Moi je le vois plutôt comme un n-ième signe que l'Europe, ça sert juste à promouvoir le libéralisme, la croissance, le developement.
C'est surtout le symbole d'un processus unique dans l'histoire humaine : le transfert volontaire de la souveraineté des États vers une entité supraétatique. Si l'on est cosmopolite (àma ce que devrait être toute idéologie saine, de droite ou de gauche) ou si l'on est écologiste, on ne peut qu'être pour les élargissements de gouvernance. À condition bien sûr que l'élargissement de gouvernance s'accompagne d'un élargissement démocratique. Or, c'est bien ce qui se passe, tout doucement, vu l'extension presque complète des domaines de compétences où le parlement européen dispose de la codécision et l'octroi d'un droit d'initiative constitutionnel [1]. J'ose espérer que ce n'est pas la démocratie qui vous embête. Je sais, c'est dur, l'Europe est de centre-droit. La France elle-même est de droite. C'est triste.
Mais c'est plutôt le tout doucement qui vous embête. Ça embête tout le monde mais il est proprement impossible de faire autrement que la méthode des petits pas. Les États disposent d'une légitimité qui leur est propre et qui leur est conféré par des siècles d'existence ainsi que par les mécanismes juridiques de nos démocraties représentatives : il ne suffit pas d'un parlement européen élu au suffrage universel qui s'autoproclamerait assemblée constituante et établirait unilatéralement sa constitution. Cela s'appellerait une révolution.
On y vient : ne serait-il pas temps de la faire, la révolution ? Je sens que les extrêmes frétillent d'impatience et retrouvent leurs rêves perdus du Grand Soir (je leur rappelle au passage qu'une assemblée constituante en Europe serait de centre-droit). Après tout, la démocratie n'a-t-elle pas été bafouée ? Les référendums ne sont-ils pas la volonté suprême du peuple, et de ce fait surpassent la volonté des représentants dont les mandats émanent de ce même peuple ? Dans un premier temps, je vais faire court et provocant : les référendums, c'est de la merde et c'est pas pour rien que plusieurs démocraties européennes dont l'Allemagne et la Belgique les ont rendus illégaux.
Les référendums, de la démocratie directe nous dit-on. Et bien moi je dis que c'est de l'inculture politique que de penser cela. Une expression directe, ça l'est. De la démocratie, on en est bien loin. Voilà donc ma position que je vais étayer ci-après : l'expression référendaire n'est pas démocratique, et c'est une atteinte à la démocratie que de lui donner un caractère contraignant.
Pourquoi ? Du fait de son exécrable interactivité. Dire Non ou Oui, ce n'est pas faire de la politique, ce n'est pas une expression démocratique. Au passage, dire « je veux que ce type soit le chef durant 5 ans », ce qui est aussi une expression directe du peuple, n'est pas de la démocratie non plus. Car qu'est-ce que la démocratie ? C'est un concept abstrait qui n'est certainement pas égale au principe majoritaire. Le principe majoritaire n'est qu'une application concrète prétendant à se rapprocher de l'abstraction « démocratie ». Or, ce principe a ceci de particulier qu'il tue (potentiellement) à petit feu les minorités structurelles, comme les immigrés, les minorités linguistiques, les homosexuelles, etc. Selon les cas, le principe majoritaire peut donc se révéler insuffisant pour se saisir de l'intérêt général. Car la notion majeure du principe démocratique est la « volonté générale », incarnée (un peu) plus concrètement par la recherche de l'« intérêt général ».
Tout le problème est donc d'établir une réalité institutionnelle qui se rapproche de cette abstraction, la démocratie. Or, le principal défendeur de la démocratie directe dans l'Histoire, Rousseau, ne l'envisageait que dans le cadre de minuscules républiques. Il n'envisageait la démocratie que comme le fruit de débats nécessitant une interactivité que seul un nombre modeste de participants peut permettre. L'interactivité est un obstacle majeur pour qu'une expression directe du peuple soit démocratique.
Or, tant qu'une interactivité minimale n'est pas remplie, se pose un problème de taille : la compétence politique du public. Cette dernière raison fâche, mais il faut regarder la vérité en face : un sondage eurobaromètre nous a appris il y a peu de temps que 62 % des français ne sont pas au courant que les eurodéputés sont élus au suffrage universel !! Et ce malgré le soi disant grand débat démocratique de 2005 dont on ne peut que s'effrayer en imaginant son contenu, quand on sait que seuls 38 % des protagonistes connaissaient cet élément de base du débat institutionnel. Il faut s'y faire, la politique est complexe, c'est un métier. Notamment parce qu'on cherche à concilier des principes qui ne vont pas de soi ensembles comme la liberté, la sécurité, l'égalité, etc, mais aussi parce que les enjeux politiques s'élargissent, géographiquement parlant.
