«Cela dit, il va falloir que quelqu'un se dévoue pour leur expliquer que leur définition du pingouin et du manchot est fausse, c'est un manchot qui est représenté par leur peluche, et non un pingouin ! :-)»
Déjà en 1908 Anatole France écrivait, dans la préface de L'Île des Pingouins :
« Je n'ai pas à considérer ici les pingouins avant leur métamorphose. Ils ne commencent à m'appartenir qu'au moment où ils sortent de la zoologie pour rentrer dans l'histoire et la théologie. Ce sont bien des pingouins que le grand saint Maël changea en hommes. Encore faut-il s'expliquer, car aujourd'hui le terme pourrait prêter à confusion.
Nous appelons pingouins, en français, un oiseau des régions arctiques appartenant à la famille des alcidés ; nous appelons manchot le type des sphéniscidés habitant les mers antarctiques. ainsi fait par exemple, M. G. Lecointe, dans sa relation du voyage de la Belgica (1): « De tous les oiseaux qui peuplent le détroit de Gerlache, dit-il, les manchots sont certes les plus intéressants. Ils sont parfois désignés, mais improprement sous le nom de pingouins du sud. » Le docteur J.-B. Charcot affirme au contraire que les vrais et seuls pingouins sont ces oiseaux de l'antarctique que nous appelont manchot, et il donne pour raison qu'ils reçurent des Hollandais, parvenus, en 1598, au cap Magellan, le nom de pinguinos, à cause sans doute de leur graisse. Mais si les manchots s'appellent des pingouins, comment s'appelleront desormais les pingouins? Le docteur J.-B. Charcot ne nous le dit pas et il n'a pas l'air de s'en inquiéter le moins du monde (2).
Eh bien, que ses manchots deviennent ou redeviennent pinguoins, c'est à quoi il faut consentir. En les faisant connaître il s'est acquis le droit de les nommer. Du moins, qu'il permette aux pingouins septentrionaux de rester pingouins. Il y aura les pingouins de Sud et ceux du Nord, les antarctiques et les artiques, les alcidés ou vieux pingouins et les sphéniscidés ou anciens manchots. Cela embarassera peut-être les ornithologistes soucieux de décrire et de classer les palmipèdes ; ils se demanderont, sans doute, si vraiment un même nom convient aux deux familles qui sont aux pôles l'une de l'autre et diffèrent par plusieurs endroits, notamment le bec, les ailerons et les pattes. Pour ce qui est de moi, je m'accomode fort bien de cette confusion. Entre mes pingouins et ceux de J.-B. Charcot, quelles que soient les dissemblances, les ressemblances apparaissent plus nombreuses et plus profondes. Ceux-ci comme ceux-là se font remarquer par un air grave et placide, une dignité comique, une familiarité confiante, une bonhomie narquoise, des façons à la fois gauches et solennelles. Les uns et les autres sont pacifiques, abondants en discours, avides de spectacles, occupés des affaires publiques et, peut-être, un peu jaloux des supériorités. »
1. G. Lecointe, Au Pays des Manchots. Bruxelles, 1904.
2. J.-B. Charcot, Journal de l'Expédition antarctique française, 1903, 1905, Paris.
# Un siècle de polémique!
Posté par calandoa . En réponse au journal Peluches Tux. Évalué à 6.
Déjà en 1908 Anatole France écrivait, dans la préface de L'Île des Pingouins :
« Je n'ai pas à considérer ici les pingouins avant leur métamorphose. Ils ne commencent à m'appartenir qu'au moment où ils sortent de la zoologie pour rentrer dans l'histoire et la théologie. Ce sont bien des pingouins que le grand saint Maël changea en hommes. Encore faut-il s'expliquer, car aujourd'hui le terme pourrait prêter à confusion.
Nous appelons pingouins, en français, un oiseau des régions arctiques appartenant à la famille des alcidés ; nous appelons manchot le type des sphéniscidés habitant les mers antarctiques. ainsi fait par exemple, M. G. Lecointe, dans sa relation du voyage de la Belgica (1): « De tous les oiseaux qui peuplent le détroit de Gerlache, dit-il, les manchots sont certes les plus intéressants. Ils sont parfois désignés, mais improprement sous le nom de pingouins du sud. » Le docteur J.-B. Charcot affirme au contraire que les vrais et seuls pingouins sont ces oiseaux de l'antarctique que nous appelont manchot, et il donne pour raison qu'ils reçurent des Hollandais, parvenus, en 1598, au cap Magellan, le nom de pinguinos, à cause sans doute de leur graisse. Mais si les manchots s'appellent des pingouins, comment s'appelleront desormais les pingouins? Le docteur J.-B. Charcot ne nous le dit pas et il n'a pas l'air de s'en inquiéter le moins du monde (2).
Eh bien, que ses manchots deviennent ou redeviennent pinguoins, c'est à quoi il faut consentir. En les faisant connaître il s'est acquis le droit de les nommer. Du moins, qu'il permette aux pingouins septentrionaux de rester pingouins. Il y aura les pingouins de Sud et ceux du Nord, les antarctiques et les artiques, les alcidés ou vieux pingouins et les sphéniscidés ou anciens manchots. Cela embarassera peut-être les ornithologistes soucieux de décrire et de classer les palmipèdes ; ils se demanderont, sans doute, si vraiment un même nom convient aux deux familles qui sont aux pôles l'une de l'autre et diffèrent par plusieurs endroits, notamment le bec, les ailerons et les pattes. Pour ce qui est de moi, je m'accomode fort bien de cette confusion. Entre mes pingouins et ceux de J.-B. Charcot, quelles que soient les dissemblances, les ressemblances apparaissent plus nombreuses et plus profondes. Ceux-ci comme ceux-là se font remarquer par un air grave et placide, une dignité comique, une familiarité confiante, une bonhomie narquoise, des façons à la fois gauches et solennelles. Les uns et les autres sont pacifiques, abondants en discours, avides de spectacles, occupés des affaires publiques et, peut-être, un peu jaloux des supériorités. »
1. G. Lecointe, Au Pays des Manchots. Bruxelles, 1904.
2. J.-B. Charcot, Journal de l'Expédition antarctique française, 1903, 1905, Paris.