En avant-propos, merci de ces propos intéressants ;)
Concernant tes remarques, et celles de Charlax, sur le profit, ça m'a fait penser à ce que j'ai lu récemment dans The future does not compute de Steve Talbott [1]. Dans ce livre (que je conseille absolument, c'est une vraie mine d'or), l'auteur évoque l'entreprise moderne comme une "machine qui fonctionne toute seule" ("a machine that runs by itself" est son expression). En, particulier, dans le chapitre 3, The Future Does Not Compute, il dit:
What has fallen out of this picture? Just the entire meaning of work, just the whole human reason why people band together and direct their creative energies toward productive ends. Ends -- things worth pursuing. Goods that are good, services that serve. The corporation has divorced itself from questions like "What task do I wish to take up in the world?" and "What is the future we wish to create?" We form our companies only to learn that they no longer embody our ends, but somehow have a neat, predictable logic of their own. We choose a future only to find it taken out of our hands, exchanged for a permutation of the past.
et, dans le chapitre 8, Things That Run by Themselves :
The aim of the entire effort is no longer a good or service, the achievement of which requires, among other things, economic discipline; rather, the economic "bottom line" itself becomes the controlling focus of the company. But this is to turn things upside down and inside out. It leads to episodes like the one James O'Toole reports:
I once asked a PepsiCo vice president if anyone in that corporation had ever raised the issue of the morality of promoting junk food in ghetto areas where kids weren't getting enough basic foods. He answered, "If anyone would ever be so foolish as to raise the question, he'd find himself out on the street." /1/
Needless to say, employees sense this reversal of ends and means, this loss of human purpose, and come to see the company as competing against their own goals and interests. To ask, why am I doing this work? -- what human vision of the future are we as a company striving to realize? -- is hereafter to sound a rather uncomfortable, dissonant note within the organization. It is easier to say, "I just work here," and to seek one's deeper satisfactions elsewhere.
Il me semble que ces deux extraits sont appropriés: le reproche fait aux entreprises modernes n'est pas de vouloir faire du profit (enfin, mis à part quelques extrémistes), mais d'être orienté vers le seul profit, et d'avoir oublié qu'une entreprise doit avant tout produire quelque chose, qui aura des utilisateur (que ce soit une voiture, un logiciel, un grille-pain, un contrat d'assurance, etc.). Le principe de libre concurrence [2] fait que les entreprises qui proposent les meilleurs services/produits, i.e. ceux qui répondent le mieux aux besoins des clients, auront le plus de clients, et donc de profit [3]. Dans cette vue (que certains aujourd'hui disent utopiste), le but de l'entreprise est double: 1) satisfaire son client, afin de faire du "profit", ce profit servant à 2) faire vivre les personnes qui forment l'entreprise.
Ce que Steve Talbott a mis en lumière (et sûrement d'autres, je suppose, mais c'est dans ses écrits que je l'ai vu le mieux expliqué), c'est que l'entreprise moderne "fonctionne toute seule", avec sa propre logique, ses propres buts, qui ne sont plus ceux de ses employés - ni même de ses patrons ! C'est juste une machine à faire de l'argent, qui grossit sans limites, et pour laquelle le client n'est plus qu'un moyen d'atteindre son objectif (dans un tel contexte, rendre son client "captif" est une stratégie valable... ).
J'aurais une remarque sur ta phrase:
Si les miliardaires font des don[s] c'est pour se racheter, pour rentrer dans u[n]e logique catholique de rachat de ces péchés.
Je me trompe peut-être dans le cas particulier des individus dont tu parles, mais ils vivent (il me semble) dans des pays plus protestants que catholiques. Mais c'est juste une remarque en passant.
Sur ta phrase:
Par exemple tu pense que le libéralisme c'est la libre diffusion des connaissances et des biens, c'est une grosse méprise. Tout se paye dans le libéralisme. Je vois mal un systéme libérale ou on ne paye pas ces oranges. Je trouve que tu confond plus avec un systéme libertaire.
