Après le torrent de boue qui s'est déversé sur les sites ce week-end à la suite de l'article de Kurt Pfeifle et des ragots sur KDE et Gnome. Il est temps de reprendre un peu son sang froid.
Commandé par les analystes financiers, Novell est obligé de réduire son personnel et dépenser son argent à racheter ses actions pour augmenter leur cours. Kurt qui a des contacts parmi les ingénieurs de Suse nous donne des détails du plan en cours. Le management a non seulement coupé dans les effectifs anciens Netware mais aussi dans les équipes de développement de bureautique Linux. Pour l'instant, ils ont fait léger et facile, en supprimant la sous-traitance (les indiens qui travaillaient sur Evolution) et en saupoudrant les licenciements. Un ingénieur KDE a été malheureusement licencié. Je ne sais pas qui est-ce mais j'imagine qu'il doit s'agir de Lubos Lunak, un tchèque qui travaillait chez lui. Loin des yeux (de Nuremberg), loin du coeur. L'inquiétude que l'on peut avoir ce que la prochaine charrette frappe plus fort dans les équipes de développement. Il y a un équivalent 4 ingénieurs temps complet pour KDE à Suse. S'ils sont virés ou redéployés, c'est une grosse perte pour KDE car un projet de cette taille a besoin d'un noyau d'ingénieurs à temps plein pour résoudre les problèmes qui ont besoin d'une attention permanente comme l'infrastructure et la sécurité et pour se charger des tâches ennuyeuses. D'autres entreprises comme Trolltech, Linspire et aujourd'hui Canonical/Ubuntu ont recruté des développeurs KDE mais nous travaillons sur une base fragile et la chute de la maison Suse serait une bien mauvaise nouvelle.
Sur cet épisode de licenciement, s'ajoute un épisode de la guerre bureaucratique qui oppose la division Ex-Ximian aux allemands de Suse. Lors du rachat de Suse par Novell, j'avais écouté un conference call du management de Novell et il était clair qu'ils n'avaient aucune idée de ce qu'ils avaient acheté et en particulier de ce que Ximian et Suse développaient deux technologies concurrentes et que leurs ingénieurs étaient membres de deux sectes opposées. Leur compréhension de Linux était très schématique et partielle et dans leur ignorance ils ont laissé les rênes sur la bride du management moyen qui a développé un conflit autour du Novell Linux Desktop dans lequel les ex-Ximian ont vu un moyen de reprendre la main sur la distribution vendue par Novell. Le camp Ximian a gagné aujourd'hui en obtenant l'expulsion de KDE du NLD mais ils se sont aussi fragilisés en associant leur position à un produit qui est un échec commercial.
Quel que soit son goût personnel pour Gnome ou KDE, c'est aussi une boulette de Novell. La force de Suse c'est qu'elle est la distribution standarde en Allemagne, deuxième marché Linux au monde. KDE est très populaire en Allemagne et considéré plus ou moins comme un produit allemand dans un pays qui est technologiquement nationaliste. En laissant Ximian gagner, les mormons de Novell ne comprennent pas qu'il démoralise ses ingénieurs Suse et sa base principale d'utilisateurs et qu'ils cassent le jouet qu'ils ont acheté. Le fait que le management de Novell a changé et que celui de Suse en partie aussi laisse aussi craindre que Novell soit engagé dans une spirale de destruction de valeur.
Pour KDE, la sortie du NLD n'est pas bonne car même si le produit ne se vend pas, l'existence d'un bureau KDE vendu pour l'entreprise par une marque reconnue comme Novell est important en particulier pour convaincre les responsables informatiques qui cherchent un produit rassurant et qui n'ont pas le temps ou les capacités de comparer les mérites de Gnome et de KDE.
Ensuite, comme Kurt l'a dit, KDE peut vivre sans Suse et il y a toujours eu dans le projet la volonté de ne pas être trop dépendant de nos sponsors et en particulier de faire un effort constant pour ouvrir le développement aux volontaires. Cela nous rend moins fragile.
