On comprend que tu ne sais pas de quoi tu parles. Interdire à un artiste (cinéaste, musicien...) d'avoir le droit de choisir ce qu'il veut faire de SON oeuvre fait partie des libertés fondamentales.
Tu as l'air fort sûr de toi. Tu vas donc peut-être être la première personne à me donner une explication cohérente sur la raison pour laquelle les gens comme toi considèrent la propriété intellectuelle comme un droit naturel (et donc, pas un droit social, sujet aux évolutions et remises en cause afin de coller à la moralité effective de la population).
Parce que les conceptions lockienne et autres ne m'ont jamais prouvé qu'une chose : la paternité. Je peux lire n'importe quel théoriste ayant défendu la PI, je n'y vois jamais que des raisonnements axiomatiques donnant lieu à une conclusion dogmatique.
Moi je crois aussi au droit naturel. Mais j'en ai une lecture très différente de l'acception générale de celui-ci. Le droit naturel, àmha, indique qu'une 1⁄2uvre intellectuelle est possédée par quiconque en a pris connaissance, s'en est imprégné. Je terminerai par une citation du rapporteur de la toute première loi sur la propriété littéraire en France :
c'est une propriété d'un genre tout différent des autres propriétés. Lorsqu'un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s'en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s'en pénètre et qui en fait sa propriété.
Bref, une 1⁄2uvre n'est une propriété exclusive qu'à partir du moment où celle-ci n'a pas été divulguée. Une fois publiée, elle devient une copropriété dont le nombre de propriétaires ne cesse de croître à mesure de sa propagation. Et c'est d'ailleurs pourquoi le droit moral de divulgation, en vigueur dans nos législatures, est on ne peut plus légitime et colle de près, àmha, au droit naturel.
S'il n'y avait pas de droit d'auteur. Il n'y aurait pas de logiciels libres
Si, il y aurait des logiciels libres, mais pas de logiciels communautaires. Je pense que Stallman a introduit une confusion en regroupant sous un même terme deux concepts différents : l'aliénation des droits patrimoniaux, libérant de fait l'1⁄2uvre des contraintes de la PI [1], et l'obligation de redistribution des sources faisant de l'1⁄2uvre un logiciel communautaire, avec tous les avantages que cela comporte : ne plus être subordonné à l'auteur pour les évolutions ou l'audit du code, etc.
Sans propriété intellectuelle, seule une charte communautaire non contraignante pourrait servir de support aux logiciels copyleftés tels que nous les connaissons. Seulement, rien n'empêche d'envisager des droits d'auteur faisant quelques petites entorses au droit naturel. En effet, je ne crois pas que celui-ci se suffise à lui même. Ne pas encadrer juridiquement les citoyens, ne pas donner de limites contraignantes empêchant dans une certaine mesure d'empiéter sur la liberté des autres, c'est effectivement l'anarchisme.
C'est pourquoi je suis favorable, même dans le contexte d'une PI abolie, à l'élaboration de certains droits d'auteurs : des droits empêchant de faire profit du travail des autres pour une certaine période permettant à l'auteur d'établir son affaire et d'en retirer des profits par exemple. Et surtout : l'obligation de redistribution des sources (que ce soit le code d'un logiciel ou les rushes d'un film). Car, à l'instar des législations nationales et européennes obligeant un constructeur à fournir un manuel et une garantie à son produit, il s'agit, àmha d'un respect élémentaire vis-à-vis du client.
Je sais que mon point de vue peut paraître dangereux aux yeux des libéraux. Ceux-ci se méfient de l'Etat, et sont attirés par l'idéal d'un monde auto-régulé. Seulement, je pense que cet idéal est complètement utopique et ne peut mener qu'à la constitution de puissants et de faibles, annulant précisément l'objectif initial du libéralisme (qui était d'instaurer la propriété afin de libérer les roturiers du joug des nobles). Je vais ici encore terminer par une citation :
La liberté opprime, la loi libère
Et peut-être rajouter que c'est cela, la démocratie : le moins mauvais des systèmes qui demande une vigilance de tous les instants vis-à-vis de l'Etat.
[1] Oui je sais, l'auteur conserve ses droits, mais pas pour la version de l'1⁄2uvre libérée. Il ne peut pas revenir en arrière sur les droits qu'il a aliénés (certains comme toi préféreront sûrement dire "donnés" ;)), il peut seulement repropriétariser une nouvelle version. La version copyleftée est bel et bien lâchée dans la nature.
