• [^] # Re: L'avis de moi.

    Posté par . En réponse au journal Modèle économique et justification de l'art libre ?. Évalué à 3.

    Je suis assez d'accord, mais pas tout à fait. Et histoire d'alimenter les choses... je me fais l'avocat inverse. Beware, c'est un peu long. ;-p

    Le programme est un outil, il a un rôle technique. Ce n'est pas le cas d'une oeuvre d'art.
    L'oeuvre d'art a un rôle à jouer. Pas technique, mais intellectuel, social, conscient ou non (selon sa nature ou sa substance), ponctuel ou éternel, auprès de ceux qu'elle sert, auxquels elle se présente.

    Qu'elle soit conçue pour elle-même ou dans un but particulier, l'oeuvre véhicule quelque chose.

    Ce n'est pas parce que l'on parle d'esthétique (ou plus précisément de sens, de celui particulier apporté par un artiste) que l'on aborde un domaine dont le travail, la modification, la reprise d'oeuvres existantes sont exclus.

    À mon avis, ce qui gêne, le fond du problème, c'est rapporter à chacun sa juste part : qui a fait quoi, comment, quand ?

    En découle le problème pécunier : si l'oeuvre devient fameuse (et que réputations, finances et connaissances s'en suivent), qui gagne quoi, avec quelle garantie de justice ?

    En ce sens, on "adapte" pas une oeuvre d'art à son besoin comme on adapte un logiciel.
    Je ne suis pas d'accord. ;-)

    On comprend un roman ou un essai comme on le peut, et comme on le veut, nonobstant la volonté de l'auteur, pour soi. Et ce qui en ressort, la version que l'on raconte autour de soi, à ses amis, à ses enfants, voir qu'on réécrit plus tard, transformée est une adaptation. Voir les contes et comptines pour enfants, par exemple. Ce n'est pas un mince exemple, on façonne des générations avec ça.


    L'oeuvre elle-même peut devenir un symbole complet, à l'égal d'une simple lettre de l'alphabet, avec lequel on peut jouer/travailler. Chaque symbole permet de former des mots, des phrases, du sens, de dire quelque chose. À ce titre, on doit pouvoir modifier le symbole même, si c'est nécessaire. Après, la visibilité de cette modification, ou l'attribution de l'oeuvre originale est une affaire de convention (honnêteté, "ça se fait", "la loi le veut", etc.).

    Prenez l'"affaire" de la Cène de de Vinci avec Girbaud ; c'est une histoire de symbole, dont une population (pas celle que l'on croit forcément) n'a pas voulu qu'on le modifie pour autre chose que ce qu'elle y voyait (l'institution d'un sacrement).

    Prenez, dans une veine différente, le bide "Da Vinci Code". Une modification (maladroite, mais efficace néanmoins) de nombreux symboles (pas spécifiquement tous chrétiens) pour dire quelque chose.

    Ce dernier exemple est intéressant, même s'il est assez simpliste. Ce "quelque chose" peut faire sens (ou pas) selon que l'on a déjà une culture des-dits symboles employés, de leurs origines, de leurs histoires, et de leurs sens : on peut percevoir si leur agencement est lui-même cohérent ou non. La structure employée elle-même pour articuler le discours (le style du livre, quoi) elle-même peut faire sens ou pas, voir donner un éclairage sur l'intention ou la qualité de l'oeuvre (une lecture comparée de plusieurs Dan Brown est assez instructive, à ce titre).

    Vous me direz que c'est une vision bien trop compliquée ou élitiste. Détrompez-vous. Ce n'est parce que l'on _perçoit simplement_ beaucoup de choses au travers d'une oeuvre que celle-ci est triviale dans sa construction ; d'autant moins si on peut la "lire" à divers degrés, et que cela reste cohérent.



    Ploum disait aussi dans son journal :
    De plus, qu'apporterait un livre "libre" ?
    On n'est pas non plus obligé de raisonner par la négative.

    La question qu'on pourrait se poser en s'amenant à publier quelque chose de libre, c'est plutôt : est-ce que j'ai de bonnes raisons de "libérer" ce quelque chose ? est-ce que j'ai de bonnes raisons de ne pas le faire ?

    On peut imaginer que l'auteur a finalisé le livre tel qu'il le souhaitait et ne souhaite donc pas voir n'importe qui modifier ou utiliser n'importe comment le texte !
    Il y a deux choses à distinguer :
    * la modification ; tout le monde le fait, à son insu, dans le cercle privé comme en public : le fait de rapporter une chose à un tiers la déforme, ne serait-ce qu'un chouia ; le problème, c'est l'attribution de la paternité (et des droits qui vont avec) du livre ; le plagiat
    * l'utilisation ; fort heureusement, jusqu'à ce jour, l'utilisation d'oeuvres intellectuelles est libre. Je ne vois pas vraiment ce qui permettrait de raisonnablement justifier de contraindre celle-ci ?


    L'intérêt de l'art libre (comme défini par la LAL, mais même comme l'abordent différemment quelques licences CC), c'est permettre de constituer _aujourd'hui_ un fond commun de symboles concrets et contemporains que l'on peut utiliser _tout de suite_ pour échanger des idées ou construire d'autres symboles plus complexes, ou plus "justes", selon ce qu'on veut signifier : pas besoin d'attendre que ces symboles tombent dans le domaine public (ie que leur utilisation ne soit contrainte), ni de reconstruire de tout nouveaux symboles soi-même.

    Pour certains, c'est une démarche artistique en soi. Pour d'autres, c'est une expérience (est-ce que cela parle à quelqu'un ? que fera-t-on avec ?).

    Seulement voilà : utiliser des symboles, faire des phrases, faire du sens, ça ne s'improvise pas. Il faut du travail, de la discipline et du talent. Réutiliser des symboles préexistants (libre ou pas), c'est aussi, sinon plus compliqué que fabriquer les propres à soi.

    Ce n'est pas parce qu'un symbole est libre ou non qu'il est intéressant, qu'il dit quelque chose d'intéressant.

    Alors, crédit de l'auteur, intérêt/sens de l'oeuvre. Quelle autre (non) différence entre libre/pas libre ? La visibilité ? celle des masses, instantanée nécessite encore aujourd'hui, une forte mobilisation de moyens coûteux.