Plus tu ajoutes de sens aux mots, plus ça requiert de remise en contexte, plus le cerveau est chargé et commets des erreurs. C'est aggravé à l'oral.
Juste un exemple, juste un : Légendaire a deux sens : soit mythique, imaginaire, soit célèbre et ancien.
Toi, tu présumes qu'il signifiait dans mon commentaire célèbre et ancien. Alors qu'au moment de l'écrire, j'avais d'abord pensé à extrême, pensant à tout ce que j'ai lu sur la langue française dont sa manière d'être «précisément imprécise», puis je me suis dit que ces lectures étaient peut-être biaisées ou peu pertinentes, surtout pour ceux à qui je m'adresse. Alors j'ai choisi légendaire pour son ambiguïté. Parfois, j'ai besoin de calibrer ainsi mon expression. Faire référence autant à un idéal qu'à une vérité passé et plus ou moins présente, selon les opinions, mais que je veux réalité future dans les deux cas.
Mais non, toi tu marches au probabilisme : il y a plusieurs sens possibles, comment comprendre le moramarth ? Avec le contexte, ce que je pense de lui, ce qu'il a dit d'autre dans le commentaire, etc., je choisis qu'il a dit célèbre et ancien, et lui rétorque qu'elle pourrait être imaginaire. Et encore, ce serait merveilleux si tu l'avais fait consciemment...
Allez, un deuxième exemple pour la route :
Je me suis demandé si Eraser signifiait que ça lui faisait mal d'obtenir gratuitement ces morceaux de NIN et que payer la version luxueuse de l'album lui permettait de supporter l'initiative. J'ai relu son commentaire, dont le premier paragraphe, et j'ai fait comme toi, j'ai choisi un sens, et l'absence de réaction d'Eraser semble indiquer que j'ai émis la bonne hypothèse. Cela parce que j'ai intégré que ma vision de la langue est minoritaire, que si je veux m'exprimer il me faut tenir compte de cette restriction courante à la précision des mots. Parfois je me sens étranger en parlant ma langue maternelle. Parfois, je me mets à bafouiller, à perdre beaucoup de clarté et finalement de temps à expliquer en rajoutant suffisamment de contexte ce que je pense, parce que je suis en communication avec des personnes probabilistes dans leur langage prétendument pour aller plus vite.
Mais il y a pire : le rétrécissement de la conscience que cela occasionne. On n'a plus conscience de son degré d'imprécision, donc de sa précision, et on perd la faculté d'ajuster à la hausse la rigueur de sa pensée. Tu as éluder l'imprécision de mon commentaire précisément avec le mécanisme dénoncé par ledit commentaire ! Tu vois un commentaire appelant à la précision, tu es imprécis dans sa compréhension !
Je sais que, malheureusement, au quotidien, on sait faire sans grande précision, alors on prend de mauvaises habitudes. Ce ne sont pas des moulins à vents, ce sont des ennemis réels de la pensée. Je te recommande vivement 1984 de Georges Orwell et particulièrement tout ce qu'il écrit sur la novlangue, pour saisir la réalité de ce danger (mais peut-être l'expression «contre des moulins à vents» était utilisée elle aussi sans grande précision, peut-être signifiait-elle pour des causes perdues ?). Je ne dis pas que mon idéal n'est pas exigeant. Mais si au moins je pouvais avoir moins souvent l'impression de parler une langue étrangère, et si je pouvais t'avoir éclairci un bout d'horizon avec ce commentaire, alors j'aurais des petites bouffées de bonheur à chaque fois que je pense à ce dernier commentaire.
Comment communiquer si la langue change de mots, les étend, les intervertit à tout-va ? J'essaie de me ménager un espace de calme et de stabilité dans mon esprit pour que tout le reste ne soit pas emporté par le tourbillon autour de moi. C'est précieux et fragile, alors je m'efforce de le propager quelque fois, quitte à déranger un peu ce tourbillon.
