Donc en gros si je dis que certains apres défenseurs du LL, toujours prompts à dénoncer la moindre violation de la GPL, en plus de violer la loi, appellent au téléchargement illégal, ça va ?
Si j'ai dit que tu généralisais, c'est parce que d'après mon a priori, les mecs qui défendent becs et ongles les licences libres veulent rester cohérent et disent à tout va que télécharger c'est mal, et que de l'autre côté les téléchargeurs font plutôt profil bas concernant la question du respect des licences. C'est une généralisation aussi, mais qui va dans l'autre sens que toi. Bref ça sert à rien de faire des généralisations ;).
Sinon, c'est clair qu'il y a un malaise. Il vient du fait que les téléchargeurs, de par leur désobéissance civique, sont obligés de se légitimer par une morale qui n'a pas (encore) fait consensus social. En l'occurence, mon "baratin" concernant le fait que les entreprises violant la GPL en tiraient profit etc, est peut-être cohérent, mais c'est sûr qu'il y a un malaise.
Se passer des choses qu'on ne peut payer (et dans ce cas là, absolument pas vitales), ça me semble être une solution tout à fait acceptable non ?
Vitales ou pas, ça dépend déjà du type d'information (par information j'entends tout fruit immatériel de notre pensée, qui peut être numérisable ou fixé sur un support analogique). Il faut faire la distinction entre l'information utilitaire (logiciels, médicaments, encyclopédie) et l'information artistique. On peut aisément comprendre que l'information utilitaire peut être vitale, que ce soit directement (médicaments), ou indirectement (logiciels indispensables à de plus en plus de professions ; encyclopédies et cours indispensables à toute promotion sociale). Instaurer un monopole artificiel par le droit d'auteur sur de l'information utilitaire conduit irrémédiablement à l'obscurantisme et au pouvoir sur autrui.
Quant à l'information artistique, je ne voudrais absolument pas d'une société qui restreint l'accès à la culture en fonction du budget des gens. J'dirais même que plus on est dans la merde financièrement, plus on en a besoin. Les objets culturels sont vecteurs de bien-être : les films et les romans nous aident à nous échapper du quotidien ; la musique nous aide à nous plonger dans différentes humeurs, à voir la vie plus en noir ou plus en rose.
Ils sont aussi mais surtout vecteurs de morale. Que ce soit dans les films ou dans les livres, et même si on peut ne pas être d'accord avec la morale donnée, les auteurs articulent souvent leurs scénarii autour d'une ou plusieurs leçons ou façons de penser qu'ils veulent donner par le biais de leurs oeuvres. Même s'il ne s'agit pas d'une morale nouvelle, l'oeuvre sert au moins à consolider celle-ci ou à en préciser certains aspects. Ca peut être bêtement la vision idéale qu'a l'auteur de l'organisation familliale par le biais d'un roman d'amour, comme ça peut être plus sérieux et plus nécessaire. Par exemple le film Babel récemment sorti, qui peut aider à mieux comprendre, dans un contexte de montée européenne de l'extrême-droite, en quoi les frontières (frontières linguistiques, frontières nationales, frontières diplomatiques, frontières ethniques, ...) sont futiles et absurdes. A ce niveau la, restreindre l'accès à la culture en fonction du budget, c'est de l'endogamisation culturelle et donc, dans une certaine mesure, morale.
Enfin, l'information artistique est vecteur d'identification. Elle a toujours rassemblé les gens autour d'un courant (les noirs afro-américains et le blues, la multitude de groupements de jeunes qui se revendiquent métalleux, punks, hip-hop, technoteurs, etc..). Restreindre l'accès à la culture les conduit à ne se fournir que du même style de musique, et renforce les barrières entre les gens.
Bref, pour tout ça, oui je pense qu'il est absolument nécessaire de garantir le plus large accès possible à la culture. Et c'est en cela que les technologies de l'information sont une chance.
Et tu proposes quoi exactement ? (la réponse n'est pas un débat participatif :P)
Ben déjà en l'état (il faut se rappeler que le téléchargement c'est une réalité, même officieuse) c'est pas trop mal il me semble. Par exemple pour la musique. Les musiciens débutants se rendent comptent que l'accès libre à leur musique fait leur pub', leur permet de décrocher plus rapidement des contrats pour des concerts ou des festivals. Les stars eux ont toujours assez d'argent. Quant aux "moyens", ceux qui sont assez connus pour être diffusés à l'échelle nationale et qui aimeraient vivre complètement de leur musique, je ne sais pas s'ils ont besoin d'un coup de pouce ou non (licence globale ?).
