Lorsqu'on a créé ce genre de titre, ce n'était pas à cause du lobbying intensif d'une quelconque industrie
Bien sûr que si, cf la querelle des théâtres, la pétition présentée à l'assemblée française par une trentaine d'auteurs dramatiques, la SACD créee à l'époque par Beaumarchais et qui existe d'ailleurs encore aujourd'hui, ...
La propriété intellectuelle est un compromis conscient et clairement pas naturel
Tu as tout a fait raison, c'était un compromis qui ne relevait pas du droit naturel. Mais comme tout compromis, il était adapté à son époque, et était voué à évoluer avec le temps. Que s'est-il passé ? Ce compromis donnait un tel pouvoir aux ayants-droit, était une telle source de légitimité pour leur revendication à être propriétaire des oeuvres sur un plan naturel, que les lobbys ont régulièrement tenté ou réussi à mettre de côté toute réorganisation de ce compromis qui jouait en leur défaveur. Je pense à des exemples connus comme la lutte des bibliothèques et médiathèques, ou celle des constructeurs de matériel électronique japonnais en ce qui concerne la légitimité de la copie privée. Mais j'ai une pensée particulière pour la tentative de réforme d'un ministre français de la culture -- Jean Zay -- au milieu des années '30 : celui-ci luttait de toutes ses forces contre l'emploi du terme « propriété », et a essayé de mettre en 1⁄2uvre un profond remaniement des droits d'auteurs, qui les aurait axés non plus sur la propriété mais sur le travail. Il s'agissait par là non pas de piller les auteurs, comme les partisans de la PI en tant que droit naturel pourraient argumenter, mais de revaloriser leur statut social et leurs conditions de rémunérations face aux maisons d'éditions. Évidemment, celles-ci ont fait retarder le projet, qui a été ensuite complètement sabordé par le gouverment Vichy, tandis que Zay fut victime d'une exécution anti-sémite.
Donc non seulement les lobbies industriels ont eu un rôle dans l'élaboration des droits d'auteurs comme je l'ai précisé plus haut, mais ils en ont eu aussi dans toutes les tentatives de remise en question du compromis.
En réaction, il faut absolument rééquilibrer la propriété intellectuelle en réduisant la durée de ces droits et/ou en limitant leur champ d'application à des réalisations concrètes ou à des domaines très spécifiques. Mais il n'y pas lieu de les supprimer.
Il faut rééquilibrer (et pas qu'un peu) les droits d'auteur. Mais il faut absolument supprimer le concept de propriété intellectuelle qui m'apparaît non seulement illégitime, mais qui sert de justification pour empêcher toute remise en cause du compromis. Je vais à nouveau me laisser tenter par une citation que je fais souvent mais qui résume bien pourquoi je pense que la propriété intellectuelle est illégitime. Elle provient du rapport de la première des deux lois fondatrices du droit d'auteur : « c'est une propriété d'un genre tout différent des autres propriétés. Lorsqu'un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s'en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s'en pénètre et qui en fait sa propriété. » En d'autres termes, on est propriétaire de son 1⁄2uvre tant qu'on ne la publie pas. Une fois publiée, l'1⁄2uvre est lachée dans la nature et le nombre de nouveaux propriétaires se propage de manière exponentielle.
Au lieu qu'une forme d'autorité suprême sortie d'on ne sait où ne lâche de l'argent à n'importe quel artiste au prétexte qu'il a fait quelque chose
Je suis d'accord avec toi, un financement exclusivement contrôlé par l'État est, pour moi, aussi effrayant qu'un financement exclusivement privé. C'est pourquoi une piste intéressante serait un système mixte, qui serait peut-être à même d'établir une balance, un équilibre entre les deux systèmes de rémunération.
on laisse à une certaine liberté à chaque intervenant de négocier le prix de son travail et surtout d'en contrôler dans une large mesure l'exploitation. Ca évite contrairement à la tradition anglo-saxone d'aliéner l'auteur et son oeuvre.
