Longtemps, je me suis levé tôt.
Pour courir après le bus qui détale, pour courir après le temps.
De 0 à 33 ans, la vie à Paris m'a fait croire que la normalité de la vie, c'était courir.
En 1988, je me souviens que j'allais aux cinémas de Montparnasse en voiture. Je garais ma petite Polo (vintage 1980) du côté du cimetierre.
C'était cool, avec les amis on passait de bons moments, les années de Fac "après la sélection" (comprendre 2eme année de médecine).
A cette époque, aller à montpar en caisse, c'était gérable, même pour la séance de 20h (le temps de rentrer assez tot pour passer du temps tranquille avec la copine).
(Je précise pour les ceusses qui pensent que je pue le fric que non non, je payais l'assurance annuelle de la polo avec le job d'été (le reste servant aux vacances), l'essence (50 balles) avec mes gardes d'aide soignant)
1988, c'est l'année à partir de laquelle j'ai cessé de prendre le métro.
Hé oui, la première caisse, on y a tous passé des fortunes (quoique le prix du litre de super n'était pas à 6F, plutot 3F50)
Récement, remontant à Paris, j'ai pris le RER depuis Gare de Lyon.
J'ai redécouvert des sensations oubliées, refoulées au loin.
L'odeur de la station Chatelet les Halles.
Le regard inquiet des passagers.
Leur souci de s'assoir au plus loin de tous les autres.
Leur totale absence de conversation. Rien, pas un bruit. Les gens ne se parlent pas.
J'ai découvert des choses, qui m'ont choqué, comme la musique et la pub sur les quais du RER. Les panneaux de publicités omniprésents ne suffisent pas, il faut en plus se farcir les pubs débiles radiophoniques. De la réclame de base.
Je me souviens, j'ai ralé pour l'absolu inconfort des banquettes anti vandalisme. Les vitres rayées par des myriades de rayure sur rayure effacant des rayures sur des vitres anti vandalisme.
Du coup, comme j'étais habillé proprement (pas de rolex ni de weston, juste une seiko et des minelli), ma tenue détonnait dans ce paysage.
Je n'ai pas la sensation d'avoir changé de Classe sociale. Je reste le même banlieusard prolétaire qui a réussi à force de travail.
Les moutons sont les nouveaux cerfs du MEDEF.
Je les appelle les moutons, car les 3h de transport bondés par jour, la course effreinée pour rentrer dans le chez soi (pavillon de banlieue pour les plus aisés, appartement en conglomérats pour les moins aisés), courir pour rejoindre le fauteuil où contempler la starac ou les chaines de TPS, la boite à image qui empèche de penser. Courir ainsi chaque jour, attendant 5 jours la venue de la grâce dominicale (enfin si ils ne travaillent pas dans ces centres commerciaux exemptés).
Courir les empeche de réagir.
Penser? trop loin, trop dur.
Préférer jouer au loto et fumer sa clope.
Et râler sur la hausse du prix de la mort en boite (le tabac)
Courir pour faire ses courses au carrouf du coin.
Les moutons savent qu'à tout moment, leur vie peut basculer dans le gouffre, à la faveur d'un licenciement.
Donc, le mouton reste dans le rang. Pris à la gorge par le percepteur, les crédits pour la télé et le DVD, il est à la merci de son patron.
Le mouton râle après les grêves de la RATP/SNCF, inconsciement jaloux de la liberté dont jouissent les fonctionnaires de pouvoir dire non, inconsciement honteux de leur en vouloir, façonnés par les médias.
Jouets d'un jeu qui les dépasse.
Donnez leur du pain et des jeux.
La starac, le foot, le loto, voici leurs jeux.
Pour le pain, les grandes surfaces, domac, les arnaquent assez cher.
# De natura rerum
Posté par Rafael (site web personnel) . En réponse au journal Le RER. Évalué à 9.
Pour courir après le bus qui détale, pour courir après le temps.
De 0 à 33 ans, la vie à Paris m'a fait croire que la normalité de la vie, c'était courir.
En 1988, je me souviens que j'allais aux cinémas de Montparnasse en voiture. Je garais ma petite Polo (vintage 1980) du côté du cimetierre.
C'était cool, avec les amis on passait de bons moments, les années de Fac "après la sélection" (comprendre 2eme année de médecine).
A cette époque, aller à montpar en caisse, c'était gérable, même pour la séance de 20h (le temps de rentrer assez tot pour passer du temps tranquille avec la copine).
(Je précise pour les ceusses qui pensent que je pue le fric que non non, je payais l'assurance annuelle de la polo avec le job d'été (le reste servant aux vacances), l'essence (50 balles) avec mes gardes d'aide soignant)
1988, c'est l'année à partir de laquelle j'ai cessé de prendre le métro.
Hé oui, la première caisse, on y a tous passé des fortunes (quoique le prix du litre de super n'était pas à 6F, plutot 3F50)
Récement, remontant à Paris, j'ai pris le RER depuis Gare de Lyon.
J'ai redécouvert des sensations oubliées, refoulées au loin.
L'odeur de la station Chatelet les Halles.
Le regard inquiet des passagers.
Leur souci de s'assoir au plus loin de tous les autres.
Leur totale absence de conversation. Rien, pas un bruit. Les gens ne se parlent pas.
J'ai découvert des choses, qui m'ont choqué, comme la musique et la pub sur les quais du RER. Les panneaux de publicités omniprésents ne suffisent pas, il faut en plus se farcir les pubs débiles radiophoniques. De la réclame de base.
Je me souviens, j'ai ralé pour l'absolu inconfort des banquettes anti vandalisme. Les vitres rayées par des myriades de rayure sur rayure effacant des rayures sur des vitres anti vandalisme.
Du coup, comme j'étais habillé proprement (pas de rolex ni de weston, juste une seiko et des minelli), ma tenue détonnait dans ce paysage.
Je n'ai pas la sensation d'avoir changé de Classe sociale. Je reste le même banlieusard prolétaire qui a réussi à force de travail.
Les moutons sont les nouveaux cerfs du MEDEF.
Je les appelle les moutons, car les 3h de transport bondés par jour, la course effreinée pour rentrer dans le chez soi (pavillon de banlieue pour les plus aisés, appartement en conglomérats pour les moins aisés), courir pour rejoindre le fauteuil où contempler la starac ou les chaines de TPS, la boite à image qui empèche de penser. Courir ainsi chaque jour, attendant 5 jours la venue de la grâce dominicale (enfin si ils ne travaillent pas dans ces centres commerciaux exemptés).
Courir les empeche de réagir.
Penser? trop loin, trop dur.
Préférer jouer au loto et fumer sa clope.
Et râler sur la hausse du prix de la mort en boite (le tabac)
Courir pour faire ses courses au carrouf du coin.
Les moutons savent qu'à tout moment, leur vie peut basculer dans le gouffre, à la faveur d'un licenciement.
Donc, le mouton reste dans le rang. Pris à la gorge par le percepteur, les crédits pour la télé et le DVD, il est à la merci de son patron.
Le mouton râle après les grêves de la RATP/SNCF, inconsciement jaloux de la liberté dont jouissent les fonctionnaires de pouvoir dire non, inconsciement honteux de leur en vouloir, façonnés par les médias.
Jouets d'un jeu qui les dépasse.
Donnez leur du pain et des jeux.
La starac, le foot, le loto, voici leurs jeux.
Pour le pain, les grandes surfaces, domac, les arnaquent assez cher.
Sortez dehors voir ce qu'il se passe.
Voyagez.
Vivez, la vie est là, elle vous attend.