[^] # Re: Je l'avais dit!
Posté par yoplait . En réponse au journal EU: Les brevets coutent plus qu'ils ne rapportent. Évalué à 2.
Tu as l'air fort sûr de toi. Tu vas donc peut-être être la première personne à me donner une explication cohérente sur la raison pour laquelle les gens comme toi considèrent la propriété intellectuelle comme un droit naturel (et donc, pas un droit social, sujet aux évolutions et remises en cause afin de coller à la moralité effective de la population).
Parce que les conceptions lockienne et autres ne m'ont jamais prouvé qu'une chose : la paternité. Je peux lire n'importe quel théoriste ayant défendu la PI, je n'y vois jamais que des raisonnements axiomatiques donnant lieu à une conclusion dogmatique.
Moi je crois aussi au droit naturel. Mais j'en ai une lecture très différente de l'acception générale de celui-ci. Le droit naturel, àmha, indique qu'une 1⁄2uvre intellectuelle est possédée par quiconque en a pris connaissance, s'en est imprégné. Je terminerai par une citation du rapporteur de la toute première loi sur la propriété littéraire en France :
c'est une propriété d'un genre tout différent des autres propriétés. Lorsqu'un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s'en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s'en pénètre et qui en fait sa propriété.
Bref, une 1⁄2uvre n'est une propriété exclusive qu'à partir du moment où celle-ci n'a pas été divulguée. Une fois publiée, elle devient une copropriété dont le nombre de propriétaires ne cesse de croître à mesure de sa propagation. Et c'est d'ailleurs pourquoi le droit moral de divulgation, en vigueur dans nos législatures, est on ne peut plus légitime et colle de près, àmha, au droit naturel.
Si, il y aurait des logiciels libres, mais pas de logiciels communautaires. Je pense que Stallman a introduit une confusion en regroupant sous un même terme deux concepts différents : l'aliénation des droits patrimoniaux, libérant de fait l'1⁄2uvre des contraintes de la PI [1], et l'obligation de redistribution des sources faisant de l'1⁄2uvre un logiciel communautaire, avec tous les avantages que cela comporte : ne plus être subordonné à l'auteur pour les évolutions ou l'audit du code, etc.
Sans propriété intellectuelle, seule une charte communautaire non contraignante pourrait servir de support aux logiciels copyleftés tels que nous les connaissons. Seulement, rien n'empêche d'envisager des droits d'auteur faisant quelques petites entorses au droit naturel. En effet, je ne crois pas que celui-ci se suffise à lui même. Ne pas encadrer juridiquement les citoyens, ne pas donner de limites contraignantes empêchant dans une certaine mesure d'empiéter sur la liberté des autres, c'est effectivement l'anarchisme.
C'est pourquoi je suis favorable, même dans le contexte d'une PI abolie, à l'élaboration de certains droits d'auteurs : des droits empêchant de faire profit du travail des autres pour une certaine période permettant à l'auteur d'établir son affaire et d'en retirer des profits par exemple. Et surtout : l'obligation de redistribution des sources (que ce soit le code d'un logiciel ou les rushes d'un film). Car, à l'instar des législations nationales et européennes obligeant un constructeur à fournir un manuel et une garantie à son produit, il s'agit, àmha d'un respect élémentaire vis-à-vis du client.
Je sais que mon point de vue peut paraître dangereux aux yeux des libéraux. Ceux-ci se méfient de l'Etat, et sont attirés par l'idéal d'un monde auto-régulé. Seulement, je pense que cet idéal est complètement utopique et ne peut mener qu'à la constitution de puissants et de faibles, annulant précisément l'objectif initial du libéralisme (qui était d'instaurer la propriété afin de libérer les roturiers du joug des nobles). Je vais ici encore terminer par une citation :
La liberté opprime, la loi libère
Et peut-être rajouter que c'est cela, la démocratie : le moins mauvais des systèmes qui demande une vigilance de tous les instants vis-à-vis de l'Etat.
[1] Oui je sais, l'auteur conserve ses droits, mais pas pour la version de l'1⁄2uvre libérée. Il ne peut pas revenir en arrière sur les droits qu'il a aliénés (certains comme toi préféreront sûrement dire "donnés" ;)), il peut seulement repropriétariser une nouvelle version. La version copyleftée est bel et bien lâchée dans la nature.