• # Peine de mort immorale

    Posté par . En réponse au journal ça y est. Évalué à 6.

    L'enfilade ne tourne pas vraiment au pugilatdébat sur la peine de mort, mais certains ont quand même noté que ce qu'ils trouvaient d'immoral à l'exécution capitale, c'est le caractère incertain d'une décision de justice. Surtout quand on sait que dans beaucoup de législations prévoyant la peine de mort, le concept de « circonstances atténuantes » permet de condamner à la perpétuité à la place. Du coup, le destin de l'accusé repose sur des appréciations d'un jury populaire. À ce sujet, on peut considérer que quand un état abolit la peine capitale, c'est pour lui reconnaître d'une certaine manière que les décisions qu'il peut prendre ne peuvent pas avoir valeur d'absolu. De là à faire le rapprochement entre la peine de mort appliquée aux É-U et leur mépris de l'opinion de la scène internationale quand il s'agit de prendre des initiatives géopolitiques, il n'y a qu'un pas que j'ai déjà franchi. Abolir la peine de mort est pour un État le premier pas vers une société de raison.

    Malgré cela, les adeptes du retour à la peine de mort -- et j'ai l'impression qu'ils sont de plus en plus nombreux -- considèrent souvent que le principe du talion est plus important que certaines erreurs judiciaires : « Ben oui, pense aux victimes il faut bien qu'elles soient vengées, pense à la douleur des familles ». Et là, j'ai l'impression que les détraqueurs de la peine de mort ont plus de mal à expliquer pourquoi la vengeance, sémal. C'est pour ça que je vais prendre le temps d'exposer ma vision des choses.

    Premièrement, il faut distinguer trois catégories : les criminels passionnels (et là il faut bien avouer que nous risquons tous de faire un jour partie de ceux là... personne ne peut se prétendre à l'abri d'une grosse colère insurmontable), les criminels de métier et les criminels pathologiques.

    Mon argumentaire concerne les criminels de métier. Pour moi, il faut considérer la société et la criminalité sous l'angle du déterminisme. L'état de notre société a une grande influence sur la personnalité et les choix d'une personne : l'éducation, les conditions de vie, le statut social, la corruption dans certains pays... Tout cela inscrit les gens dans une dynamique déterministe, qui fait que les plus défavorisés d'entre eux ont plus de chance de se retrouver criminels que les autres. On peut faire le même raisonnement pour la politique internationale et les criminels de guerre. Le message plus haut montre bien que même si Saddam était un salaud, c'était un salaud au milieu d'un contexte géopolitique rempli de pourris, qui a dans une certaine mesure permis ses crimes. Bref, pour illustrer, cette vision déterministe, j'aime beaucoup cette citation (d'Arthur Koestler je crois) : « La société n'a que les criminels qu'elle mérite. »... Ce n'est pas aux criminels qu'il faut en vouloir, mais à la société qui les a construit.

    D'autre part, j'admire cette phrase de Camus : « Sans innocence absolue, il n'est point de justice suprême. » Cela veut dire qu'aucun d'entre nous ne peut prétendre n'avoir jamais fait de mal et que nous méritons tous la possibilité de réparation. Même ceux qui ont fait les choses les plus dégueulasses, peuvent se repentir et vouloir n'avoir jamais commis leurs crimes. Au nom de la solidarité des hommes contre le mal, il faut leur en laisser la chance !