Hum. Dans la tradition anglo-saxone, l'auteur a une latitude aussi large que dans nos contrées (à ceci près que l'attribution de copyright, à l'inverse de celle de droits d'auteur, n'est pas automatique). La grosse différence, c'est l'absence de droits moraux mis à part celui de paternité -- le seul légitime sur un plan naturel, de mon avis --, ce qui permet aux ayant-droit de modifier l'1⁄2uvre comme bon leur semble et de mettre sur le marché une vision hybride de celle-ci, très orientée sur le commercial. Je suis d'accord que c'est un problème. D'un autre côté, il me semble que retirer au public le droit de faire des 1⁄2uvres dérivées et de les publier est un contre-sens artistique et une atteinte aux libertés individuelles. Car, si on peut parfois critiquer l'utilité des communautés de fans d'Harry Potter, de Starwars et d'autres univers qui ont un caractère fascinant pour leur public, on ne peut nier la qualité artistique de leur travail, au sens fondamental du terme (en laissant donc de côté tout jugement de valeur). Surtout, ils vivent une telle appropriation de l'1⁄2uvre et de son univers, que je trouve presqu'obscène de revendiquer la propriété (dans son sens le plus brutal) de l'univers dont est imprégné le public. Quand je vois J.K. Rowling attaquer en justice un jeune pour avoir fait une traduction de son bouquin ça me fait bondir, d'autant plus qu'elle doit son succès en grande partie au bouche-à-oreille initial, et donc à sa communauté de fans.
Le juste milieu serait donc de subordonner à la volonté des auteurs (non pas des ayant-droit) les travaux dérivés destinés à être commercialisés, mais en contre-partie d'autoriser le public à publier des 1⁄2uvres dérivées de façon bénévole.
Cette mesure permettrait de voir fleurir des initiatives de meilleure qualité que se qui se fait pour le moment puisque la clandestinité est de mise. Mais le potentiel est réel, il suffit de voir les communautés de remontage de films qui sont investies par les étudiants en cinématographie par exemple.
autant que je ne connais aucune alternative réelle et que Creative Commons et GPL se basent sur cet outil
Ce n'est que le détournement d'un outil pour appliquer une vision politique. Du moins en ce qui concerne Stallman et sa GPL (je ne connais pas bien les velléités politiques de Lessig).
[1] et je ne parle pas ici des artistes et auteurs, puisqu'ils cèdent généralement la propriété à leurs producteurs
[^] # Re: Il y'a beaucoup de conneries dans ce texte mais ...
Posté par yoplait . En réponse au journal Certains pensent ainsi... Jean-Louis Murat et internet. Évalué à 4.
Bien sûr que si, cf la querelle des théâtres, la pétition présentée à l'assemblée française par une trentaine d'auteurs dramatiques, la SACD créee à l'époque par Beaumarchais et qui existe d'ailleurs encore aujourd'hui, ...
Tu as tout a fait raison, c'était un compromis qui ne relevait pas du droit naturel. Mais comme tout compromis, il était adapté à son époque, et était voué à évoluer avec le temps. Que s'est-il passé ? Ce compromis donnait un tel pouvoir aux ayants-droit, était une telle source de légitimité pour leur revendication à être propriétaire des oeuvres sur un plan naturel, que les lobbys ont régulièrement tenté ou réussi à mettre de côté toute réorganisation de ce compromis qui jouait en leur défaveur. Je pense à des exemples connus comme la lutte des bibliothèques et médiathèques, ou celle des constructeurs de matériel électronique japonnais en ce qui concerne la légitimité de la copie privée. Mais j'ai une pensée particulière pour la tentative de réforme d'un ministre français de la culture -- Jean Zay -- au milieu des années '30 : celui-ci luttait de toutes ses forces contre l'emploi du terme « propriété », et a essayé de mettre en 1⁄2uvre un profond remaniement des droits d'auteurs, qui les aurait axés non plus sur la propriété mais sur le travail. Il s'agissait par là non pas de piller les auteurs, comme les partisans de la PI en tant que droit naturel pourraient argumenter, mais de revaloriser leur statut social et leurs conditions de rémunérations face aux maisons d'éditions. Évidemment, celles-ci ont fait retarder le projet, qui a été ensuite complètement sabordé par le gouverment Vichy, tandis que Zay fut victime d'une exécution anti-sémite.
