• [^] # Forces et les limites de la propriété intellectuelle

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Ballmer, encore des menaces. Évalué à 10.

    Puisque Steve Ballmer réitère son FUD favori en agitant l'épouvantail de la propriété intellectuelle, j'en profite pour conseiller à nouveau la lecture de l'excellent livre « Un autre monde » du prix Nobel d'économie Joseph E. Stiglitz à propos des forces et les limites de la propriété intellectuelle.

    Livre disponible en autre chez Eyrolles :
    http://www.eyrolles.com/Accueil/Livre/9782213627489/livre-un(...)

    Extrait du chapitre « Brevets : des profits et des hommes » :

    Les droits de propriété intellectuelle donnent à ceux qui la possèdent le droit exclusif de l'utiliser. Ils créent un monopole. [...] Le pouvoir de monopole engendre des rentes de monopole - des surprofits -, et ce sont ces surprofits qui sont censés inciter à s'engager dans la recherche. Les inefficacités liées au pouvoir de monopole dans l'usage du savoir sont particulièrement graves, car le savoir est ce que les économistes appellent un « bien public » : potentiellement, tout le monde peut en bénéficier. Thomas jefferson, troisième président des Etats-Unis, l'a dit de façon bien plus poétique en assimilant le savoir à une bougie : quand elle en allume une autre, sa lumière ne diminue pas. L'efficacité économique exige le libre accès au savoir, les droits de propriétés intellectuelle sont conçus pour en restreindre l'usage. On espère que les inefficacités induites par le pouvoir de monopole seront compensées par une innovation plus forte, donc une croissance plus rapide. [...]

    Le géant du logiciel américain Microsoft a usé du pouvoir de monopole que lui ont conféré ses droits de propriété intellectuelle pour abattre des innovateurs comme Netscape et RealNetwork. Certains sont assez courageux, ou téméraires, pour se dire que, s'ils ont la chance de trouver une innovation exceptionnelle, ils pourront défier Microsoft ; d'autres se satisfont de la perspective de se faire racheter ; mais beaucoup conscients du danger évident, sont dissuadés d'élaborer des nouveautés assez précieuses pour attirer l'attention de Microsoft. Même quand les tribunaux mettent le holà aux pratiques anticoncurrentielles , il est difficile de recréer un marché concurrentiel, en particulier quand il reste de puissants brevets. Dans ce genre de cas, la propriété intellectuelle aboutit à une situation perdant-perdant. L'économie perd à court terme, puisque les prix élevés du monopole réduisent le bien-être, et à long terme aussi, puisque l'innovation est également réduite. [...]

    Plus généralement, puisque les brevets entravent la dissémination et l'utilisation des connaissances, ils ralentissent la « recherche de suivi », qui vise à innover à partir des travaux des autres. Puisque presque toutes les innovations s'appuient sur des innovations antérieures, c'est l'ensemble du progrès technique qui est alors ralenti. [...]


    Il est intéressant de noter que même dans le logiciel, le système de collaboration ouverte fonctionne bien. Nous avons aujourd'hui le logiciel pour les ordinateurs le système d'exploitation Linux, qui lui aussi repose sur le principe de l'architecture ouverte. Tout ceux qui y participent doivent accepter le fait que le code source est libre : c'est un programme dynamique constamment amélioré par des milliers d'utilisateurs, une alternative gratuite et viable au système d'exploitation de Microsoft. Il progresse vite, notamment dans les pays en développement. Un rejeton de Linux, le navigateur Mozilla Firefox, a connu une croissance encore plus rapide. Non seulement il est gratuit, mais il semble moins exposé aux problèmes de sécurité, qui ont été me fléau du navigateur Internet de Microsoft. L'inquiétant, c'est que Linux, inévitablement empiétera un jour sur l'un des brevets parmi les centaines de milliers qui ont été accordés, et que le détenteur de ce brevet tentera alors de rançonner l'ensemble du système Linux. Même si l'on montre en définitive que le brevet n'est pas valide, les coûts économiques peuvent être énormes, comme l'a découvert Research In Motion (la compagnie qui a mis au point le Black Berry) quand on l'a obligée à payer plus de 600 millions de dollars, non à l'inventeur, mais à la firme qui avait acquis le brevet à bas prix - un brevet déjà disqualifié à cette date en Allemagne et au Royaume-Unis.