1) personne dans la communauté scientifique n'a prétendu que les forets (et plus généralement la biomasse continentale), était un puits de carbone. C'est effectivement faux à nos courtes échelles de temps (ordre du siècle). Pour que la matière organique soit un puits de C, il est nécessaire de la soustraire à l'oxydation par l'atmosphère, c'est ce qui se produit aux échelles de temps géologiques (millions d'années) au cours de l'enfouissement de la matière organique.
2) Néanmoins, c'est bien plus compliqué: la vegétation continentale joue un rôle très important via la formation des sols. En effet, l'altération chimique des roches des continents est bien plus importante que dans le cas de roches nues (sans sol), à cause des acides organiques présents dans les sols. Or, l'altération des roches océaniques piège du carbone atmosphérique. Bref, c'est compliqué, et encore mal quantifié.
3) Pour insister un peu sur le cycle du CO2
Le probleme principal à mon avis, c'est l'échelle de temps à laquelle ont lieu les différents mécanismes. Avec la libération de CO2 anthropique par la combustion des énergies fossiles, on oxyde de la matière organique de manière très intense et la concentration de CO2 dans l'atmosphère augmente à des échelles de temps très courtes (1a - 100a), bien plus courte que l'échelle de temps à laquelle le stockage du carbone (organique et inorganique) se produit (Ma). On déséquilibre donc probablement l'ensemble du cycle, car les mécanismes de rétroactions naturels (géologique) qui stabilisent le climat terrestre agissent sur des durées du million d'années (ou au moins 100000ans).
4) remarque sur l'hypothèse d'une glaciation
attention, tout dépend encore à quelle échelle de temps on se place: le dernier minimum glaciaire date de -10000 ans environ. On est actuellement dans une période interglaciaire, donc une glaciation peut survenir, dans 1000 à 100000 ans (et surviendra probablement d'ailleurs).
Pour revenir au sujet, le bouquin en question, que je n'ai pas lu et donc, je ne peux pas commenter, ce qui me pose un problème, ce ne sont pas les hypothèses ou les résultats qu'il semble y présenter, c'est plutôt la démarche: un scientifique, pour publier ses travaux dans une revue scientifique, doit se soumettre à une procédure d'évaluation de son travail par des scientifiques qui travaillent dans le même domaine. Meme si il y a parfois des problèmes, c'est (la plupart du temps) le gage d'une bonne qualité du travail, et également d'un débat (plus ou moins) sain. Proposer une théorie scientifique dans un ouvrage de fiction, c'est (1) refuser le débat avec la communauté scientifique concernée (2) s'adresser à la mauvaise cible.
(et dernière remarque: comme cela a déja été dit, ne pas confondre météorologie et climatologie.)
voila mon avis, je pourrais m'étendre plus longuement sur le sujet, mais je sens que ça va endormir beaucoup de lecteur...
[^] # Re: Je ne peux pas juger.
Posté par Laurent Simon . En réponse au journal [HS] L'affaire Crichton. Évalué à 8.
1) personne dans la communauté scientifique n'a prétendu que les forets (et plus généralement la biomasse continentale), était un puits de carbone. C'est effectivement faux à nos courtes échelles de temps (ordre du siècle). Pour que la matière organique soit un puits de C, il est nécessaire de la soustraire à l'oxydation par l'atmosphère, c'est ce qui se produit aux échelles de temps géologiques (millions d'années) au cours de l'enfouissement de la matière organique.
2) Néanmoins, c'est bien plus compliqué: la vegétation continentale joue un rôle très important via la formation des sols. En effet, l'altération chimique des roches des continents est bien plus importante que dans le cas de roches nues (sans sol), à cause des acides organiques présents dans les sols. Or, l'altération des roches océaniques piège du carbone atmosphérique. Bref, c'est compliqué, et encore mal quantifié.
3) Pour insister un peu sur le cycle du CO2
Le probleme principal à mon avis, c'est l'échelle de temps à laquelle ont lieu les différents mécanismes. Avec la libération de CO2 anthropique par la combustion des énergies fossiles, on oxyde de la matière organique de manière très intense et la concentration de CO2 dans l'atmosphère augmente à des échelles de temps très courtes (1a - 100a), bien plus courte que l'échelle de temps à laquelle le stockage du carbone (organique et inorganique) se produit (Ma). On déséquilibre donc probablement l'ensemble du cycle, car les mécanismes de rétroactions naturels (géologique) qui stabilisent le climat terrestre agissent sur des durées du million d'années (ou au moins 100000ans).
4) remarque sur l'hypothèse d'une glaciation
attention, tout dépend encore à quelle échelle de temps on se place: le dernier minimum glaciaire date de -10000 ans environ. On est actuellement dans une période interglaciaire, donc une glaciation peut survenir, dans 1000 à 100000 ans (et surviendra probablement d'ailleurs).
Pour revenir au sujet, le bouquin en question, que je n'ai pas lu et donc, je ne peux pas commenter, ce qui me pose un problème, ce ne sont pas les hypothèses ou les résultats qu'il semble y présenter, c'est plutôt la démarche: un scientifique, pour publier ses travaux dans une revue scientifique, doit se soumettre à une procédure d'évaluation de son travail par des scientifiques qui travaillent dans le même domaine. Meme si il y a parfois des problèmes, c'est (la plupart du temps) le gage d'une bonne qualité du travail, et également d'un débat (plus ou moins) sain. Proposer une théorie scientifique dans un ouvrage de fiction, c'est (1) refuser le débat avec la communauté scientifique concernée (2) s'adresser à la mauvaise cible.
(et dernière remarque: comme cela a déja été dit, ne pas confondre météorologie et climatologie.)
voila mon avis, je pourrais m'étendre plus longuement sur le sujet, mais je sens que ça va endormir beaucoup de lecteur...