• [^] # Re: Merci d'employer un vocabulaire correct

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche VÉRAC : Vers une Évaluation Réussie Avec les Compétences. Évalué à 7.

    Bon, alors pour commencer disons que je ne m'attendais pas à devoir entrer dans un débat pédagogico-didactique sur LinuxFr. Ma présentation de l'évaluation par compétences était du coup très sommaire et simpliste.

    D'abord je tiens à distinguer l'évaluation par compétences des machins officiels (socle commun et autres paliers 3).

    Ce qui m'intéresse dans ce système, c'est les effets positifs sur mes élèves.

    Voici comment je pratique la chose :
    Pour chaque chapitre de maths, je fais AVEC LES ÉLÈVES (et j'y tiens beaucoup) une courte liste des choses à savoir (et savoir faire), sous la forme d'un schéma heuristique. Dans VÉRAC, ce seront des items.
    Par exemple pour le théorème de Thalès, il faut en connaître les conditions, savoir vérifier si elles ont lieu, savoir écrire correctement les rapports égaux et enfin savoir calculer une valeur (quatrième proportionnelle). On pourrait en rajouter encore mais ça compliquerait les choses.
    Puisque visiblement on fait le même boulot, tu as dû comme moi voir des tas d'élèves qui se débrouillent à peu près avec ce théorème, mais en ratant l'un des points précédents.
    Dans une évaluation classique, il aura 3/5 à l'exercice, une note finale qui ne lui dira rien sur ce qu'il aura su ou pas faire. Élève comme prof auront très vite oublié ce qui a manqué pour qu'il sache vraiment bien utiliser ce théorème, et un jour ou l'autre on entendra un "j'ai rien compris" auquel on ne pourra apporter aucune réponse.
    Avec l'évaluation par compétences, j'indique non seulement à l'élève ce qui a manqué pour que son travail soit parfait, mais j'en garde la trace. On en vient à la partie que je crois la plus importante :

    J'organise régulièrement des séances de "compétences" avec mes classes :
    Ils doivent repérer environ 3 items (avec eux j'utilise le mot compétences) à améliorer.
    Ensuite, ils doivent trouver un exercice correspondant à chaque item (pour certain, c'est déjà une difficulté, et c'est pourquoi je tiens à ce qu'ils trouvent eux-même l'exercice, histoire qu'ils sachent déjà ce que signifie l'item ; ça me semble plus formateur que de leur donner moi-même le travail à faire. Comprendre ce qu'est une compétence, c'est déjà un peu l'avoir acquise).
    Enfin ils doivent faire l'exercice (et souvent revoir la leçon) et me montrer.
    Si c'est bon, je valide (avec quelques règles supplémentaires pour savoir si je supprime ou pas l'évaluation ratée précédente) en direct (ils adorent).
    Sinon, j'indique ce qui ne va pas et il retourne corriger son exercice, mais je n'évalue pas.
    Dans ces séances, les élèves ne peuvent donc qu'améliorer leurs résultats.
    Je te jure que je n'ai jamais vu mes élèves aussi actifs (y compris des en grande difficulté) que lors de ces séances.
    À la fin de l'heure, je récupère les feuilles de ceux qui n'ont pas eu le temps de me montrer leur travail et je vérifie à la maison.

    Pour terminer, voici quelques points positifs de l'évaluation par compétences :
    Les élèves deviennent demandeurs d'évaluation. Dans nos 2 classes de 6° de cette année, la fréquentation de l'ATP a explosé, avec des élèves volontaires pour venir retravailler une compétence qu'ils avaient ratée. C'est la première fois qu'on voit cela, l'ATP étant souvent vécu comme une punition pour les "mauvais".
    Des élèves en difficultés qui n'ont pas pour autant abandonné, car au lieu de "valoir" un 5/20, qui les poursuit au contrôle suivant même s'ils ont fait des efforts (la constante macabre d'Antibi), ils découvraient qu'il y avait quand même des choses qu'ils savent faire (même si c'est en minorité, ça fait un peu de bien). Combien de gens me disent "j'étais nul en maths" ce qui n'est sûrement pas vrai ?
    Après l'expérience sur 2 classes cette année, tous les collègues ayant participé veulent continuer. Seuls 2 élèves sur les 2 classes veulent sortir de l'expérience. Du côté des parents, les résultats sont du même ordre, alors que la moitié des familles avait des réticences au début de l'année.

    Enfin concernant le brevet :
    ce qui me choque le plus (encore une fois), ce sont les consignes de correction qui pénalisent l'élève réglo, celui qui aura rédigé comme il a appris, aura bien fait attention de ne pas confondre Pythagore avec sa réciproque, qui aura écrit de vraies égalités et pas un symbole séparant des suites de calculs, mais aura fait à cause de cela un exercice de moins que celui qui aura juste écrit ses réponses, avec au bilan une moins bonne note.

    O-