Quoique cette histoire de puissance soit très relative. Le syndicalisme en France, c'est quelque chose comme 10 % des salariés. En Suède, c'est quelque chose comme 80 à 90 % (!) des salariés. Et pourtant, avec toute cette puissance, la grève y est rarissime.
Evidemment, il y a un problème d'échelle, puisque d'un côté, on parle d'un modèle où tout le monde est syndiqué (la Suède), et d'un autre où seul un noyau est sursyndiqué (la SNCF, quoique même pas, il s'agit d'un noyau à l'intérieur de la SNCF, les cheminots, quoique, là encore même pas, puisque je suis même pas sûr qu'on atteigne plus de 50% de syndiqués parmi les cheminots, ce qui suffit à mettre le boxon, certes, mais finissons cette parenthèse, j'y reviendrai un peu plus loin). Il n'y a donc pas de sursyndication même en France.
Et c'est là le problème. Dans les pays scandinaves, le fait qu'il y ait masse tend à ce que l'opinion de la base soit modérée et cherchera des compromis. En France, seuls les plus revendicatifs sont syndiqués, donc ils sont jusqu'au boutistes, mais au final n'obtiennet pas forcément mieux que les scandinaves, parce qu'ils ne seront pas perçus comme représentatifs.
Pour aller plus loin, le problème de la SNCF, c'est qu'on la laisse pourrir dans cette situation. Quelques observations :
1° Lors de la prochaine grève, regardez les prévisions de trafic sur les lignes de banlieue et comparez les aux prévisions Eurostar et Thalys (ici le choc est encore plus amorti vu qu'il y a un pool de conducteurs étrangers, mais les conducteurs SNCF affectés sur ces lignes sont la crème de la crème), voire même TGV. Le jour et la nuit.
Les conducteurs les mieux payés et ceux qui ont le moins tendance à faire grève sont affectés en priorité aux roulements Eurostar et TGV parce que c'est là qu'est la rentabilité. Les trains de banlieue qui ne rapportent quasiment-rien à la SNCF, alors que c'est là que se concentrent le plus de voyageurs sont conduits par les conducteurs les plus mal payés et les moins choyés par l'entreprise. C'est à peu près le même mécanisme pour les TER.
80% des trains sont conduits par des conducteurs qui ont 4 fois plus de chance d'être en grève que les conducteurs des 20% restants (à la louche mais vous voyez l'idée...). Il ne faut donc pas s'étonner si une minorité peut donner une image aussi désastreuse de la SNCF (minorité qui en plus est exaspérée quand on lui renvoie à la figure les salaires d'un conducteur de TGV qui ne fait jamais grève et qui peut être 2 à 3 fois plus élevé que le sien). Et donc le problème est ailleurs...
2° Peut être chez un management qui a une culture très massivement "entreprise privée" et qui cherche à faire du chiffre avec son produit phare le TGV en traînant le reste comme un boulet. Et que je te fais des promos à gogo, et que par derrière, je gonfle à mort les marges sur les trajets où je suis en position de force. Tout ça sans aucune vision service public.
Et en plus à mon sens avec une culture "grosse entreprise privée années 70-80" au mieux. Paperasse à tous les étages, encadrement surnuméraire, grands projets creux et consultation de la base aléatoire. Quand on compare à une culture d'entreprise type Google... Oui, ça peut faire ricaner comme exemple, mais en fait le vrai problème est là. Le manque d'ambition...
3° Et c'est pas la faute au management. Mais à la tutelle. Depuis des années, pour les gouvernements, la SNCF, c'est une patate chaude. On demande à la SNCF de ne pas faire de pertes (donc le TGV à fond et le reste au rabais) et de se préparer à une privatisation (mais surtout pas en l'avouant, parce que sinon, ça ferait des vagues ouh la la), tout en ne faisant pas de vagues. Pas de vagues, la priorité. Les grèves à répétition en banlieue, on sait gérer, ça grogne, mais c'est circonscrit à la SNCF.
Surtout pas affronter les vraies questions. Soit assumer franchement la privatisation et définir clairement les bénéfices qu'on attend de la privatisation (et dire "tapez pas, tapez pas, c'est la faute à bruxelles" du bout des lèvres, j'appelle pas ça une définition claire des bénéfices à attendre de la privatisation). Soit se dire que si la SNCF est un service public, il s'agirait peut être de la gérer comme telle et pas comme une (mauvaise) entreprise privée.
Par exemple, la mettre au coeur de la politique du développement durable. Vous entendez parler du rôle que pourrait jouer la SNCF dans le développement durable ? Moi, jamais. Parfois du train, mais très vaguement, sans allusions bien précises. On pourrait innover. Subventionner la SNCF pour chaque voiture ou camion retiré de la route. Et là, on la verrait arriver avec des projets d'amélioration des services de train de banlieue, embaucher des conducteurs et améliorer les salaires dans les dépots de train de banlieue. Parce que c'est là que sont les parts de marchés, des gens qui prendraient bien le train pour aller au boulot plutôt que de rester englués dans les bouchons. Ca où autre chose, mais pas une gestion à la petite semaine....
Là on encourage le statu quo avec une vision strictement statique et une enveloppe qui n'encourage pas vraiment le développement du service en se disant que de toute façon la SNCF s'engraisse bien assez avec le TGV. C'est ça qui manque aujourd'hui. Il n'y a aucun projet pour la SNCF. C'est juste bon à faire de belles images avec le ministre quand il inaugure une ligne. Pour le reste, on gère, sans vision, comme on gèrerait une usine de produits sous vide ou une compagnie d'assurances....