[^] # Re: Du sens des mots...
Posté par moramarth . En réponse au journal NIN met son dernier album sous CC et explose RadioHead. Évalué à 4.
Juste un exemple, juste un :
Légendaire a deux sens : soit mythique, imaginaire, soit célèbre et ancien.
Toi, tu présumes qu'il signifiait dans mon commentaire célèbre et ancien. Alors qu'au moment de l'écrire, j'avais d'abord pensé à extrême, pensant à tout ce que j'ai lu sur la langue française dont sa manière d'être «précisément imprécise», puis je me suis dit que ces lectures étaient peut-être biaisées ou peu pertinentes, surtout pour ceux à qui je m'adresse. Alors j'ai choisi légendaire pour son ambiguïté. Parfois, j'ai besoin de calibrer ainsi mon expression. Faire référence autant à un idéal qu'à une vérité passé et plus ou moins présente, selon les opinions, mais que je veux réalité future dans les deux cas.
Mais non, toi tu marches au probabilisme : il y a plusieurs sens possibles, comment comprendre le moramarth ? Avec le contexte, ce que je pense de lui, ce qu'il a dit d'autre dans le commentaire, etc., je choisis qu'il a dit célèbre et ancien, et lui rétorque qu'elle pourrait être imaginaire. Et encore, ce serait merveilleux si tu l'avais fait consciemment...
Allez, un deuxième exemple pour la route :
Je me suis demandé si Eraser signifiait que ça lui faisait mal d'obtenir gratuitement ces morceaux de NIN et que payer la version luxueuse de l'album lui permettait de supporter l'initiative. J'ai relu son commentaire, dont le premier paragraphe, et j'ai fait comme toi, j'ai choisi un sens, et l'absence de réaction d'Eraser semble indiquer que j'ai émis la bonne hypothèse. Cela parce que j'ai intégré que ma vision de la langue est minoritaire, que si je veux m'exprimer il me faut tenir compte de cette restriction courante à la précision des mots. Parfois je me sens étranger en parlant ma langue maternelle. Parfois, je me mets à bafouiller, à perdre beaucoup de clarté et finalement de temps à expliquer en rajoutant suffisamment de contexte ce que je pense, parce que je suis en communication avec des personnes probabilistes dans leur langage prétendument pour aller plus vite.
Mais il y a pire : le rétrécissement de la conscience que cela occasionne. On n'a plus conscience de son degré d'imprécision, donc de sa précision, et on perd la faculté d'ajuster à la hausse la rigueur de sa pensée. Tu as éluder l'imprécision de mon commentaire précisément avec le mécanisme dénoncé par ledit commentaire ! Tu vois un commentaire appelant à la précision, tu es imprécis dans sa compréhension !
Je sais que, malheureusement, au quotidien, on sait faire sans grande précision, alors on prend de mauvaises habitudes. Ce ne sont pas des moulins à vents, ce sont des ennemis réels de la pensée. Je te recommande vivement 1984 de Georges Orwell et particulièrement tout ce qu'il écrit sur la novlangue, pour saisir la réalité de ce danger (mais peut-être l'expression «contre des moulins à vents» était utilisée elle aussi sans grande précision, peut-être signifiait-elle pour des causes perdues ?). Je ne dis pas que mon idéal n'est pas exigeant. Mais si au moins je pouvais avoir moins souvent l'impression de parler une langue étrangère, et si je pouvais t'avoir éclairci un bout d'horizon avec ce commentaire, alors j'aurais des petites bouffées de bonheur à chaque fois que je pense à ce dernier commentaire.
Comment communiquer si la langue change de mots, les étend, les intervertit à tout-va ? J'essaie de me ménager un espace de calme et de stabilité dans mon esprit pour que tout le reste ne soit pas emporté par le tourbillon autour de moi. C'est précieux et fragile, alors je m'efforce de le propager quelque fois, quitte à déranger un peu ce tourbillon.