Je peux me tromper sur ce que charlax a voulu dire, mais libre != gratuit ;) Il n'y a rien de contradictoire (selon moi, mais j'ai pu ne pas voir certaines choses) entre la libre circulation des biens et le fait que le "client final"/consommateur devra payer le bien pour en profiter.
[1] http://natureinstitute.org/txt/st/details/fdnc.htm
[2] Ce principe me semble être une des bases du libéralisme, au contraire de certaines théories modernes (ce qui est appelé "néo-libéralisme", ou "ultra-libéralisme" je crois. Enfin bref.) qui se satisfont des monopoles et pratiques anti-concurrentielles; mais j'admets que la notion de "libéralisme" est assez floue parfois.
[3] Ok, le lien "plus de client donc plus de profit" est spécieux, je néglige ici les questions de marge bénéficiaire, tout ça tout ça.
[^] # Re: Vive le libéralisme !
Posté par alf . En réponse au journal Analogie entre logiciel libre et deux idéologie politique. Évalué à 2.
Concernant tes remarques, et celles de Charlax, sur le profit, ça m'a fait penser à ce que j'ai lu récemment dans The future does not compute de Steve Talbott [1]. Dans ce livre (que je conseille absolument, c'est une vraie mine d'or), l'auteur évoque l'entreprise moderne comme une "machine qui fonctionne toute seule" ("a machine that runs by itself" est son expression). En, particulier, dans le chapitre 3, The Future Does Not Compute, il dit:
et, dans le chapitre 8, Things That Run by Themselves :
Il me semble que ces deux extraits sont appropriés: le reproche fait aux entreprises modernes n'est pas de vouloir faire du profit (enfin, mis à part quelques extrémistes), mais d'être orienté vers le seul profit, et d'avoir oublié qu'une entreprise doit avant tout produire quelque chose, qui aura des utilisateur (que ce soit une voiture, un logiciel, un grille-pain, un contrat d'assurance, etc.). Le principe de libre concurrence [2] fait que les entreprises qui proposent les meilleurs services/produits, i.e. ceux qui répondent le mieux aux besoins des clients, auront le plus de clients, et donc de profit [3]. Dans cette vue (que certains aujourd'hui disent utopiste), le but de l'entreprise est double: 1) satisfaire son client, afin de faire du "profit", ce profit servant à 2) faire vivre les personnes qui forment l'entreprise.
Ce que Steve Talbott a mis en lumière (et sûrement d'autres, je suppose, mais c'est dans ses écrits que je l'ai vu le mieux expliqué), c'est que l'entreprise moderne "fonctionne toute seule", avec sa propre logique, ses propres buts, qui ne sont plus ceux de ses employés - ni même de ses patrons ! C'est juste une machine à faire de l'argent, qui grossit sans limites, et pour laquelle le client n'est plus qu'un moyen d'atteindre son objectif (dans un tel contexte, rendre son client "captif" est une stratégie valable... ).
J'aurais une remarque sur ta phrase:
Je me trompe peut-être dans le cas particulier des individus dont tu parles, mais ils vivent (il me semble) dans des pays plus protestants que catholiques. Mais c'est juste une remarque en passant.
Sur ta phrase:
Je peux me tromper sur ce que charlax a voulu dire, mais libre != gratuit ;) Il n'y a rien de contradictoire (selon moi, mais j'ai pu ne pas voir certaines choses) entre la libre circulation des biens et le fait que le "client final"/consommateur devra payer le bien pour en profiter.
[1] http://natureinstitute.org/txt/st/details/fdnc.htm
[2] Ce principe me semble être une des bases du libéralisme, au contraire de certaines théories modernes (ce qui est appelé "néo-libéralisme", ou "ultra-libéralisme" je crois. Enfin bref.) qui se satisfont des monopoles et pratiques anti-concurrentielles; mais j'admets que la notion de "libéralisme" est assez floue parfois.
[3] Ok, le lien "plus de client donc plus de profit" est spécieux, je néglige ici les questions de marge bénéficiaire, tout ça tout ça.