D'autre part, même si l'interactivité pouvait être satisfaite à l'échelle d'un grand pays [2], on aurait à faire face au problème de la prétention participative : seul un très petit nombre de gens seraient prêts à mettre le temps qu'il faut dans les débats et les prises de décisions démocratiques. On se retrouverait alors confronté à la dynamique des minorités agissantes, c'est-à-dire au militantisme des extrêmes et des marginaux qui sont de manière générale des personnes politiquement très actives. Vous vous en doutez, les minorités agissantes ne sont pas à même d'exprimer la volonté générale et leur expression s'éloigne donc de la démocratie. Ceci est par ailleurs une observation qui s'applique aussi à la démocratie représentative (mais de manière moindre puisque la démarche du vote prend beaucoup moins de temps que celle du débat démocratique) et qui justifie le vote obligatoire comme en Belgique.
Mais au sujet de cette fameuse volonté générale. Imaginons pour un instant que l'on ait résolu les délicats problèmes de l'interactivité et de la prétention participative. Les débats publics seraient-ils à même de se saisir de la volonté générale ? Cela reste à prouver, car si l'on en croit l'expérience des campagnes présidentielles et référendaires, ces débats risqueraient surtout de se concentrer sur des problématiques spécifiques déconnectées du contexte général, voire totalement à côté de la plaque. Trois exemples frappants sur les préoccupations des français lors du débat de 2005 : la politique du gouvernement Raffarin - Chirac, le plombier polonais et la Turquie.
Ce qui m'amène au dernier problème du référendum, qui est lié à son manque d'interactivité : son incroyable illisibilité ! Comme le disait de Villiers, tout le monde a une bonne raison de voter Non (cette citation aide au passage à mieux comprendre ce que je veux dire avec le caractère spécificiste des référendums). De ce fait, le résultat de 2005 est tout bonnement illisible ! Nous avons des témoignages de gens qui ont voté Non pour dire merde à Raffarin, d'autres qui ont voté Non car l'UE est à droite (ouhou, la France aussi), d'autres qui ont voté Non par peur de l'Est, ... Pour ma part je pense que la raison profonde est une défiance à l'égard de cette Europe qui paraît loin, défiance qui ne pourra être résolue que par une réorganisation fédérale des élections europarlementaires qui conduirait donc à des campagnes transnationales des fédérations de partis européens (PSE, PPE, etc.). Ça viendra, ça viendra... Évidemment cette interprétation se base sur du vent puisque le résultat du référendum est illisible.
Mais cette défiance, n'est-elle pas un problème issue de la démocratie représentative ? Effectivement, si. Même si je pense que la démocratie représentative, qui privilégie la compétence et un nombre restreint de décideurs politiques, est plus à même de saisir l'intérêt général, cela ne veut pas dire qu'elle est en tout temps dans le meilleur de son efficacité. Selon la situation, elle peut souffrir de deux grandes maladies : soit une trop grande distance idéologique entre les représentants et les représentés (ce que vous semblez reprocher en ce qui concerne l'Europe, à tort de mon avis, voir les résultats des élections présidentielles où les trois premiers étaient européistes), soit cette défiance des représentés envers les représentants. Pour résoudre ces problèmes, je n'ai pas de réponse toute faite et cela ouvre un autre débat, vaste s'il en est. Mais une chose est sûre : les référendums ne sont pas une solution.
[1] Si l'on part du principe de plus en plus partagé que, des traités, découlent la constitution immanente de l'Union Européenne, d'où le « C » de TCE qui n'était là que pour assumer publiquement ce fait qui lui est antérieur. Cela vous perturbe ? Ça ne ressemble pas à la procédure dont est issue la constitution de votre pays ? Normal : je le répète mais la création progressive de cette entité supraétatique, l'UE, est une première dans l'Histoire. C'est un objet politique et institutionnel tout-à-fait nouveau.
[2] Ne soyons pas utopistes, c'est impossible, même à l'aide des nouvelles technologies. Á noter que nous n'aurions alors plus affaire à un référendum puisque par définition il n'est pas interactif.
