• [^] # Re: On y est tous un peu pour quelque chose

    Posté par . En réponse au journal Comment tolérer cela ?. Évalué à 4.

    Tout à fait d'accord. De plus, il faut arrêter de croire que les hommes politiques (mot préférable à politicien car non connoté) peuvent tout faire. En effet, malgré l'ensemble des instruments mis à leur disposition, on comprend bien que « le gouvernement ne peut pas tout faire » (citation de Lionel Jospin).

    Par contre, c'est effectivement au citoyen d'agir. Je pense que le problème vient plus de l'individualisation et du conformisme.

    Je voudrais vous partager un extrait des derniers chapitres du livre De la Démocratie en Amérique (Tocqueville) qui me semble extrêmement pertinent, et ce avec 150 ans d'avance ! C'est un peu long, mais ça en vaut la peine...

    Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs moeurs, à l'étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu'ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu'ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs.
    Je pense donc que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l'image dans leurs souvenirs.
    Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l'idée que je m'en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

    C'est la parti la plus intéressante et la plus prodigieuse :
    Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.
    Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.