Hmmm, le projet, si on le résume à trois lignes (réseau construit par la base, décentralisé, etc), est politiquement tentant, et j'apprécie les gens qui tentent des choses audacieuses.
Mais, bon, à lire les articles techniques, ça fait encore pas mal « projet d'étudiant qui vient de découvrir les DHT et croit qu'il va résoudre tous les problèmes avec ». Je crains fort qu'il ne s'agisse d'un projet Powerpoint (grandes déclarations et pas de code qui tourne).
Donc, les points qui me dérangent :
Politiquement, c'est assez naïf que de croire que des problèmes comme la censure se régleront par un changement de techniques. Un régime qui filtre son Internet national (comme la Chine) en fera autant avec n'importe quel autre réseau.
Techniquement, rien n'indique que les auteurs comprennent le mot "scalability" (désolé, pas de bonne traduction en français). Par exemple, ils n'ont fait ni calcul formel, ni simulation, ni déploiement effectif pour voir si leurs techniques passaient à l'échelle. Ce n'est pas parce qu'un truc fonctionne entre trois PC dans un garage qu'il fonctionnera avec trois ou quatre milliards de machines. La première chose à demander à des gens qui veulent construire un réseau mondial, c'est « Avez-vous au moins fait tourner vos algorithmes in silico avec 10 000 machines ? »
Le protocole de résolution de noms, ANDNA, n'offre aucune sécurité. Certes, les enregistrements sont signés. Mais comme il n'existe aucun moyen de vérifier une clé publique, il s'agit d'une « auto-signature », sans aucune valeur. Ce protocole est donc en retard sur l'état de l'art en matière de DHT comme, par exemple, CoDoNS, qui traite ce problème. D'une manière générale, d'ailleurs, les auteurs d'ANDNA semblent, soit ignorants, soit méprisants du travail des autres : ils ne citent pas une seule fois les nombreux protocoles qui ont essayé, plus sérieusement, de résoudre ce genre de problème (comme HIP).
Les textes contiennent des énormités comme « The registration of a domain upon these servers is a privilege provided by InterNIC, a United States controlled company, who
grants the right to sell single domain names to end users. » affirmation qui n'a jamais été vraie et qui l'est encore moins aujourd'hui. Mais la plus énorme est « Unfortunately, all
of these protocols [BGP, OSPF] must consume massive amounts of computational resources
to function on a network of the scale of the Internet, and must exist on special
dedicated machines. So great are the physical requirements of these unique (usu-
ally even purpose-built) machines, ». Ils n'ont jamais entendu parler de Quagga ou de BIRD (qui tournent BGP sur un bête PC/Linux) et ils veulent faire du routage au niveau mondial ! (La table de routage BGP actuelle fait dans les 300 000 routes, un chiffre peu impressionnant pour les ordinateurs d'aujourd'hui.)
# Sceptique
Posté par Stéphane Bortzmeyer (site web personnel, Mastodon) . En réponse à la dépêche Une alternative à Internet : Netsukuku. Évalué à 10.
Mais, bon, à lire les articles techniques, ça fait encore pas mal « projet d'étudiant qui vient de découvrir les DHT et croit qu'il va résoudre tous les problèmes avec ». Je crains fort qu'il ne s'agisse d'un projet Powerpoint (grandes déclarations et pas de code qui tourne).
Donc, les points qui me dérangent :
Politiquement, c'est assez naïf que de croire que des problèmes comme la censure se régleront par un changement de techniques. Un régime qui filtre son Internet national (comme la Chine) en fera autant avec n'importe quel autre réseau.
Techniquement, rien n'indique que les auteurs comprennent le mot "scalability" (désolé, pas de bonne traduction en français). Par exemple, ils n'ont fait ni calcul formel, ni simulation, ni déploiement effectif pour voir si leurs techniques passaient à l'échelle. Ce n'est pas parce qu'un truc fonctionne entre trois PC dans un garage qu'il fonctionnera avec trois ou quatre milliards de machines. La première chose à demander à des gens qui veulent construire un réseau mondial, c'est « Avez-vous au moins fait tourner vos algorithmes in silico avec 10 000 machines ? »
Le protocole de résolution de noms, ANDNA, n'offre aucune sécurité. Certes, les enregistrements sont signés. Mais comme il n'existe aucun moyen de vérifier une clé publique, il s'agit d'une « auto-signature », sans aucune valeur. Ce protocole est donc en retard sur l'état de l'art en matière de DHT comme, par exemple, CoDoNS, qui traite ce problème. D'une manière générale, d'ailleurs, les auteurs d'ANDNA semblent, soit ignorants, soit méprisants du travail des autres : ils ne citent pas une seule fois les nombreux protocoles qui ont essayé, plus sérieusement, de résoudre ce genre de problème (comme HIP).
Les textes contiennent des énormités comme « The registration of a domain upon these servers is a privilege provided by InterNIC, a United States controlled company, who
grants the right to sell single domain names to end users. » affirmation qui n'a jamais été vraie et qui l'est encore moins aujourd'hui. Mais la plus énorme est « Unfortunately, all
of these protocols [BGP, OSPF] must consume massive amounts of computational resources
to function on a network of the scale of the Internet, and must exist on special
dedicated machines. So great are the physical requirements of these unique (usu-
ally even purpose-built) machines, ». Ils n'ont jamais entendu parler de Quagga ou de BIRD (qui tournent BGP sur un bête PC/Linux) et ils veulent faire du routage au niveau mondial ! (La table de routage BGP actuelle fait dans les 300 000 routes, un chiffre peu impressionnant pour les ordinateurs d'aujourd'hui.)