[^] # Re: Je veux pas faire mon rabat-joie mais...
Posté par yoplait . En réponse au journal Le logo debian sur une pièce de deux euro.... Évalué à 6.
C'est surtout le symbole d'un processus unique dans l'histoire humaine : le transfert volontaire de la souveraineté des États vers une entité supraétatique. Si l'on est cosmopolite (àma ce que devrait être toute idéologie saine, de droite ou de gauche) ou si l'on est écologiste, on ne peut qu'être pour les élargissements de gouvernance. À condition bien sûr que l'élargissement de gouvernance s'accompagne d'un élargissement démocratique. Or, c'est bien ce qui se passe, tout doucement, vu l'extension presque complète des domaines de compétences où le parlement européen dispose de la codécision et l'octroi d'un droit d'initiative constitutionnel [1]. J'ose espérer que ce n'est pas la démocratie qui vous embête. Je sais, c'est dur, l'Europe est de centre-droit. La France elle-même est de droite. C'est triste.
Mais c'est plutôt le tout doucement qui vous embête. Ça embête tout le monde mais il est proprement impossible de faire autrement que la méthode des petits pas. Les États disposent d'une légitimité qui leur est propre et qui leur est conféré par des siècles d'existence ainsi que par les mécanismes juridiques de nos démocraties représentatives : il ne suffit pas d'un parlement européen élu au suffrage universel qui s'autoproclamerait assemblée constituante et établirait unilatéralement sa constitution. Cela s'appellerait une révolution.
On y vient : ne serait-il pas temps de la faire, la révolution ? Je sens que les extrêmes frétillent d'impatience et retrouvent leurs rêves perdus du Grand Soir (je leur rappelle au passage qu'une assemblée constituante en Europe serait de centre-droit). Après tout, la démocratie n'a-t-elle pas été bafouée ? Les référendums ne sont-ils pas la volonté suprême du peuple, et de ce fait surpassent la volonté des représentants dont les mandats émanent de ce même peuple ? Dans un premier temps, je vais faire court et provocant : les référendums, c'est de la merde et c'est pas pour rien que plusieurs démocraties européennes dont l'Allemagne et la Belgique les ont rendus illégaux.
Les référendums, de la démocratie directe nous dit-on. Et bien moi je dis que c'est de l'inculture politique que de penser cela. Une expression directe, ça l'est. De la démocratie, on en est bien loin. Voilà donc ma position que je vais étayer ci-après : l'expression référendaire n'est pas démocratique, et c'est une atteinte à la démocratie que de lui donner un caractère contraignant.
Pourquoi ? Du fait de son exécrable interactivité. Dire Non ou Oui, ce n'est pas faire de la politique, ce n'est pas une expression démocratique. Au passage, dire « je veux que ce type soit le chef durant 5 ans », ce qui est aussi une expression directe du peuple, n'est pas de la démocratie non plus. Car qu'est-ce que la démocratie ? C'est un concept abstrait qui n'est certainement pas égale au principe majoritaire. Le principe majoritaire n'est qu'une application concrète prétendant à se rapprocher de l'abstraction « démocratie ». Or, ce principe a ceci de particulier qu'il tue (potentiellement) à petit feu les minorités structurelles, comme les immigrés, les minorités linguistiques, les homosexuelles, etc. Selon les cas, le principe majoritaire peut donc se révéler insuffisant pour se saisir de l'intérêt général. Car la notion majeure du principe démocratique est la « volonté générale », incarnée (un peu) plus concrètement par la recherche de l'« intérêt général ».
Tout le problème est donc d'établir une réalité institutionnelle qui se rapproche de cette abstraction, la démocratie. Or, le principal défendeur de la démocratie directe dans l'Histoire, Rousseau, ne l'envisageait que dans le cadre de minuscules républiques. Il n'envisageait la démocratie que comme le fruit de débats nécessitant une interactivité que seul un nombre modeste de participants peut permettre. L'interactivité est un obstacle majeur pour qu'une expression directe du peuple soit démocratique.
Or, tant qu'une interactivité minimale n'est pas remplie, se pose un problème de taille : la compétence politique du public. Cette dernière raison fâche, mais il faut regarder la vérité en face : un sondage eurobaromètre nous a appris il y a peu de temps que 62 % des français ne sont pas au courant que les eurodéputés sont élus au suffrage universel !! Et ce malgré le soi disant grand débat démocratique de 2005 dont on ne peut que s'effrayer en imaginant son contenu, quand on sait que seuls 38 % des protagonistes connaissaient cet élément de base du débat institutionnel. Il faut s'y faire, la politique est complexe, c'est un métier. Notamment parce qu'on cherche à concilier des principes qui ne vont pas de soi ensembles comme la liberté, la sécurité, l'égalité, etc, mais aussi parce que les enjeux politiques s'élargissent, géographiquement parlant.