Moi tout seul, non je ne peux pas définir ce que pourrait être cette nouvelle organisation. Je peux faire part de certaines idées, qui ne sont d'ailleurs pas de moi. Par exemple le domaine public par défaut mais payant pour les utilisations commerciales, proposé en son temps par Victor Hugo. Effectivement cela va à l'encontre de notre conception du Libre, mais il s'agit d'un compromis social, il ne faut pas réclamer la pureté idéologique. Cela peut se faire aussi par une taxe comme la licence globale. Contrairement à beaucoup je pense qu'elle peut être mise en place sur base volontaire. Même s'il y aura des resquilleurs qui ne la prendront pas, la plupart des gens aiment se sentir en conformité avec la loi. A ce moment vient le problème de coller au plus près de la consommation réelle de la musique, puisqu'on sait que les morceaux les plus téléchargés ne correspondent pas au hit parade. L'Etat pourrait organiser une plate-forme de téléchargements bittorents stable, fiable, complète, accessible à ceux qui ont opté pour la licence globale depuis laquelle il pourrait aisément faire des statistiques. Je ne sais pas.
Il y a plein de solutions envisageables, qui dépendent toute du type d'information à laquelle on a affaire. Peut-être une économie du logiciel basée sur le service, et non plus sur la vente de licence. Pour les films et la musique, il ne faut pas oublier non plus que les supports matériels vendus en magasin se venderont toujours, comme c'est le cas maintenant. Avec les jaquettes créées par les auteurs, les gens aiment posséder matériellement les objets favoris de leur culture, les mettre en vue dans une *thèque. Et puis offrir un dvd gravé ça le fait pas. Je pense qu'il faut revaloriser aussi les salles de cinéma (je crois que les concerts se portent bien), car la jouissance en commun d'un film ou d'un groupe de musique se rapproche le plus de cet idéal de partage qui caractérise la culture. Peut-être que faire d'un ticket de cinéma un bon pour un téléchargement bittorent du film sur la plate-forme officielle de l'Etat inciterait les gens à aller plus au cinéma. En plus ils se sentiraient plus respectés, parce que la sensation vache à lait elle est bien présente ces temps-ci.
Bref ce doit être des groupes de réflexion composés de juristes, d'économistes, d'artistes qui doivent s'occuper de cela. L'important étant de considérer les oeuvres comme une propriété publique qu'il ne faut, dans la mesure du possible, pas empiéter.
Pas de les faire payer par l'état j'espère, parce que non seulement je vois mal beaucoup les personnes concernées accepter ça, mais en plus qui va décider de ce qui constitue de la création culturelle ? Qui juge du talent ? etc...
Bah. Que ce soit un système d'investissement privé (comme maintenant) ou un mécénat public (imaginaire), les deux me font peur. En fait, j'aimerais que les deux existent et cohabitent ensemble. De la même manière que l'on parle de recherche publique par opposition à la recherche privée.
Inéluctable ?
Information wants to be free. A proprement parler, ce n'est peut-être pas inéluctable. A force de rajouter des barrières artificielles (droits d'auteurs, DRM, matériel HDTV), peut-être que la société arrivera un jour à maîtriser cet élan de diffusion naturelle de l'information. Brrrr...
Naturel ?
Qui les as défini ces droits naturels ?
En gros ils ont été définis dans les deux sens. Par exemple en France au XIXe siècle qui a été traversé de débats pamphlétaires entre des gens comme Bastiat, Hugo, Proudhon, Louis Blanc, et d'autres. Certains coyaient en la propriété de l'auteur (avec tous les travers que l'on connaît dès lors que l'on recherche la cohérence théorique : pas d'exceptions, transmission perpétuelle par l'héritage des droits patrimoniaux). D'autres ne démordaient pas de la propriété du public. A tout ce que j'ai déjà évoqué ici, il faut ajouter les propriétés épistémologiques de l'information qui commencent maintenant à être bien connues : la non-rivalité et la non-excluabilité (hors barrières artificielles) dont elle fait l'objet, et qui la place d'emblée dans la catégorie des biens publics.
