• [^] # Re: Linux à l'école.

    Posté par . En réponse au journal Que manque t'il à Linux pour rentrer à l'école ?. Évalué à 10.

    Vrai, mais la programmation, ce n'est pas la même chose que les mathématiques. Moi-même, cela fait 17 ans maintenant que j'ai commencé à programmer, mais il ne me reste que très peu de mathématiques scolaires. On peut pas apprendre les deux disciplines de la même manière car

    1) l'informatique évolue et devient obsolète très vite. Les mathématiques suivent plutôt le chemin inverse.

    2) Le domaine des créations en informatique est beaucoup - beaucoup - trop vaste pour que l'on puisse apprendre le maniement de chaque solution. Il faut au contraire développer l'esprit de déduction logique pour comprendre comment chacune d'elle peut fonctionner.

    3) A la différence des sciences fondamentales qui s'atellent à décrire le fonctionnement des phénomènes naturels qui sont « comme çà », et en général immuables, l'informatique est une technique inventée par l'homme, donc chacune de ses caractéristiques a une raison d'être, et en général, il suffit de se demander comment on aurait soi-même implémenté une fonction pour en déduire le fonctionnement.

    C'est donc quelque chose qu'il faut comprendre plus qu'apprendre. C'est ce qui fait qu'il y a eu tant d'autodidactes doués en informatique alors que l'on en voit pratiquement aucun dans les autres disciplines ou corps de métiers. Cela permet aussi de mettre en évidence un effet pervers, chez un certain nombre de personnes: Les gens doués pour les mathématiques peuvent de fait briller dans tout ce qui est plus ou moins scientifique, et également être très bons comptables/gestionnaires. Dès lors, bon nombre de ces personnes avaient l'impression d'être un peu les maîtres du monde (les scientifiques aiment à présenter les maths comme le « langage universel »). Par extension, tout le système scolaire scientifique est axé autour de l'esprit d'analyse mathématique. Or, l'informatique est à présent un des piliers de la civilisation du 21ème siècle, mais ne s'aborde pas du tout de la même façon, ce qui fait qu'un brillant chercheur ou polytechnicien peut se faire prendre en défaut par un adolescent qui s'est amusé à décortiquer son 8 bits chez lui.

    Et puisqu'il est question d'avoir des cours bien ciblés, cela permet aussi de mettre en lumière le piège habituel: Dans une formation à l'administration Linux, on va nous dire que Redhat (puisqu'il s'agira presque tout le temps de la distribution employée) mets ses fichiers de config réseau dans /etc/sysconfig/network.

    Eh bien il y a fort à parier que l'examen final sera un QCM du style « Sur une Linux Redhat, dans quel répertoire se trouvent les fichiers de configuration du réseau ? ».

    Plutôt que de tester la manière dont le candidat va réagir face à un nouvel environnement, on va vérifier s'il n'a bien aucune hésitation lorsqu'il s'agit de répéter ce qui a été dit en classe. Dans le cas présent, cela n'a aucun n'intérêt car:

    - Cela change au cours du temps (et au gré des humeurs des intégrateurs de la distrib);
    - Cela ne va pas être le même sur une autre distribution;
    - On attend quand même du candidat - et à plus forte raison d'une personne diplômée - qu'il soit capable de retomber sur ses pattes si l'environnement dans lequel il est amené à travailler varie un peu selon les lieux et les époques.

    Tout cela pour dire que l'enseignement correct des technologies de l'information à l'école, c'est peut-être pour demain, mais qu'il y a encore beaucoup de pain sur la planche, à tous les niveaux ...