D'autre part, même si l'interactivité pouvait être satisfaite à l'échelle d'un grand pays [2], on aurait à faire face au problème de la prétention participative : seul un très petit nombre de gens seraient prêts à mettre le temps qu'il faut dans les débats et les prises de décisions démocratiques. On se retrouverait alors confronté à la dynamique des minorités agissantes, c'est-à-dire au militantisme des extrêmes et des marginaux qui sont de manière générale des personnes politiquement très actives. Vous vous en doutez, les minorités agissantes ne sont pas à même d'exprimer la volonté générale et leur expression s'éloigne donc de la démocratie. Ceci est par ailleurs une observation qui s'applique aussi à la démocratie représentative (mais de manière moindre puisque la démarche du vote prend beaucoup moins de temps que celle du débat démocratique) et qui justifie le vote obligatoire comme en Belgique.
Mais au sujet de cette fameuse volonté générale. Imaginons pour un instant que l'on ait résolu les délicats problèmes de l'interactivité et de la prétention participative. Les débats publics seraient-ils à même de se saisir de la volonté générale ? Cela reste à prouver, car si l'on en croit l'expérience des campagnes présidentielles et référendaires, ces débats risqueraient surtout de se concentrer sur des problématiques spécifiques déconnectées du contexte général, voire totalement à côté de la plaque. Trois exemples frappants sur les préoccupations des français lors du débat de 2005 : la politique du gouvernement Raffarin - Chirac, le plombier polonais et la Turquie.
Ce qui m'amène au dernier problème du référendum, qui est lié à son manque d'interactivité : son incroyable illisibilité ! Comme le disait de Villiers, tout le monde a une bonne raison de voter Non (cette citation aide au passage à mieux comprendre ce que je veux dire avec le caractère spécificiste des référendums). De ce fait, le résultat de 2005 est tout bonnement illisible ! Nous avons des témoignages de gens qui ont voté Non pour dire merde à Raffarin, d'autres qui ont voté Non car l'UE est à droite (ouhou, la France aussi), d'autres qui ont voté Non par peur de l'Est, ... Pour ma part je pense que la raison profonde est une défiance à l'égard de cette Europe qui paraît loin, défiance qui ne pourra être résolue que par une réorganisation fédérale des élections europarlementaires qui conduirait donc à des campagnes transnationales des fédérations de partis européens (PSE, PPE, etc.). Ça viendra, ça viendra... Évidemment cette interprétation se base sur du vent puisque le résultat du référendum est illisible.
Mais cette défiance, n'est-elle pas un problème issue de la démocratie représentative ? Effectivement, si. Même si je pense que la démocratie représentative, qui privilégie la compétence et un nombre restreint de décideurs politiques, est plus à même de saisir l'intérêt général, cela ne veut pas dire qu'elle est en tout temps dans le meilleur de son efficacité. Selon la situation, elle peut souffrir de deux grandes maladies : soit une trop grande distance idéologique entre les représentants et les représentés (ce que vous semblez reprocher en ce qui concerne l'Europe, à tort de mon avis, voir les résultats des élections présidentielles où les trois premiers étaient européistes), soit cette défiance des représentés envers les représentants. Pour résoudre ces problèmes, je n'ai pas de réponse toute faite et cela ouvre un autre débat, vaste s'il en est. Mais une chose est sûre : les référendums ne sont pas une solution.
[1] Si l'on part du principe de plus en plus partagé que, des traités, découlent la constitution immanente de l'Union Européenne, d'où le « C » de TCE qui n'était là que pour assumer publiquement ce fait qui lui est antérieur. Cela vous perturbe ? Ça ne ressemble pas à la procédure dont est issue la constitution de votre pays ? Normal : je le répète mais la création progressive de cette entité supraétatique, l'UE, est une première dans l'Histoire. C'est un objet politique et institutionnel tout-à-fait nouveau.
[2] Ne soyons pas utopistes, c'est impossible, même à l'aide des nouvelles technologies. Á noter que nous n'aurions alors plus affaire à un référendum puisque par définition il n'est pas interactif.