• [^] # Re: Pour et contre

    Posté par . En réponse au journal Protection de la vie privée et inspection visuelle des bagages à main dans les supermarchés. Évalué à 2.

    Merci pour ta réponse, qui me permet de préciser ma pensée (y compris à moi-même). Elle est longue, mais le lien que tu donnes est lourd de contenu, lui aussi ;-)
    La conférence que tu proposes en lien, et que je revois avec grand plaisir, illustre bien notre débat en effet.

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    «Oui alors l'économie elle peut être de plusieurs natures, genre aller au supermarché une fois par semaine et basta, c'est un critère pour certains.»

    Je crois que justement, la matière la plus économisée en ce cas-là c'est la rationalité. Je connais bien la notion de rationalité limitée -optimiser un résultat sous contrainte de coût en intégrant le temps de calcul au coût.


    Comme Barry Schwartz, je trouve que la richesse des choix est une richesse et une chance, qu'elle augmente potentiellement notre liberté ; toujours comme lui je pense que «people have more decisions to make than it's worth their time and trouble».
    C'est là qu'interviennent les spécialistes (peut-être que je n'ai pas bien compris la conf, mais je pense que les agents spécialistes, c'est bien).
    Tu es toi-même sans doute un spécialiste ; je suis moi-même à mon échelle le référent de quelques personnes pour l'informatique et tout un tas de choses vaguement technologiques ou pas. Je leur fais gagner du temps : il est en effet plus efficace pour tout le monde que je minimise le nombre d'options ouvertes à mes interlocuteurs, parfois jusqu'à une seule option -dès que je peux le faire.

    Moi-même, lorsque les choix ne sont pas de ma compétence, dans la mesure de mes possibilités (et j'admets que j'en ai pas mal, sans doute juste comme toi) je préfère que des spécialistes (que je paye ou pas, que je consulte ou dont j'imite les choix) fassent ces choix à ma place. On en revient à un choix plus facile peut-être : choisir son spécialiste. En plus ça facilite la recherche de responsabilité.

    Je vais dans un instant relativiser un point de mon argumentation précédente, mais d'abord je voudrais enfoncer mon clou :
    Il n'y a qu'un domaine -abordé par cet excellent conférencier- dans lequel je juge inexcusable pour la plupart de mes contemporains de ne pas s'informer pour faire les choix eux-mêmes : c'est la gestion de leur propre vie et de leurs objectifs de vie. Oui, c'est large, ça inclut la politique, la vie de quartier, le contenu de l'assiette, le fait de se marier ou de faire des enfants. Barry Schwartz pense que nos choix sont toujours aveuglés d'émotion, et dans le détail quotidien je pense qu'il a raison de vouloir faire appel à des agents. Mais pour les grandes lignes, les critères fondamentaux, le sujet est seul à même de décider, et parfois, en prenant du recul, je pense qu'on peut être son propre agent.
    Je suis peut-être malade de non conformisme, de vouloir mêler la rationalité à des choses que l'habitude et surtout les conventions règlent de façon plus paisibles ; qui plus est, je ressens (émotion) toujours le fait de se ranger à une norme non optimale comme un choix, donc forcément frustrant (on parle toujours avec cette merveilleuse conf en toile de fond) ; en fait, je retire (perversement ?) de la satisfaction du simple fait d'avoir fait un choix viable et différent par moi-même.

    Je reviens en arrière comme promis sur un point : nos contemporains ne deviennent pas, collectivement, moins libres, moins autonomes. Ils sont juste collectivement moins autonomes face aux problèmes qui se présentaient avant, comme "faire une poule au pot". Les possibilités augmentent pour ceux qui sont autonomes socialement (ça implique un minimum l'économique) de devenir spécialistes de tel ou tel domaine, de construire leur tapis de DDR eux-mêmes, de manger d'excellents plats dont les légumes sont de provenance et de qualité connues, et ça me rend optimiste.
    J'ai juste un peu le blues parfois, quand je vois le résultat des élections, les meilleures ventes de livres ou que j'ai l'impression que le temps de télévision (cette éloigneuse de soucis) obligatoire est contraint mes concitoyens à économiser sur leur temps de courses, et que "les gens" (c'est péjoratif) ne recherchent pas l'autonomie, alors que -les algos génétiques l'illustrent bien- c'est la variété qui évite les optima locaux et dégage les meilleurs solutions aux problèmes.