• # Ma réponse à la réponse

    Posté par . En réponse au journal Cette insoutenable liberté.... Évalué à 2.

    Je viens juste de découvrir ce journal ... intéressant !

    Quand Bertrand demande "Qu'y a-t-il donc d'anti-social dans la volonté d'installer un marché économique libre ?", ça provoque chez moi la même réaction que s'il avait demandé "Qu'y a-t-il de mal à éradiquer les logiciels libres comme pour le paludisme ?". Ça relève de la même acceptation d'un discours, sans avoir détaillé l'emploi et le sens de chacun des termes employés.
    Je ne ferai pas de commentaire sur la comparaison.

    En revanche j'aurais justement aimé savoir pourquoi ma question a déclenché cette réaction. Car même si le ton de mon propos donnait à ma question les allures d'une affirmation, j'avoue ne pas avoir de certitude à ce sujet mais simplement une opinion (d'où l'interrogation).

    Je partage ton point de vue selon lequel il faut s'assurer du sens et de la portée des mots qu'on emploie. Plus généralement, je pense qu'il faut remettre en question ses propres préjugés, et c'est sans doute ce qui est difficile. Les préjugés nous réconfortent parce qu'ils donnent des certitudes, alors que la réflexion est un travail qui demande de l'effort et du temps.

    Jusqu'à présent, une partie des débats concernant le TCE ressemblaient à une guerre de religion, où l'on condamne au nom d'une étiquette, au nom de la forme sans considérer le fond. L'un des arguments du Non qui revenait souvent sur LinuxFr est que la Constitution est "anti-sociale" (qu'on ne se laisse pas abuser par les guillemets, je ne suis pas sûr que le terme soit celui qui a effectivement été employé, mais je ne crois pas trahir le sens). En guise de justification on donne des références aux articles qui promeuvent ou garantissent la libre concurrence au sein de l'Union. La question qui en découle logiquement est donc en quoi la libre concurrence est-elle anti-sociale ?

    Finalement, je suis assez déçu car il n'y a pas eu réellement de réponse.
    [...] ne vous laissez pas persuader, comme Bertrand, que la volonté d'installer un marché économique libre n'a rien d'anti-social...
    Ton ellipse est pleine de sens, mais demeure énigmatique pour moi. Il ne me semble pas que la conclusion soit en raport avec les propos qui l'ont précédée. Bien-sûr je n'ai pas montré non plus que la volonté d'installer un marché économique libre n'a rien d'anti-social. Et c'est peut-être la raison pour laquelle tu penses que je me suis laissé persuader. Ce ne serait que justice.


    Je vais donc m'efforcer de donner quelques éléments (à la mesure de mes moyens).

    Tout d'abord, puisque ton journal y incite, je vais éclaircir le terme anti-social. Si social dénote ce qui est relatif à la société ou ce qui contribue à son bien-être, il semble donc logique qu'anti-social est ce qui est contraire ou néfaste à la société. Pour donner un peu plus d'ampleur à cette définition, on peut se pencher, par exemple, sur les principes de l'Internationale Socialiste :
    Le socialisme démocratique est un mouvement international pour la liberté, la justice sociale et la solidarité. Son but est de parvenir à un monde pacifique où ces valeurs fondamentales pourront être renforcées, et où chaque individu pourra vivre une vie digne, promettant le plein développement de sa personnalité et de ses talents, avec la jouissance des droits civiques et humains que peut garantir une société démocratique. [1]

    Donc, un acte anti-social reduit la liberté, la justice sociale ou la solidarité, soit la faculté des individus à vivre une vie digne, promettant le plein développement de leur personnalité, etc.


    Lorsque j'évoquais un marché économique libre, je pensais à un marché économique à l'échelle de l'Union dans lequel la concurrence s'exerce librement, et l'action des états ou de l'Union vise à préserver cette situation de concurrence. Il est sans doute bon de rappeler ce qu'est la concurrence :
    La concurrence est une forme d'organisation sociale des relations économiques où domine un souci d'égalité des positions dans la relation économique. [2]


    En conséquence, la mise en place d'un marché libre en Europe, soit traiter de manière égale les entreprises françaises, allemandes, espagnoles, grecques, polonaises, etc., serait un acte anti-social, autrement dit cela reviendrait à réduire la liberté, la justice sociale ou la solidarité en Europe.
    Certes, il en est qui pensent que la libre concurrence au sein du marché français est un facteur anti-social, mais je ne crois pas que ce soit l'opinion de la grande majorité des Français. Donc, pour quelle raison une situation qui est acceptée au niveau de la France, sans qu'elle ne soit dénoncée comme anti-sociale, le deviendrait-elle lorsqu'elle est appliquée au niveau de l'Europe ?

    Personnellement je n'en vois pas.

    Dans la mesure où la volonté de créer au sein de l'Union Européenne un marché économique soumis à une concurrence libre est destinée à favoriser le développement économique de l'Union et donc (corollaire évident) à y créer des emplois, cette volonté me paraît relever d'une politique relativement sociale.


    Dans les cas où la concurrence est imparfaite, elle peut donc difficilemet être libre et non faussée. Il est donc du ressort du politique de mettre en place des mécanismes appropriés visant à préserver l'intérêt des citoyens. Que l'on soit sur un marché à la taille de l'Union ou d'un état n'y change rien, si ce n'est le périmètre d'application de ces mécanismes.


    Mais la question reste posée pour ceux qui souhaiteraient y répondre : Qu'y a-t-il d'anti-social dans la volonté d'installer un marché économique libre / un marché où la concurrence s'exerce librement ?


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    [1] http://www.socialistinternational.org/4Principles/dofpfre2.html#Lib(...)
    [2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Concurrence(...)