Juste un petit commentaire plutôt documentaire, car je me suis promis, surtout cette année commémorative :) , de ne pas participer aux trolls sur ce sujet. Mais dans ce fil, on a plusieurs fois fait référence à cette époque.
Alors, voilà la vue de quelqu'un qui a participé, quelqu'un qui avait 25 ans en 68 !
Le vrai moteur de la révolte étudiante d'abord, puis généralisée ensuite, ce n'est pas la problématique économique -bien qu'elle ait ensuite été instrumentalisée par la CGT qui était à l'époque la courroie de transmission du PC- la véritable origine, et qui était commun à toute la jeunesse, étudiante ou ouvrière, c'était non pas des théories politiques fumeuses (qui avait lu Marx ou Marcuse dont on parlait tant, ou jamais lu Debord!), en fait le moteur de la révolte c'était le refus de l'autorité exercée en tant que telle. Je m'aperçois qu'il est très difficile d'expliquer ceci, car effectivement c'est un acquis de ces années qui a été intériorisé à un point que nous n'aurions pas imaginé: il n'est plus possible d'imposer les choses, même actuellement :) il faut argumenter, convaincre, l'autorité seule ne marche plus, sinon c'est la révolte assurée. Qu'on se comprenne bien, il ne s'agissait pas du refus de toute autorité comme je l'ai lu ici ou là, mais du refus du principe d'autorité bête, indiscutable, style celui de l'armée ("...doit une obéissance immédiate et passive de tous les instants...").
En fait, et c'est curieux que cela n'ait pas plus inspiré tous les pisseurs de livres, cette époque -qui n'était d'ailleurs pas exclusivement française mais mondiale- a correspondu au rejet définitif du modèle antique du patriarcat, hérité de la pré antiquité, qui veut qu'on doive obéir aux anciens simplement parce qu'ils sont nés avant vous (votre tour viendra...), aux autorités car c'est l'autorité, au contremaitre parce que c'est lui qui représente le patron, au professeur car il est arrivé (d'où la fameuse insulte de l'époque: mandarins !), au mari car on n'est qu'une femme (à l'époque il fallait une autorisation écrite du mari pour qu'une femme puisse travailler ou ouvrir un compte en banque!)
Voilà, c'est ce monde vieux, figé, bloqué, qui freinait l'évolution de la société demeurée mentalement presqu'avant guerre, dans un économie alors en pleine expansion avec toutes les idées qui vont avec, c'est ce vieux monde qu'on a rejeté à l'époque et sur plusieurs continents! On voit bien qu'on est loin de la situation actuelle, comme probablement de celle qu'on aura dans quarante ans, même si je ne serai plus là pour le voir!
Maintenant, effectivement, il y a les problèmes d'aujourd'hui, à traiter avec les solutions d'aujourd'hui mais avec le consensus des intéressés d'aujourd'hui.
# L'histoire n'est pas un recommencement
Posté par brazz . En réponse au journal Le recule sur la reforme du lycée ou comment éviter un "mai 68". Évalué à 10.
Alors, voilà la vue de quelqu'un qui a participé, quelqu'un qui avait 25 ans en 68 !
Le vrai moteur de la révolte étudiante d'abord, puis généralisée ensuite, ce n'est pas la problématique économique -bien qu'elle ait ensuite été instrumentalisée par la CGT qui était à l'époque la courroie de transmission du PC- la véritable origine, et qui était commun à toute la jeunesse, étudiante ou ouvrière, c'était non pas des théories politiques fumeuses (qui avait lu Marx ou Marcuse dont on parlait tant, ou jamais lu Debord!), en fait le moteur de la révolte c'était le refus de l'autorité exercée en tant que telle. Je m'aperçois qu'il est très difficile d'expliquer ceci, car effectivement c'est un acquis de ces années qui a été intériorisé à un point que nous n'aurions pas imaginé: il n'est plus possible d'imposer les choses, même actuellement :) il faut argumenter, convaincre, l'autorité seule ne marche plus, sinon c'est la révolte assurée. Qu'on se comprenne bien, il ne s'agissait pas du refus de toute autorité comme je l'ai lu ici ou là, mais du refus du principe d'autorité bête, indiscutable, style celui de l'armée ("...doit une obéissance immédiate et passive de tous les instants...").
En fait, et c'est curieux que cela n'ait pas plus inspiré tous les pisseurs de livres, cette époque -qui n'était d'ailleurs pas exclusivement française mais mondiale- a correspondu au rejet définitif du modèle antique du patriarcat, hérité de la pré antiquité, qui veut qu'on doive obéir aux anciens simplement parce qu'ils sont nés avant vous (votre tour viendra...), aux autorités car c'est l'autorité, au contremaitre parce que c'est lui qui représente le patron, au professeur car il est arrivé (d'où la fameuse insulte de l'époque: mandarins !), au mari car on n'est qu'une femme (à l'époque il fallait une autorisation écrite du mari pour qu'une femme puisse travailler ou ouvrir un compte en banque!)
Voilà, c'est ce monde vieux, figé, bloqué, qui freinait l'évolution de la société demeurée mentalement presqu'avant guerre, dans un économie alors en pleine expansion avec toutes les idées qui vont avec, c'est ce vieux monde qu'on a rejeté à l'époque et sur plusieurs continents! On voit bien qu'on est loin de la situation actuelle, comme probablement de celle qu'on aura dans quarante ans, même si je ne serai plus là pour le voir!
Maintenant, effectivement, il y a les problèmes d'aujourd'hui, à traiter avec les solutions d'aujourd'hui mais avec le consensus des intéressés d'aujourd'hui.
Je sors.