[^] # Re: Contradiction ?
Posté par qdm . En réponse au journal Greve un soir de Noël...?. Évalué à 9.
Evidemment, il y a un problème d'échelle, puisque d'un côté, on parle d'un modèle où tout le monde est syndiqué (la Suède), et d'un autre où seul un noyau est sursyndiqué (la SNCF, quoique même pas, il s'agit d'un noyau à l'intérieur de la SNCF, les cheminots, quoique, là encore même pas, puisque je suis même pas sûr qu'on atteigne plus de 50% de syndiqués parmi les cheminots, ce qui suffit à mettre le boxon, certes, mais finissons cette parenthèse, j'y reviendrai un peu plus loin). Il n'y a donc pas de sursyndication même en France.
Et c'est là le problème. Dans les pays scandinaves, le fait qu'il y ait masse tend à ce que l'opinion de la base soit modérée et cherchera des compromis. En France, seuls les plus revendicatifs sont syndiqués, donc ils sont jusqu'au boutistes, mais au final n'obtiennet pas forcément mieux que les scandinaves, parce qu'ils ne seront pas perçus comme représentatifs.
Pour aller plus loin, le problème de la SNCF, c'est qu'on la laisse pourrir dans cette situation. Quelques observations :
1° Lors de la prochaine grève, regardez les prévisions de trafic sur les lignes de banlieue et comparez les aux prévisions Eurostar et Thalys (ici le choc est encore plus amorti vu qu'il y a un pool de conducteurs étrangers, mais les conducteurs SNCF affectés sur ces lignes sont la crème de la crème), voire même TGV. Le jour et la nuit.
Les conducteurs les mieux payés et ceux qui ont le moins tendance à faire grève sont affectés en priorité aux roulements Eurostar et TGV parce que c'est là qu'est la rentabilité. Les trains de banlieue qui ne rapportent quasiment-rien à la SNCF, alors que c'est là que se concentrent le plus de voyageurs sont conduits par les conducteurs les plus mal payés et les moins choyés par l'entreprise. C'est à peu près le même mécanisme pour les TER.
80% des trains sont conduits par des conducteurs qui ont 4 fois plus de chance d'être en grève que les conducteurs des 20% restants (à la louche mais vous voyez l'idée...). Il ne faut donc pas s'étonner si une minorité peut donner une image aussi désastreuse de la SNCF (minorité qui en plus est exaspérée quand on lui renvoie à la figure les salaires d'un conducteur de TGV qui ne fait jamais grève et qui peut être 2 à 3 fois plus élevé que le sien). Et donc le problème est ailleurs...
2° Peut être chez un management qui a une culture très massivement "entreprise privée" et qui cherche à faire du chiffre avec son produit phare le TGV en traînant le reste comme un boulet. Et que je te fais des promos à gogo, et que par derrière, je gonfle à mort les marges sur les trajets où je suis en position de force. Tout ça sans aucune vision service public.
Et en plus à mon sens avec une culture "grosse entreprise privée années 70-80" au mieux. Paperasse à tous les étages, encadrement surnuméraire, grands projets creux et consultation de la base aléatoire. Quand on compare à une culture d'entreprise type Google... Oui, ça peut faire ricaner comme exemple, mais en fait le vrai problème est là. Le manque d'ambition...
3° Et c'est pas la faute au management. Mais à la tutelle. Depuis des années, pour les gouvernements, la SNCF, c'est une patate chaude. On demande à la SNCF de ne pas faire de pertes (donc le TGV à fond et le reste au rabais) et de se préparer à une privatisation (mais surtout pas en l'avouant, parce que sinon, ça ferait des vagues ouh la la), tout en ne faisant pas de vagues. Pas de vagues, la priorité. Les grèves à répétition en banlieue, on sait gérer, ça grogne, mais c'est circonscrit à la SNCF.
Surtout pas affronter les vraies questions. Soit assumer franchement la privatisation et définir clairement les bénéfices qu'on attend de la privatisation (et dire "tapez pas, tapez pas, c'est la faute à bruxelles" du bout des lèvres, j'appelle pas ça une définition claire des bénéfices à attendre de la privatisation). Soit se dire que si la SNCF est un service public, il s'agirait peut être de la gérer comme telle et pas comme une (mauvaise) entreprise privée.
Par exemple, la mettre au coeur de la politique du développement durable. Vous entendez parler du rôle que pourrait jouer la SNCF dans le développement durable ? Moi, jamais. Parfois du train, mais très vaguement, sans allusions bien précises. On pourrait innover. Subventionner la SNCF pour chaque voiture ou camion retiré de la route. Et là, on la verrait arriver avec des projets d'amélioration des services de train de banlieue, embaucher des conducteurs et améliorer les salaires dans les dépots de train de banlieue. Parce que c'est là que sont les parts de marchés, des gens qui prendraient bien le train pour aller au boulot plutôt que de rester englués dans les bouchons. Ca où autre chose, mais pas une gestion à la petite semaine....
Là on encourage le statu quo avec une vision strictement statique et une enveloppe qui n'encourage pas vraiment le développement du service en se disant que de toute façon la SNCF s'engraisse bien assez avec le TGV. C'est ça qui manque aujourd'hui. Il n'y a aucun projet pour la SNCF. C'est juste bon à faire de belles images avec le ministre quand il inaugure une ligne. Pour le reste, on gère, sans vision, comme on gèrerait une usine de produits sous vide ou une compagnie d'assurances....