Je vois bien la justification derrière toutes tes idées, et c'est tout à fait cohérent d'ailleurs, mais le moins que l'on puisse dire c'est que ça manque de réalisme
Pour moi ce qui manque de réalisme c'est la volonté des industriels de forcer la société dans le sens de la propriété absolue des auteurs. Tout ce qu'ils veulent c'est du pouvoir et du contrôle. Toujours plus de monopole pour se faire des tunes.
[^] # Re: Comment ça "Et alors ?" ?
Posté par yoplait . En réponse au journal Téléchargement par P2P est vente des CD: pas de lien direct. Évalué à 2.
Si j'ai dit que tu généralisais, c'est parce que d'après mon a priori, les mecs qui défendent becs et ongles les licences libres veulent rester cohérent et disent à tout va que télécharger c'est mal, et que de l'autre côté les téléchargeurs font plutôt profil bas concernant la question du respect des licences. C'est une généralisation aussi, mais qui va dans l'autre sens que toi. Bref ça sert à rien de faire des généralisations ;).
Sinon, c'est clair qu'il y a un malaise. Il vient du fait que les téléchargeurs, de par leur désobéissance civique, sont obligés de se légitimer par une morale qui n'a pas (encore) fait consensus social. En l'occurence, mon "baratin" concernant le fait que les entreprises violant la GPL en tiraient profit etc, est peut-être cohérent, mais c'est sûr qu'il y a un malaise.
Vitales ou pas, ça dépend déjà du type d'information (par information j'entends tout fruit immatériel de notre pensée, qui peut être numérisable ou fixé sur un support analogique). Il faut faire la distinction entre l'information utilitaire (logiciels, médicaments, encyclopédie) et l'information artistique. On peut aisément comprendre que l'information utilitaire peut être vitale, que ce soit directement (médicaments), ou indirectement (logiciels indispensables à de plus en plus de professions ; encyclopédies et cours indispensables à toute promotion sociale). Instaurer un monopole artificiel par le droit d'auteur sur de l'information utilitaire conduit irrémédiablement à l'obscurantisme et au pouvoir sur autrui.
Quant à l'information artistique, je ne voudrais absolument pas d'une société qui restreint l'accès à la culture en fonction du budget des gens. J'dirais même que plus on est dans la merde financièrement, plus on en a besoin. Les objets culturels sont vecteurs de bien-être : les films et les romans nous aident à nous échapper du quotidien ; la musique nous aide à nous plonger dans différentes humeurs, à voir la vie plus en noir ou plus en rose.
Ils sont aussi mais surtout vecteurs de morale. Que ce soit dans les films ou dans les livres, et même si on peut ne pas être d'accord avec la morale donnée, les auteurs articulent souvent leurs scénarii autour d'une ou plusieurs leçons ou façons de penser qu'ils veulent donner par le biais de leurs oeuvres. Même s'il ne s'agit pas d'une morale nouvelle, l'oeuvre sert au moins à consolider celle-ci ou à en préciser certains aspects. Ca peut être bêtement la vision idéale qu'a l'auteur de l'organisation familliale par le biais d'un roman d'amour, comme ça peut être plus sérieux et plus nécessaire. Par exemple le film Babel récemment sorti, qui peut aider à mieux comprendre, dans un contexte de montée européenne de l'extrême-droite, en quoi les frontières (frontières linguistiques, frontières nationales, frontières diplomatiques, frontières ethniques, ...) sont futiles et absurdes. A ce niveau la, restreindre l'accès à la culture en fonction du budget, c'est de l'endogamisation culturelle et donc, dans une certaine mesure, morale.
Enfin, l'information artistique est vecteur d'identification. Elle a toujours rassemblé les gens autour d'un courant (les noirs afro-américains et le blues, la multitude de groupements de jeunes qui se revendiquent métalleux, punks, hip-hop, technoteurs, etc..). Restreindre l'accès à la culture les conduit à ne se fournir que du même style de musique, et renforce les barrières entre les gens.
Bref, pour tout ça, oui je pense qu'il est absolument nécessaire de garantir le plus large accès possible à la culture. Et c'est en cela que les technologies de l'information sont une chance.
Ben déjà en l'état (il faut se rappeler que le téléchargement c'est une réalité, même officieuse) c'est pas trop mal il me semble. Par exemple pour la musique. Les musiciens débutants se rendent comptent que l'accès libre à leur musique fait leur pub', leur permet de décrocher plus rapidement des contrats pour des concerts ou des festivals. Les stars eux ont toujours assez d'argent. Quant aux "moyens", ceux qui sont assez connus pour être diffusés à l'échelle nationale et qui aimeraient vivre complètement de leur musique, je ne sais pas s'ils ont besoin d'un coup de pouce ou non (licence globale ?).
