• [^] # Re: Détournement PC de vocabulaire

    Posté par . En réponse au journal Le procès des caricatures de Mahomet. Évalué à 4.

    Mais les caricatures qui se moquent de la communauté chrétienne sont sûrement mieux acceptées; ils ont eu le temps de s'y faire.
    Donc, finalement, une chose deviendrait plus ou moins acceptable, selon que la personne qui la subit l'accepte ou non ? Le justifiable serait donc fonction de l'acceptable ? Je ne le pense pas.

    Je ne crois pas non plus qu'elles soient mieux acceptées :

    - elles sont d'une part perçues avec plus d'àquoibonisme. Les communautés chrétiennes sont en phase avec le terreau social européen d'où elles viennent : nombreux sont ceux qui croient que l'humilité consiste à se taire et à s'effacer, quitte à laisser le faux prendre la parole.

    Le problème avec cette attitude-là, c'est qu'elle fait engrenger les frustrations jusqu'au ras-le-bol. Je suppose que vous ne direz pas à votre môme qui vous explique que ses copains de classe n'arrête pas de l'emmerder "laisse faire, va, ça va passer, ce sont des cons" ; viendra un moment où il faudra avoir une attitude plus active.

    - elles sont d'autre part perçues avec plus de recul, de réflexion, de discussion. Ce qui est faisable lorsque l'information circule bien, de façon juste et vérifiable (ie, sans être déformée sur les faits ni les intentions des uns et des autres - tâche ardue s'il en est).

    Pour ma part, à l'époque faste des images Volkswagen, Benetton, Flint, Amen, Da Vinci Code et j'en passe utilisant des symboles religieux, mon premier réflexe a été d'essayer de voir et comprendre l'intention derrière l'image, et construire ma réponse en fonction de ça.

    Ben... dans la plupart des cas, ça ne vaut pas tripette. L'idée derrière est souvent faiblarde ou trop compliquée, la réalisation parfois réussie artistiquement. Donc, soit. Les symboles sont faits pour être utilisés, après tout. Que ce puisse être avec intelligence, mais c'est une qualité rare, surtout lorsqu'on s'adresse aux masses.

    Je me rends compte que j'ai utilisé deux fois le terme communauté, ce qui montre bien ce dont j'ai peur: le communautarisme.
    Pourtant, on a peur de ce qu'on ne connaît pas. Et si ça peut te rassurer, il me semble que le terme de "communauté" est une peau de banane.

    Le problème n'est pas dans la "communauté" ; des communautés, il y en a partout, c'est ouvert, elles se fondent autour de valeurs diverses et leurs membres s'y reconnaissent, évoluent.

    Le problème est dans la nature et l'attitude des communautés, et dans le risque qu'il y a d'en voir prétendre à la prééminence sur les autres, par exclusion ou soumission de celles-ci. On est d'ailleurs bien placés, quand on fricote avec le logiciel libre, pour le savoir... on ne peut pas dire que la "communauté du libre", outre être un concept variable, fasse envie à tout le monde, vue l'attitude de certains de ses "membres".

    Le problème est également dans la représentation (faussée) que l'on peut se faire de la notion de communauté en général, et de telle ou telle en particulier. Ou que telle communauté peut se faire elle-même.

    Je le répète : on a peur de ce qu'on ne connaît pas, et nommer une chose, même si cela est une première étape dans la connaissance de celle-ci, ne suffit pas. Il faut aller au devant de nos peurs.

    Malgré le peu de sympathie qu'il m'inspire, Sarkozy a oh combien raison lorsqu'il dit qu'il ne s'adresse pas aux hétérosexuels, aux homosexuels, aux catholiques, aux juifs, aux musulmans, à ceux d'origine italienne ou algérienne, que sais-je, mais aux français.

    Ca ne veut pas dire que chacune des identités particulières ci-dessus (et cumulables de diverses façons) n'ont pas d'importance. Cela veut juste dire que ce qui doit fonder tout ce petit monde, c'est un intérêt qui dépasse celui particulier de chacun, qui est celui de la patrie, de la nation ou de la République (parce que nous sommes là dans ce contexte particulier : la France).

    La patrie ou la nation sont indéniablement des concepts qui réunissent des personnes, forment donc des communautés. Pas les seuls, pas les plus significatifs, cela dépend des gens. Les idées, les religions, les projets en sont d'autres.

    Reste à définir ce qu'est la France, et être français...

    On commence à voir des communautés qui sont intouchables à cause du politiquement correct,
    Pourtant, le politiquement correct est le language le plus insultant qu'on puisse avoir : parce qu'on n'ose plus nommer les choses pour ce qu'elles sont, on essaie de réinventer une langue insipide, contorsionnée, insensée.

    Et on finit même pas ne plus savoir ce qu'on raconte. Ma dernière trouvaille est "your significant other", pour parler de mon épouse.

    C'est 1984, mais par le bas : tout le monde guette le faux pas de l'autre, non pas en fonction de critères objectifs fondant une société, mais en fonction de critères subjectifs.