En effet, mon truc de base, c'est plutôt les abeilles que les lignes de codes...
Cela fait bientôt cinq ans que je suis apiculteur à mon compte avec près de trois-cent ruches, et mon père l'a été avant moi pendant près de vingt ans.
Alors il est un peu tard et j'ai carrément la flemme de faire une réponse complète, circonstancée, toussaaa, et je risque donc de faire des raccourcis rapides et des approximations grossières, mais ça évitera déjà peut-être que quelques grosses bêtises soient dites.
* Il y a déjà une quarantaine d'années, il a déjà été question, en France, de disparitions de colonies massives et inexpliquées. Le petit nom à la mode actuelle est « syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles », à l'époque, on en parlait sous le nom de « maladie de la disparition ». Deux noms qui veulent bien dire ce qu'ils signifient : on sait comment ça se termine, mais pas d'où ça vient. Au bout de quelques années, plus personne n'en parlait, plus personne ne le constatait. À peu près tout le monde a oublié ces faits. À ce demander même s'ils ont réellement existés.
* S'il est assez aisé de diagnostiquer un certain nombre d'infections, de maladies, de mycoses, ou d'accidents divers sur les ruches, le fait est que, souvent, on ne sait pas pourquoi une ruche se porte plus ou moins bien.
* Les agriculteurs se plaignent toujours, et les apiculteurs pas moins que les autres, que ce soit à tort ou à raison.
* Les apiculteurs plus que d'autres branches de l'agriculture vivent et professent plus le « bio » et ont donc tendance à tomber plus facilement sur tout ce qui semble s'éloigner de la nature, et bien évidemment sur les pesticides en premier. Souvent à raison, certes... Mais comme je l'ai dit plus haut, souvent, on ne sait juste pas quoi accuser. Alors dire « c'est les pesticides », c'est très facile. De manière très parlante, jusqu'à il y a une quinzaine d'années, les dommages aux ruches dus au pesticides étaient remboursés par les assurances. il y a eu tellement d'abus que ce n'est plus le cas.
* J'ai en effet moi-même constaté une surmortalité ces deux derniers hivers (disons environ plutôt 35% que les 20% habituels). En partie, je sais pourquoi et c'était ma faute (pas bien), mais ça n'explique pas tout.
* Cela peut mettre un certain nombre d'apiculteurs dans des situations financières difficiles. J'en suis. Dans la mesure où les assurances ne remboursent plus, il est presque plus aisé de faire bouger du média pour faire bouger des administrations pour toucher des indemnités. Mais si on n'en connaît pas les raisons, tout le monde s'en fout. Il faut un bouc émissaire. Entre la mode bio et les penchants apicoles faciles sus-cités, ça va vite : les boucs émissaires sont immédiatement désignés : les pesticides (encore une fois, c'est sûr, c'est mal et c'est en effet souvent source de problèmes... des problèmes qu'on sait cependant en général reconnaître).
* En France, l'apiculture professionnelle pratiquée pour la polinisation est marginale. Les apiculteurs la pratiquant se regroupent pour éviter les zones à risques et faire des « listes noires » d'agriculteurs abusant des pesticides.
* Des conditions météorologiques (et pas climatiques, merci de faire la nuance) mauvaises et répétées pendant plusieurs années en particulier sur les zones apicoles sont aussi sources de problèmes, ce qui peut poser des problèmes en apparence inédits, ou en tout cas peu habituels. Mais c'est une cible moins facile que les pesticides.
* Je ne sais pas du tout comment ça se passe aux USA.
* Et plein d'autres trucs, mais là je fatigue...
# Bon bon bon...
Posté par Benjamin Lannoy . En réponse au journal Qu'allons nous devenir sans insectes polinisateurs ?. Évalué à 10.
Cela fait bientôt cinq ans que je suis apiculteur à mon compte avec près de trois-cent ruches, et mon père l'a été avant moi pendant près de vingt ans.
Alors il est un peu tard et j'ai carrément la flemme de faire une réponse complète, circonstancée, toussaaa, et je risque donc de faire des raccourcis rapides et des approximations grossières, mais ça évitera déjà peut-être que quelques grosses bêtises soient dites.
* Il y a déjà une quarantaine d'années, il a déjà été question, en France, de disparitions de colonies massives et inexpliquées. Le petit nom à la mode actuelle est « syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles », à l'époque, on en parlait sous le nom de « maladie de la disparition ». Deux noms qui veulent bien dire ce qu'ils signifient : on sait comment ça se termine, mais pas d'où ça vient. Au bout de quelques années, plus personne n'en parlait, plus personne ne le constatait. À peu près tout le monde a oublié ces faits. À ce demander même s'ils ont réellement existés.
* S'il est assez aisé de diagnostiquer un certain nombre d'infections, de maladies, de mycoses, ou d'accidents divers sur les ruches, le fait est que, souvent, on ne sait pas pourquoi une ruche se porte plus ou moins bien.
* Les agriculteurs se plaignent toujours, et les apiculteurs pas moins que les autres, que ce soit à tort ou à raison.
* Les apiculteurs plus que d'autres branches de l'agriculture vivent et professent plus le « bio » et ont donc tendance à tomber plus facilement sur tout ce qui semble s'éloigner de la nature, et bien évidemment sur les pesticides en premier. Souvent à raison, certes... Mais comme je l'ai dit plus haut, souvent, on ne sait juste pas quoi accuser. Alors dire « c'est les pesticides », c'est très facile. De manière très parlante, jusqu'à il y a une quinzaine d'années, les dommages aux ruches dus au pesticides étaient remboursés par les assurances. il y a eu tellement d'abus que ce n'est plus le cas.
* J'ai en effet moi-même constaté une surmortalité ces deux derniers hivers (disons environ plutôt 35% que les 20% habituels). En partie, je sais pourquoi et c'était ma faute (pas bien), mais ça n'explique pas tout.
* Cela peut mettre un certain nombre d'apiculteurs dans des situations financières difficiles. J'en suis. Dans la mesure où les assurances ne remboursent plus, il est presque plus aisé de faire bouger du média pour faire bouger des administrations pour toucher des indemnités. Mais si on n'en connaît pas les raisons, tout le monde s'en fout. Il faut un bouc émissaire. Entre la mode bio et les penchants apicoles faciles sus-cités, ça va vite : les boucs émissaires sont immédiatement désignés : les pesticides (encore une fois, c'est sûr, c'est mal et c'est en effet souvent source de problèmes... des problèmes qu'on sait cependant en général reconnaître).
* En France, l'apiculture professionnelle pratiquée pour la polinisation est marginale. Les apiculteurs la pratiquant se regroupent pour éviter les zones à risques et faire des « listes noires » d'agriculteurs abusant des pesticides.
* Des conditions météorologiques (et pas climatiques, merci de faire la nuance) mauvaises et répétées pendant plusieurs années en particulier sur les zones apicoles sont aussi sources de problèmes, ce qui peut poser des problèmes en apparence inédits, ou en tout cas peu habituels. Mais c'est une cible moins facile que les pesticides.
* Je ne sais pas du tout comment ça se passe aux USA.
* Et plein d'autres trucs, mais là je fatigue...