Et moi ce qui me choque c'est le côté déshumanisant de la société de consommation qui n'a pas l'air de te choquer.
La grande distribution tue l'emploi des petites commerces, certes. Mais pas seulement. Et c'est déjà un point sur lequel ton analyse ne va pas jusqu'au bout. Je m'explique.
La grande distribution, en voulant tirer les prix vers le bas continuellement, et pour dit-elle le bien du consommateur n'est pas aussi philantropique que tu ne pourrais le croire. D'un, lorsque la grande distribution baisse les prix, elle ne diminue pas ses marges, mais demande aux fournisseurs de baisser ses prix (en utilisant de moyens immoraux). Les agriculteurs n'ont pas pu faire fasse aux grands groupes qui occupent 90% du marché de l'alimentaire (quasi monopole car si tu ne vends pas en supermarché, t'es mort). Résultats, 30 000 agriculteurs mettent la clé sous la porte tous les ans. Pour pouvoir survivre, il faut que les exploitations augmentent en taille, et produisent toujours plus, toujours moins cher, c'est ce qu'on appelle l'agriculture productiviste. La qualité n'est plus un critère (j'espère que vous avez pu vous en rendre compte). Seul le prix importe. Soit dit en passant, les prix sont tellement bas qu'il est nécessaire de subventionner les agriculteurs (PAC). Donc c'est le contribuable qui paye la différence. En sachant que la marge du distributeur (la grande distribution) est toujours indescente: pour des carottes achetées 2Frcs/kg, la grande distribution les revends 12Frcs/kg. Les emplois tuées sont les agriculteurs qui meurent. Ne pas oublier non plus que les emplois supprimés entrainent une hausse des aides sociales, donc le contribuable.
Secondo, pouvoir acheter tout au même endroit est certes un progrès, mais dans les faits une régression sociale. Par exemple, c'est bien de pouvoir acheter des fleurs dans son supermarché en même temps que des yaourts. Mais il faut savoir que les distributeurs ont des combines malhonnêtes pour payer les fournisseurs au plus bas prix; les distributeurs n'acceptent pas les livraisons non-conformes aux bons de commandes ou les livraisons en retard (déchargées maintenant par le chauffeur du poids-lourd, ça permet de réduire les couts de la masse salariale du distributeur et donc d'augmenter sa marge). Une responsable fleur d'un grand magasin a témoigné en expliquant qu'elle refusait systématiquement les livraisons de fleurs (non-conforme au bon de commande, il suffit par exemple de trouver une fleur fanée). Le fournisseur a alors 2 choix : repartir avec sa marchandise ou laisser la marchandise à maximum 30% du prix au distributeur ! belle affaire pour la grande distribution qui te vendra toujours les fleurs au même prix, mais qui aura "arnaqué" son fournisseur. Ce n'est qu'un exemple, mais je ne considère pas ça comme un progrès social.
Tiercio, il faut savoir se détacher de cette société de consommation qui nous aide à acheter de plus en plus, mais en moins bonne qualité. Allez sur les marchés acheter les fruits et légumes directement au producteur, achetez de saison. Allez chez un fleuriste, chez un revendeur informatique, à la parfumerie, librairie qui eux ont des vendeurs/euses qui peuvent vous aider.
Enfin je finirais pas la librairie. Quand Miterrand a été élue la prochaine fois président de la république, il est arrivé avec un programme de plus de 100 points donc l'un était la protection de la culture du livre. Jack Lang alors ministre de la culture a fait voter une loi obligeant d'indiquer le prix du livre à l'arrière de celui-ci et interdisant de le vendre 5% moins cher que le prix indiqué. Cette mesure a été prise pour sauvegarder l'indépendance de la culture littéraire. Et ça a marché plus ou moins bien, mais ça a évité aux librairies de disparaître (comme les disquaires ont disparu). La grande distribution sait bien que le livre peut lui ramener beaucoup d'argent, et elle n'est pas là pour en perdre, elle ne vend que les livres qui sont au box-office. Merci l'indépendance de la culture !
Si vous voulez en savoir plus sur les pratiques de la grande distribution, je vous recommande "Les coulisses de la grande distribution" de Jacquiau (ISBN 2226115064).
PS : depuis que j'ai lu ce livre, j'ai décidé de ne plus acheter en grande distribution que des conserves. Le reste peut être acheté dans des commerces de proximité.