# Sang froid
Posté par cmiramon . En réponse au journal Quelque chose de malsain dans le monde du desktop libre. Évalué à 10.
Commandé par les analystes financiers, Novell est obligé de réduire son personnel et dépenser son argent à racheter ses actions pour augmenter leur cours. Kurt qui a des contacts parmi les ingénieurs de Suse nous donne des détails du plan en cours. Le management a non seulement coupé dans les effectifs anciens Netware mais aussi dans les équipes de développement de bureautique Linux. Pour l'instant, ils ont fait léger et facile, en supprimant la sous-traitance (les indiens qui travaillaient sur Evolution) et en saupoudrant les licenciements. Un ingénieur KDE a été malheureusement licencié. Je ne sais pas qui est-ce mais j'imagine qu'il doit s'agir de Lubos Lunak, un tchèque qui travaillait chez lui. Loin des yeux (de Nuremberg), loin du coeur. L'inquiétude que l'on peut avoir ce que la prochaine charrette frappe plus fort dans les équipes de développement. Il y a un équivalent 4 ingénieurs temps complet pour KDE à Suse. S'ils sont virés ou redéployés, c'est une grosse perte pour KDE car un projet de cette taille a besoin d'un noyau d'ingénieurs à temps plein pour résoudre les problèmes qui ont besoin d'une attention permanente comme l'infrastructure et la sécurité et pour se charger des tâches ennuyeuses. D'autres entreprises comme Trolltech, Linspire et aujourd'hui Canonical/Ubuntu ont recruté des développeurs KDE mais nous travaillons sur une base fragile et la chute de la maison Suse serait une bien mauvaise nouvelle.
Sur cet épisode de licenciement, s'ajoute un épisode de la guerre bureaucratique qui oppose la division Ex-Ximian aux allemands de Suse. Lors du rachat de Suse par Novell, j'avais écouté un conference call du management de Novell et il était clair qu'ils n'avaient aucune idée de ce qu'ils avaient acheté et en particulier de ce que Ximian et Suse développaient deux technologies concurrentes et que leurs ingénieurs étaient membres de deux sectes opposées. Leur compréhension de Linux était très schématique et partielle et dans leur ignorance ils ont laissé les rênes sur la bride du management moyen qui a développé un conflit autour du Novell Linux Desktop dans lequel les ex-Ximian ont vu un moyen de reprendre la main sur la distribution vendue par Novell. Le camp Ximian a gagné aujourd'hui en obtenant l'expulsion de KDE du NLD mais ils se sont aussi fragilisés en associant leur position à un produit qui est un échec commercial.
Quel que soit son goût personnel pour Gnome ou KDE, c'est aussi une boulette de Novell. La force de Suse c'est qu'elle est la distribution standarde en Allemagne, deuxième marché Linux au monde. KDE est très populaire en Allemagne et considéré plus ou moins comme un produit allemand dans un pays qui est technologiquement nationaliste. En laissant Ximian gagner, les mormons de Novell ne comprennent pas qu'il démoralise ses ingénieurs Suse et sa base principale d'utilisateurs et qu'ils cassent le jouet qu'ils ont acheté. Le fait que le management de Novell a changé et que celui de Suse en partie aussi laisse aussi craindre que Novell soit engagé dans une spirale de destruction de valeur.
Pour KDE, la sortie du NLD n'est pas bonne car même si le produit ne se vend pas, l'existence d'un bureau KDE vendu pour l'entreprise par une marque reconnue comme Novell est important en particulier pour convaincre les responsables informatiques qui cherchent un produit rassurant et qui n'ont pas le temps ou les capacités de comparer les mérites de Gnome et de KDE.
Ensuite, comme Kurt l'a dit, KDE peut vivre sans Suse et il y a toujours eu dans le projet la volonté de ne pas être trop dépendant de nos sponsors et en particulier de faire un effort constant pour ouvrir le développement aux volontaires. Cela nous rend moins fragile.