• [^] # Re: Il y'a beaucoup de conneries dans ce texte mais ...

    Posté par . En réponse au journal Certains pensent ainsi... Jean-Louis Murat et internet. Évalué à 10.

    Par pitié assez de cette ignorance crasse. Les droits d'auteur et ce qu'on y assimile souvent (propriété intellectuelle ou propriété industrielle) ne sont pas en soit diabolique. Et les abolir serait très probablement une erreur.

    Lorsqu'on a créé ce genre de titre, ce n'était pas à cause du lobbying intensif d'une quelconque industrie. C'était bien des gens tout à fait éclairés qui étaient conscients qu'il fallait trouver un système incitatif pour encourager la création et la dispersion de la connaissance au plus grand nombre. La propriété intellectuelle est un compromis conscient et clairement pas naturel qui dit simplement "nous vous accordons un droit exclusif temporaire (parfois même limité à un unique domaine) pour récompenser le travail ayant abouti à la production de connaissance et vous inciter à la diffuser".

    La balance est totalement brisée depuis en particulier parce que comme tu le dis Internet vient chambouler tout ça (en réalité le numérique vient chambouler tout ça en réduisant dramatiquement le coût d'une copie et parce que le paradigme informatique fait que chaque accès à une information est une copie).

    En réaction, il faut absolument rééquilibrer la propriété intellectuelle en réduisant la durée de ces droits et/ou en limitant leur champ d'application à des réalisations concrètes ou à des domaines très spécifiques. Mais il n'y pas lieu de les supprimer. Et affirmer qu'il faudrait plutôt filer des tunes plutôt que des droits c'est vraiment ne rien comprendre à l'économie moderne et au phénomène de titrisation. Au lieu qu'une forme d'autorité suprême sortie d'on ne sait où ne lâche de l'argent à n'importe quel artiste au prétexte qu'il a fait quelque chose (ce qui se passe un peu en France sur l'art moderne) on laisse à une certaine liberté à chaque intervenant de négocier le prix de son travail et surtout d'en contrôler dans une large mesure l'exploitation. Ca évite contrairement à la tradition anglo-saxone d'aliéner l'auteur et son oeuvre.

    Il y a alors le risque de voir les intermédiaires (dans une logique économique classique de spécialisation) s'empiler et prendre une "taxe" de plus en plus importante. Là encore il y a une forme de régulation à mettre en place mais en aucun cas les droits issus de la propriété intellectuelle ne sont à remettre en cause.

    Ce serait un peu le même raisonnement idiot que celui désormais dans la loi qui condamne lourdement les auteurs de logiciels d'échange indépendamment de l'usage légal qui peut en être fait. Ce n'est pas parce qu'un outil a été détourné qu'il doit être supprimé (d(autant que je ne connais aucune alternative réelle et que Creative Commons et GPL se basent sur cet outil), il faut plutôt chercher à y implanter des gardes-fous.

    Le meilleur garde-fou pour moi ce serait de rappeler à la société que la propriété intellectuelle est un compromis. Que c'est un privilège qui a été accordé aux ayant-droits contre nature (puisque la connaissance est plutôt accumulative et que personne n'invente absolument dans son coin, "We are dwarves standing on the shoulders of giants") et qu'ils doivent pas en abuser (peut-être en les punissant de la même façon que ceux qui font des procédures judiciaires abusives ? Ou comme Bayrou l'a proposé, en faisant payer ceux qui déposent des demandes fantoches ? Et du coup en réintroduisant la notion de dépôt de droit d'auteur plutôt que la déclaration automatique à la publication, etc.).

    Il y a quand même pas de choses à faire avant de faire basculer le système vers quelque chose d'encore flou voire inexistant.