Moi tout seul, non je ne peux pas définir ce que pourrait être cette nouvelle organisation. Je peux faire part de certaines idées, qui ne sont d'ailleurs pas de moi. Par exemple le domaine public par défaut mais payant pour les utilisations commerciales, proposé en son temps par Victor Hugo. Effectivement cela va à l'encontre de notre conception du Libre, mais il s'agit d'un compromis social, il ne faut pas réclamer la pureté idéologique. Cela peut se faire aussi par une taxe comme la licence globale. Contrairement à beaucoup je pense qu'elle peut être mise en place sur base volontaire. Même s'il y aura des resquilleurs qui ne la prendront pas, la plupart des gens aiment se sentir en conformité avec la loi. A ce moment vient le problème de coller au plus près de la consommation réelle de la musique, puisqu'on sait que les morceaux les plus téléchargés ne correspondent pas au hit parade. L'Etat pourrait organiser une plate-forme de téléchargements bittorents stable, fiable, complète, accessible à ceux qui ont opté pour la licence globale depuis laquelle il pourrait aisément faire des statistiques. Je ne sais pas.
Il y a plein de solutions envisageables, qui dépendent toute du type d'information à laquelle on a affaire. Peut-être une économie du logiciel basée sur le service, et non plus sur la vente de licence. Pour les films et la musique, il ne faut pas oublier non plus que les supports matériels vendus en magasin se venderont toujours, comme c'est le cas maintenant. Avec les jaquettes créées par les auteurs, les gens aiment posséder matériellement les objets favoris de leur culture, les mettre en vue dans une *thèque. Et puis offrir un dvd gravé ça le fait pas. Je pense qu'il faut revaloriser aussi les salles de cinéma (je crois que les concerts se portent bien), car la jouissance en commun d'un film ou d'un groupe de musique se rapproche le plus de cet idéal de partage qui caractérise la culture. Peut-être que faire d'un ticket de cinéma un bon pour un téléchargement bittorent du film sur la plate-forme officielle de l'Etat inciterait les gens à aller plus au cinéma. En plus ils se sentiraient plus respectés, parce que la sensation vache à lait elle est bien présente ces temps-ci.
Bref ce doit être des groupes de réflexion composés de juristes, d'économistes, d'artistes qui doivent s'occuper de cela. L'important étant de considérer les oeuvres comme une propriété publique qu'il ne faut, dans la mesure du possible, pas empiéter.
Bah. Que ce soit un système d'investissement privé (comme maintenant) ou un mécénat public (imaginaire), les deux me font peur. En fait, j'aimerais que les deux existent et cohabitent ensemble. De la même manière que l'on parle de recherche publique par opposition à la recherche privée.
Information wants to be free. A proprement parler, ce n'est peut-être pas inéluctable. A force de rajouter des barrières artificielles (droits d'auteurs, DRM, matériel HDTV), peut-être que la société arrivera un jour à maîtriser cet élan de diffusion naturelle de l'information. Brrrr...
En gros ils ont été définis dans les deux sens. Par exemple en France au XIXe siècle qui a été traversé de débats pamphlétaires entre des gens comme Bastiat, Hugo, Proudhon, Louis Blanc, et d'autres. Certains coyaient en la propriété de l'auteur (avec tous les travers que l'on connaît dès lors que l'on recherche la cohérence théorique : pas d'exceptions, transmission perpétuelle par l'héritage des droits patrimoniaux). D'autres ne démordaient pas de la propriété du public. A tout ce que j'ai déjà évoqué ici, il faut ajouter les propriétés épistémologiques de l'information qui commencent maintenant à être bien connues : la non-rivalité et la non-excluabilité (hors barrières artificielles) dont elle fait l'objet, et qui la place d'emblée dans la catégorie des biens publics.
Pour moi ce qui manque de réalisme c'est la volonté des industriels de forcer la société dans le sens de la propriété absolue des auteurs. Tout ce qu'ils veulent c'est du pouvoir et du contrôle. Toujours plus de monopole pour se faire des tunes.
Si tu dis vrai on est dans la merde. àmha
'tin c'est malin j'ai raté mon train maintenant