Je suis assez sidéré par les commentaires présents à l'heure actuels.
Certes, la partie « société » n'est pas du tout prépondérante, bien que
clairement abordée, cf. annexe 1. Certes, le programme est ambitieux et bien sûr
imparfait (par exemple, le logiciel libre ne mériterait-il pas d'être au moins
mentionné ?).
Mais je ne peux m'empêcher de penser que la plupart des objections que j'ai lues
plus haut sont en contradiction presque totale avec ce qui me semblerait être la
vocation d'un tel programme : l'acquisition d'un vrai savoir généraliste faisant
potentiellement d'un citoyen un acteur responsable et lucide face au numérique,
c'est à dire capable de prendre des décisions basées sur ses connaissances
scientifiques et techniques objectives plutôt que sur le mélange de propagande,
rumeur et ouï-dire qui forme la base du savoir informatique de la vaste majorité
de nos compatriotes.
Avant tout, il ne faut pas négliger que les formulations employées exposent le
programme à des décideurs sensés être compétents en la matière (hum), et ne
reflètent pas du tout la présentation qui en sera faite aux élèves.
De plus, je trouve assez savoureuses certaines objections à ce programme, qui
transposées dans le cadre d'autres disciplines, feraient probablement hurler
leurs auteurs. Par exemple, on semble lui reprocher d'être trop théorique;
pourquoi ne pas faire de même, disons, pour le programme de chimie ? Après
tout, accabler des élèves très différents avec un savoir qui ne leur servira pas
dans leur vie professionnelle, à quoi bon ? On se contentera facilement d'un
module « Chimie et société » exposant de façon vulgarisée les grands principes
de la chimie, son histoire et l'apport à la société moderne. Mieux, on
généralisera aisément à toutes ces disciplines superflues comme l'histoire ou
les mathématiques; après tout, quel DRH a déjà demandé la date de la bataille de
Marignan lors d'un entretien d'embauche ? Ou bien, pour l'écrasante majorité
d'entre eux, la résolution d'une équation du second degré ? Ne parlons pas de la
philosophie. En route pour l'ECJSisation du lycée !
Toutes les ébauches de programmes gloubi-boulga que j'ai vu ci-dessus me
semblent oublier un détail : tous les points « web social » / « sous-culture
internet » seront probablement autant maîtrisés par les élèves que par le
professeur. Le rôle du lycée devrait plutôt être de dispenser un savoir plus
difficile à acquérir par soi même pour la majorité, réduisant ainsi les
inégalités présentes et futures.
Quand aux reproches concernant le caractère supposé trop « professionnalisant »,
ils me semblent vraiment absurdes; pour reprendre l'analogie avec la chimie,
va-t-on reprocher l'étude de la combustion du carbone en quatrième comme un
honteux cadeau au patronat friand de jeunes ingénieurs chimistes ?
En filigrane se pose la question de la nature de l'informatique. Si on admet, ce
qui me semble raisonnable bien qu'inconscient chez 99% de la population, qu'il
s'agit d'une discipline technique mais aussi d'une science*, alors on
doit en déduire que ce genre de programme a sa place, et que l'algorithmique et
la programmation doivent légitimement en former le coeur, tout comme elles
fondent la science qui le sous-tend.
Pour conclure : cet enseignement a pour vocation avouée d'être « de qualité »,
ambition rafraîchissante à la lueur de la médiocrité éducative ambiante; il aura
besoin d'enseignants compétents et motivés ainsi que de courage politique
et pédagogique pour arriver à ne serait-ce qu'une fraction de son objectif. Mais
je pense sincèrement qu'à long terme, il peut améliorer significativement les
rapports des français au numérique.
# Oui !
Posté par auve . En réponse au journal Votre avis sur le nouveau module de Seconde "Informatique et société numérique". Évalué à 2.
Certes, la partie « société » n'est pas du tout prépondérante, bien que
clairement abordée, cf. annexe 1. Certes, le programme est ambitieux et bien sûr
imparfait (par exemple, le logiciel libre ne mériterait-il pas d'être au moins
mentionné ?).
Mais je ne peux m'empêcher de penser que la plupart des objections que j'ai lues
plus haut sont en contradiction presque totale avec ce qui me semblerait être la
vocation d'un tel programme : l'acquisition d'un vrai savoir généraliste faisant
potentiellement d'un citoyen un acteur responsable et lucide face au numérique,
c'est à dire capable de prendre des décisions basées sur ses connaissances
scientifiques et techniques objectives plutôt que sur le mélange de propagande,
rumeur et ouï-dire qui forme la base du savoir informatique de la vaste majorité
de nos compatriotes.
Avant tout, il ne faut pas négliger que les formulations employées exposent le
programme à des décideurs sensés être compétents en la matière (hum), et ne
reflètent pas du tout la présentation qui en sera faite aux élèves.
De plus, je trouve assez savoureuses certaines objections à ce programme, qui
transposées dans le cadre d'autres disciplines, feraient probablement hurler
leurs auteurs. Par exemple, on semble lui reprocher d'être trop théorique;
pourquoi ne pas faire de même, disons, pour le programme de chimie ? Après
tout, accabler des élèves très différents avec un savoir qui ne leur servira pas
dans leur vie professionnelle, à quoi bon ? On se contentera facilement d'un
module « Chimie et société » exposant de façon vulgarisée les grands principes
de la chimie, son histoire et l'apport à la société moderne. Mieux, on
généralisera aisément à toutes ces disciplines superflues comme l'histoire ou
les mathématiques; après tout, quel DRH a déjà demandé la date de la bataille de
Marignan lors d'un entretien d'embauche ? Ou bien, pour l'écrasante majorité
d'entre eux, la résolution d'une équation du second degré ? Ne parlons pas de la
philosophie. En route pour l'ECJSisation du lycée !
Toutes les ébauches de programmes gloubi-boulga que j'ai vu ci-dessus me
semblent oublier un détail : tous les points « web social » / « sous-culture
internet » seront probablement autant maîtrisés par les élèves que par le
professeur. Le rôle du lycée devrait plutôt être de dispenser un savoir plus
difficile à acquérir par soi même pour la majorité, réduisant ainsi les
inégalités présentes et futures.
Quand aux reproches concernant le caractère supposé trop « professionnalisant »,
ils me semblent vraiment absurdes; pour reprendre l'analogie avec la chimie,
va-t-on reprocher l'étude de la combustion du carbone en quatrième comme un
honteux cadeau au patronat friand de jeunes ingénieurs chimistes ?
En filigrane se pose la question de la nature de l'informatique. Si on admet, ce
qui me semble raisonnable bien qu'inconscient chez 99% de la population, qu'il
s'agit d'une discipline technique mais aussi d'une science*, alors on
doit en déduire que ce genre de programme a sa place, et que l'algorithmique et
la programmation doivent légitimement en former le coeur, tout comme elles
fondent la science qui le sous-tend.
Pour conclure : cet enseignement a pour vocation avouée d'être « de qualité »,
ambition rafraîchissante à la lueur de la médiocrité éducative ambiante; il aura
besoin d'enseignants compétents et motivés ainsi que de courage politique
et pédagogique pour arriver à ne serait-ce qu'une fraction de son objectif. Mais
je pense sincèrement qu'à long terme, il peut améliorer significativement les
rapports des français au numérique.
Si on lui en donne l'occasion.
auve
PS : Les lecteurs intéressés par plus d'information, et en particulier un
programme plus général concernant le lycée, pourront se référer à la page de
Gilles Dowek : http://www.lix.polytechnique.fr/~dowek/enseignement.html
* : Tout à fait distincte mais souvent voisine des mathématiques.