• # Intérêt du débat ?

    Posté par . En réponse au journal Débat truqué sur le traité constitutionnel. Évalué à 3.

    Effectivement, l'absence, ou la vacuité, du débat est indéniable. Mais je ne peux m'empêcher de m'interroger sur la portée réelle (ou plutôt l'impact) qu'aurait un débat. J'ai l'impression qu'il s'agit en fait d'un dialogue de sourd.

    Par exemple, ce qui me frappe chez les défenseurs de non, c'est l'irrationalité de certains arguments : on agite les vieux démons français (acquis sociaux, services publics) ou alors on vote non pour sanctionner le gouvernement (ou l'Europe).
    Concernant le dernier point, malheureusement, je pense que personne ne pourra rien changer. La démocratie ne peut s'exercer que le ventre plein.
    Pour ce qui est des fameux acquis sociaux et des services publics, il semblerait donc que nos voisins européens soient tous démunis de protection sociale, que les travailleurs soient les esclaves de patrons négriers, et vivent dans des pays où l'état n'assure aucun rôle dans l'éducation, la santé, etc. Il semblerait donc que nous construisions depuis un demi-siècle une Europe avec ceux qui vont en définitive nous causer du tort, car en acceptant la constitution, on adopterait à notre détriment leurs coutûmes anti-sociales. Est-ce bien là la logique des arguments avancés ?
    On avouerait donc que notre modèle politique et économique n'a aucun attrait pour nos partenaires européens, au point qu'ils nous forcent aujourd'hui à y renoncer ? Quel bien triste constat...
    Pourtant, la France c'est le pays des 35 heures. Cette loi qui empêche de travailler ceux qui n'ont que leur travail "à vendre", qui contraint les cadres qui avaient du mal à faire leur boulot en 39 heures à le faire en 35, qui a entraîné une baisse du SMIG, et j'en passe. La France c'est aussi le trou de la Sécu, la faillite annoncée des caisses de retraites, 10% de chômage. Que de beaux acquis sociaux !
    Donc si j'entends bien nos défenseurs du non, tout ça va disparaître. Non, ce doit être autre chose...

    Peut-être le socialisme en échec (ou tout du moins en panne) en France espérait-il un second souffle avec une ouverture Européenne ? Déçu par la constitution qui n'apporte aucun élément salvateur, on assisterait à un rejet, tel un enfant cassant sont jouet par mécontentement. Pourtant la constitution française n'avait rien de spécifiquement socialiste non plus. Elle avait d'ailleurs été écrite par le fondateur d'un parti de droite si je ne m'abuse.

    Ou alors s'agirait-il de cette emphase de l'économie et de la notion de marché (et son pendant, la libre concurrence) présente dans le traité qui rebute ? Penserait-on que ce qui est libre est néfaste ? Il est aisé de convaincre les habitués de ce site que ce dont ils rêvent pour que Linux s'impose face à d'autres systèmes d'exploitation, c'est d'un marché libre (que l'association d'un OS à une machine neuve empêche). Plus généralement, le marché est la condition nécessaire au libre choix. Il en va de même pour l'emploi. En période de chômage, le choix diminue pour les travailleurs (mais augmente pour les employeurs). Qu'y a-t-il donc d'anti-social dans la volonté d'installer un marché économique libre ?

    Bref, je ne parviens pas à m'expliquer la logique qui soutient certains arguments du non.

    Je tiens à préciser que tous les arguments en faveur du oui ne sont pas non plus irréprochables.
    Par exemple, "c'est juste un traité" est pure hypocrisie. Le Traité pour la Constitution Européenne est certes un traité, mais il définit bien ce que sera la consitution. Il définit plus que cela, et c'est peut-être dommage. Mais la constitution seule aurait couru le risque de devenir un simple exercice de bonne volonté.
    De même, tenter de rassurer les mécontents en leur disant qu'on peut changer la constitution quand on veut, est également fallacieux. Elle ne sera changée que lorsque l'ensemble des membres de l'Union le décideront ensemble et non pas lorsque la France en aura envie. D'ailleurs, pour la même raison, le texte initial n'est pas celui qui plaît à la France, mais celui négocié par l'ensemble des membres.


    En conclusion, je pense que les acquis sociaux et autres services publics ne sont que la cristallisation d'une crainte plus profonde : celle de voir la France perdre un peu du contrôle qu'elle s'imagine avoir.
    Pour rebondir sur l'article de Bourdieux, effectivement, maintenant certaines politiques ne doivent plus se limiter au niveau du pays, mais être menées au niveau européen. Et la constitution européenne renforce cette nécessité, en élevant certaines problématiques économiques au niveau de l'Union.

    Il n'empêche que le débat embryonnaire auquel on assiste, portant sur des aspects plus superficiels, ne sera pas forcément utile. La question n'est pas "est-ce que la France est satisfaite du texte ?", mais "est-ce que la France souhaite poursuivre son appartenance à l'Union européenne dans les conditions définies par et qui découlent de la constitution ?"

    PS: ce long commentaire est plus un défouloir qu'une tentative pour convaincre qui que ce soit.