), O'Brian le personnage représentant la quintessence de l'état totalitaire explique vers la fin du livre que la véritable finalité de la société post-moderne est d'organiser la stagnation technologique et l'immobilisme hyperactif pour maintenir en place la pyramide sociale. Certains des outils principaux étant :
    - la production industrielle d'une culture de masse insipide et dépourvue de contenu
    (les romans produits par kaléïdoscopes...)
    - une langue officielle (novlangue) inventée pour rendre impossible la pensée critique
    (les mots ont toujours un double sens à la fois positif ou négatif...)
    - la déconstruction permanente de l'histoire par la "rectification" des sources
    (le protagoniste est employé à modifier les journaux anciens...)
    - la baisse organisée de la qualité des biens produits
    (le fameux "gin de la victoire"...)
    - la focalisation de la colère contre un ennemi imaginaire
    (Goldstein pour lequel on a la "minute de la haine"...)
    - l'organisation de la paranoïa par la surveillance permanente de tous par tous
    (le "télécran", enfants encouragés par leurs parents à dénoncer leurs parents...)
    - un système judiciaire reposant sur l'arbitraire
    (le crime le plus grave est de penser...)
    - la guerre permanente sans objectif de victoire
    (les grands "blocs" Eurasia, Estasia, Oceania, se font la guerre pour la guerre)

    J'en oublie. L'objectif est d'organiser la fin de l'histoire, pour que la structure sociale soit maintenue en l'état. Selon Orwell, ce n'est pas vraiment un objectif conscient, un complot de quelques-uns, mais plutôt une organisation émergente qui permettrait de maintenir le monde post-moderne dans un état stable et que les élites, seules à réaliser vraiment le fonctionnement global, embrassent comme la seule voie possible.

    Donc le parallèle avec notre époque où "le rationalisme d'état ne fait qu'exploiter l'immobilisme" n'est pas si absurde.

    Maintenant, Orwell écrivait à l'époque où le communisme faisait encore peur, et où le fascisme et le nazisme n'étaient pas très loin non plus dans les mémoires, d'où certains concepts un peu datés (mettre une caméra dans chaque foyer était de la science-fiction à l'époque, le communisme était une menace bien réelle pour l'anglais libéral moyen, si l'on voulait produire des romans à la tonne aujourd'hui on emploierait plutôt un ordinateur qu'une machine compliquée à base de miroirs...) mais certains le sont volontairement, pour montrer que l'état totalitaire y organise la stagnation technologique.

    Alors pour finir et si vous le voulez bien, un peu de matière à penser (en reprenant les critères qui fondent l'inquiétude d'Orwell dans 1984 et en proposant une transposition à notre époque). Rapellez-vous bien que, dans l'explication d'Orwell, l'évolution de la société vers le totalitarisme n'est pas le résultat d'un complot mais d'une organisation émergeant spontanément de la mondialisation :
    - la production industrielle d'une culture de masse insipide et dépourvue de contenu
    la télé-poubelle ?
    les blockbusters consensuels à la moralité sauce Hollywood ?
    - la déconstruction permanente de l'histoire par la "rectification" des sources
    un jour, une réforme ?
    l'ardoise magique médiatique ?
    - la focalisation de la colère contre un ennemi imaginaire
    Tarnac et ses petites épiceries tapies dans l'ombre ?
    Osama Bn Ladn ? Seudddââm Eussaïn ?
    - un système judiciaire reposant sur l'arbitraire
    re-Tarnac (accusés surtout d'avoir des lectures de gauche un peu extrème) ?
    15 gendarmes en permanence pour protéger la villa d'un ami du président ?
    - la guerre permanente sans objectif de victoire
    war on terror ?

    Je vous laisse réfléchir...