Donc non seulement les lobbies industriels ont eu un rôle dans l'élaboration des droits d'auteurs comme je l'ai précisé plus haut, mais ils en ont eu aussi dans toutes les tentatives de remise en question du compromis.
Il faut rééquilibrer (et pas qu'un peu) les droits d'auteur. Mais il faut absolument supprimer le concept de propriété intellectuelle qui m'apparaît non seulement illégitime, mais qui sert de justification pour empêcher toute remise en cause du compromis. Je vais à nouveau me laisser tenter par une citation que je fais souvent mais qui résume bien pourquoi je pense que la propriété intellectuelle est illégitime. Elle provient du rapport de la première des deux lois fondatrices du droit d'auteur : « c'est une propriété d'un genre tout différent des autres propriétés. Lorsqu'un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s'en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s'en pénètre et qui en fait sa propriété. » En d'autres termes, on est propriétaire de son 1⁄2uvre tant qu'on ne la publie pas. Une fois publiée, l'1⁄2uvre est lachée dans la nature et le nombre de nouveaux propriétaires se propage de manière exponentielle.
Je suis d'accord avec toi, un financement exclusivement contrôlé par l'État est, pour moi, aussi effrayant qu'un financement exclusivement privé. C'est pourquoi une piste intéressante serait un système mixte, qui serait peut-être à même d'établir une balance, un équilibre entre les deux systèmes de rémunération.
Hum. Dans la tradition anglo-saxone, l'auteur a une latitude aussi large que dans nos contrées (à ceci près que l'attribution de copyright, à l'inverse de celle de droits d'auteur, n'est pas automatique). La grosse différence, c'est l'absence de droits moraux mis à part celui de paternité -- le seul légitime sur un plan naturel, de mon avis --, ce qui permet aux ayant-droit de modifier l'1⁄2uvre comme bon leur semble et de mettre sur le marché une vision hybride de celle-ci, très orientée sur le commercial. Je suis d'accord que c'est un problème. D'un autre côté, il me semble que retirer au public le droit de faire des 1⁄2uvres dérivées et de les publier est un contre-sens artistique et une atteinte aux libertés individuelles. Car, si on peut parfois critiquer l'utilité des communautés de fans d'Harry Potter, de Starwars et d'autres univers qui ont un caractère fascinant pour leur public, on ne peut nier la qualité artistique de leur travail, au sens fondamental du terme (en laissant donc de côté tout jugement de valeur). Surtout, ils vivent une telle appropriation de l'1⁄2uvre et de son univers, que je trouve presqu'obscène de revendiquer la propriété (dans son sens le plus brutal) de l'univers dont est imprégné le public. Quand je vois J.K. Rowling attaquer en justice un jeune pour avoir fait une traduction de son bouquin ça me fait bondir, d'autant plus qu'elle doit son succès en grande partie au bouche-à-oreille initial, et donc à sa communauté de fans.
Le juste milieu serait donc de subordonner à la volonté des auteurs (non pas des ayant-droit) les travaux dérivés destinés à être commercialisés, mais en contre-partie d'autoriser le public à publier des 1⁄2uvres dérivées de façon bénévole.
Cette mesure permettrait de voir fleurir des initiatives de meilleure qualité que se qui se fait pour le moment puisque la clandestinité est de mise. Mais le potentiel est réel, il suffit de voir les communautés de remontage de films qui sont investies par les étudiants en cinématographie par exemple.
Ce n'est que le détournement d'un outil pour appliquer une vision politique. Du moins en ce qui concerne Stallman et sa GPL (je ne connais pas bien les velléités politiques de Lessig).
[1] et je ne parle pas ici des artistes et auteurs, puisqu'ils cèdent généralement la propriété à leurs producteurs