[^] # Re: Un conseil
Posté par Matthieu . En réponse au journal Faux CD et vraie colère .... Évalué à 2.
La grande distribution tue l'emploi des petites commerces, certes. Mais pas seulement. Et c'est déjà un point sur lequel ton analyse ne va pas jusqu'au bout. Je m'explique.
La grande distribution, en voulant tirer les prix vers le bas continuellement, et pour dit-elle le bien du consommateur n'est pas aussi philantropique que tu ne pourrais le croire. D'un, lorsque la grande distribution baisse les prix, elle ne diminue pas ses marges, mais demande aux fournisseurs de baisser ses prix (en utilisant de moyens immoraux). Les agriculteurs n'ont pas pu faire fasse aux grands groupes qui occupent 90% du marché de l'alimentaire (quasi monopole car si tu ne vends pas en supermarché, t'es mort). Résultats, 30 000 agriculteurs mettent la clé sous la porte tous les ans. Pour pouvoir survivre, il faut que les exploitations augmentent en taille, et produisent toujours plus, toujours moins cher, c'est ce qu'on appelle l'agriculture productiviste. La qualité n'est plus un critère (j'espère que vous avez pu vous en rendre compte). Seul le prix importe. Soit dit en passant, les prix sont tellement bas qu'il est nécessaire de subventionner les agriculteurs (PAC). Donc c'est le contribuable qui paye la différence. En sachant que la marge du distributeur (la grande distribution) est toujours indescente: pour des carottes achetées 2Frcs/kg, la grande distribution les revends 12Frcs/kg. Les emplois tuées sont les agriculteurs qui meurent. Ne pas oublier non plus que les emplois supprimés entrainent une hausse des aides sociales, donc le contribuable.
Secondo, pouvoir acheter tout au même endroit est certes un progrès, mais dans les faits une régression sociale. Par exemple, c'est bien de pouvoir acheter des fleurs dans son supermarché en même temps que des yaourts. Mais il faut savoir que les distributeurs ont des combines malhonnêtes pour payer les fournisseurs au plus bas prix; les distributeurs n'acceptent pas les livraisons non-conformes aux bons de commandes ou les livraisons en retard (déchargées maintenant par le chauffeur du poids-lourd, ça permet de réduire les couts de la masse salariale du distributeur et donc d'augmenter sa marge). Une responsable fleur d'un grand magasin a témoigné en expliquant qu'elle refusait systématiquement les livraisons de fleurs (non-conforme au bon de commande, il suffit par exemple de trouver une fleur fanée). Le fournisseur a alors 2 choix : repartir avec sa marchandise ou laisser la marchandise à maximum 30% du prix au distributeur ! belle affaire pour la grande distribution qui te vendra toujours les fleurs au même prix, mais qui aura "arnaqué" son fournisseur. Ce n'est qu'un exemple, mais je ne considère pas ça comme un progrès social.
Tiercio, il faut savoir se détacher de cette société de consommation qui nous aide à acheter de plus en plus, mais en moins bonne qualité. Allez sur les marchés acheter les fruits et légumes directement au producteur, achetez de saison. Allez chez un fleuriste, chez un revendeur informatique, à la parfumerie, librairie qui eux ont des vendeurs/euses qui peuvent vous aider.
Enfin je finirais pas la librairie. Quand Miterrand a été élue la prochaine fois président de la république, il est arrivé avec un programme de plus de 100 points donc l'un était la protection de la culture du livre. Jack Lang alors ministre de la culture a fait voter une loi obligeant d'indiquer le prix du livre à l'arrière de celui-ci et interdisant de le vendre 5% moins cher que le prix indiqué. Cette mesure a été prise pour sauvegarder l'indépendance de la culture littéraire. Et ça a marché plus ou moins bien, mais ça a évité aux librairies de disparaître (comme les disquaires ont disparu). La grande distribution sait bien que le livre peut lui ramener beaucoup d'argent, et elle n'est pas là pour en perdre, elle ne vend que les livres qui sont au box-office. Merci l'indépendance de la culture !
Si vous voulez en savoir plus sur les pratiques de la grande distribution, je vous recommande "Les coulisses de la grande distribution" de Jacquiau (ISBN 2226115064).
PS : depuis que j'ai lu ce livre, j'ai décidé de ne plus acheter en grande distribution que des conserves. Le reste peut être acheté dans des commerces de proximité.