• # Peut être un facteur anthropologique

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal [HS] [CPE] L'avis d'un étranger. Évalué à 9.

    L'autre jour, moi qui est assez adepte des idées de Todd (avec la prudence qu'il convient) sur le lien entre valeur anthropologique familiale et idéologie, je tombe sur l'interview de Philippe d'Iribarne dans Télérama.
    http://www.telerama.fr/debats/edito.asp?art_airs=M0603201544(...)

    (Pour Todd, lire http://europefederalepolycentrique.chez-alice.fr/carte.htm , c'est pas trop mal expliqué ).

    Phillipe d'Iribarne, creuse un peu l'idée de Weber sur l'adéquation des valeurs anthropologique et culturels et des systèmes socio-économiques.

    Comme vous l'aurez sans-doute lu, la France est structuré autour des valeurs d'égalité.

    Je le cite sans vergogne
    Télérama : Cette logique de l’honneur est selon vous une spécificité française. Pourquoi ?
    Philippe d’Iribarne : En Allemagne, devant un conflit de ce genre, on va immédiatement se mettre autour d’une table et travailler jusqu’à ce qu’on trouve un compromis. Pour nous, le compromis est vil, pas très loin de la compromission : ne parle-t-on pas de « consensus mou » ? On rêve d’une unanimité « naturelle » sur des idées indiscutables tant elles sont pertinentes !
    Cette différence de culture remonte à loin. L’Angleterre du XVIIIe siècle, par exemple, est très inspirée par le philosophe Locke dans sa lutte contre le despotisme. Au même moment, les penseurs de la Révolution française, en particulier Sieyès, dénoncent les privilégiés, mais avec cette question : pour fabriquer de l’égalité, faut-il supprimer tous les privilèges, ou faire en sorte que tout le monde devienne privilégié ? La question perdure aujourd’hui. Nous plaidons pour l’abolition des privilèges (en tant que citoyens, par exemple) et en même temps nous aspirons à être tous privilégiés. Voyez par exemple les réactions lorsqu’on propose l’apprentissage à 14 ans, ou la suppression du collège unique. Les citoyens se dressent, parce qu’ils perçoivent ces mesures comme des atteintes à la conquête d’avantages pour tous.


    J'ai une théorie personnelle qui va chercher un peu plus loin : je pense que la France a culturellement fait le choix entre le jansénisme qui a sévi au XVIIème (Avec Pascal notamment qui défendait les thèses Jansnistes dans Les provinciales ) et XVIIIème siècle et le libre-arbitre jésuistique.
    Les Janséniste, ainsi qu'expliqué dans la page wikipédia, défendait l'idée assez calviniste que l'Homme est en permanence tenté par le mal et que seul la grâce de Dieu peut sauver ceux qui ont été choisi.
    Les Jésuites défendaient le libre arbitre.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jans%C3%A9nisme

    En France, les Jésuites ont gagnés leur guerre philosophique, ce qui ne les a pas empêché d'avoir quelques problèmes par la suite.

    Je pense que cette victoire de la notion de libre arbitre, liée à la structure de famille nucléaire égalitaire dans le bassin Parisien a été pour beaucoup dans la victoire des idées révolutionnaires.

    Par contre dans les pays anglo-saxons, c'est un avatar du Jansénisme qui a gagné, en grande-bretagne, comme aux Etats-Unix, l'idée de prédestination divine à toujours eu vent en poupe, et la notion de libre arbitre y est quasiment inexistante, il suffit pour s'en convaincre d'analyser le droit Anglo-Saxon.

    Comme l'explique Philippe d’Iribarne, dans l'interview qu'il donne à Télérama, le français, convaincu de la primauté du libre arbitre et de la valeur anthropologique d'égalité, conçoit le travail comme une sujetion dégradante.
    Le statut a donc eu la lourde tâche de redonner dignité au travailleur.

    J'ai encore du mal a relier cette théorie à la difficulté française de prise de risque, je pense que la chutte du Jansénisme y est pour quelques chose : on prend beaucoup plus de risque quand on pense être prédestiné, et la réussite est mieux accepté, tandis que le libre-arbitre implique l'idée que si quelqu'un réussi, c'est qu'il a eu plus de chance, qu'il a triché, etc...
    Peut-être quelque chose dans ce bout là.

    Bref, quand à la réfome en France , je citerai les 5 conditions énoncées par Michel Rocard, l'autre jour dans Esprit Public, sur France Culture :

    Première condition
    Pas de loi. "On peut toujours transiger sur des intérêts, mais jamais sur de la symbolique, et tout passage par le législateur exige de symboliser". Plutôt le décret, ou le contrat.

    Deuxième condition
    "Toute annonce de réforme fait peur, il faut donc éviter d’en faire plusieurs à la fois". J’ajouterai, qu’avec l’avènement du néolibéralisme, le mot de réforme a été galvaudé de par sa prostitution forcée à cette idéologie.

    Un nombre trop grand de réforme implique que l’on parviendra à réunir une majorité (disparate) de citoyens contre le réformateur. Voir l’échec d’Alain Juppé.

    Troisième condition
    Pas d’annonce. Car toute annonce permet à une opposition, surtout de la part de ceux dont la place et les privilèges sont en cause, de se structurer et donc de fourbir ses armes, puis faire capoter le projet.

    Il faut plutot tenter de lancer une réforme en invitant les acteurs à réfléchir à une problématique intelligeamment posée, et lancer un réseau de réunions, débats, discussion informels qui vont contaminer les esprit et faire comprendre à tout le monde l’importance et l’utilité de l’enjeu, ainsi que de faire remonter de la base toutes les bonnes idées que seuls les acteurs au bas de l’échelle peuvent avoir.

    Une réunion/débat doit réunir 10 personnes au maximum

    Quatrième condition
    Négociation avec tout le monde : il faut descendre la discussion jusqu’à la base, quitte à court-circuiter les syndicats, qui, de toutes façon, ne réprésentent personne en France.

    Cinquième condition
    Ne jamais s’imposer un délai. Car cela oblige à ne jamais devoir couper dans le vif et ne plus respecter les conditions précédemment posées.

    Bref, prendre exemple sur des systèmes socio-économiques étrangers ne me semble pas une bonne idée, tout au plus puisse t-on s'en inspirer, mais la culture et les comportements n'étant pas les mêmes, un système fonctionnel dans un pays ne l'est pas forcément dans un autre.

    « Il n’y a pas de choix démocratiques contre les Traités européens » - Jean-Claude Junker