Tous les scientifiques le savent : ils veulent tous diffuser leurs articles en libre, sur des archives ouvertes, mais finissent par les publier dans des revues, commerciales, parce que celles ci sont les seules à être reconnues et à offrir une certaine garantie sur la qualité des résultats publiés.
Ah non ça pardon, c'est complètement faux.
Dans l'édition scientifique, il y a actuellement deux modèles qui cohabitent, et qui sont en compétition d'ailleurs.
Le modèle "ancestral" est celui du journal payant. Les auteurs soumettent des articles, la revue les accepte ou les refuse en se basant sur l'avis de plusieurs experts (comité de lecture), et si le papier est accepté, il est publié. Les auteurs ne touchent rien, le comité de lecture non plus; mais personne ne paye rien non plus : l'éditeur (= publisher, pas facile de ne pas faire de confusion) met des pubs et vend son journal pour couvrir les frais de mise en page/publication/tirage papier, et éventuellement tirer de (gros) bénéfices. Le copyright est transféré au journal, au passage.
Ce modèle a été récemment remis en cause. Le premier problème est un problème éthique (le fait que les universités pauvres et les citoyens ne peuvent pas avoir accès à la connaissance --il faut voir ce que ça coute ces cochonneries de journaux scientifiques). Le deuxième problème est lié à la politique de certains organismes de financement de la recherche américains et britanniques, qui imposent la consultation publique de la recherche qu'ils financent. Bref, ça et l'évolution de la société, + l'apparition de licences libres ont permis l'emergence des journaux "gratuits", fonctionnant selon un modèle différent. Les auteurs soumettent leur travaux, ça passe par le circuit habituel (comité de lecture etc), et si l'article est accepté, les auteurs payent des frais de publication (de l'ordre de grandeur de 1000$ en général). Le journal s'occupe de la mise en page etc., et l'article est mis en ligne gratuitement, souvent même sous licence libre ou CC non libre. Au début, il était possible de commander le journal en version papier, mais je crois que le système a pris l'eau --probablement pas assez de tirages papier commandés.
Aujourd'hui le deuxième modèle a tendance à prendre le pas sur le premier. À part les très grosses revues, qui fonctionnent toujours selon le premier modèle (Nature, Science), la tendance semble inéluctable. Il y a des grosses revues "gratuites", comme les PLoS, avec un impact factor très élevé; et de nombreux petits journaux "ancien modèle" coulent; car quitte à publier dans une revue confidentielle, mieux vaut être sûr que l'article sera lu. Mécaniquement, l'impact factor des revues gratuites est supérieur à celui des revues payantes de qualité équivalente.
La qualité de certaines revues gratuite est faible, effectivement, mais pas plus faible que certaines revues payantes. Je n'ai pas vu de tendance systématique dans un sens ou dans l'autre; le processus de peer review est identique dans les deux cas, et l'intérêt du journal est identique --filtrer les mauvais articles qui ne seront pas cités et qui feront diminuer leur impact factor. Comme les revenus sont dépendants du nombre d'articles publiés, il est clair que les revues gratuites ont tendance à accepter un peu n'importe quoi quand elles n'ont pas assez de papiers soumis pour faire un tri correct; cependant, un problème tout à fait identique existe pour les revues classiques, qui ont des échéances à tenir (par exemple, un numéro par mois) et qui doivent y placer un nombre de papiers honnête; alors que les revues en ligne n'ont pas ce problème (elles publient les articles comme ils arrivent, et n'ont pas de contraintes de place; trop peu d'articles ne sera pas un problème, beaucoup d'articles non plus. On peut remarquer par exemple que des accidents de peer review existent dans les deux cas (articles non-scientifiques acceptés parce qu'ils sont passés à travers les gouttes --inacceptable et théoriquement impossible si le comité de lecture fait son travail, mais il est difficile de vérifier que des bénévoles font leur travail consciencieusement...).
Le système est en train de changer à tel point que de nombreux journaux proposent un système mixte, (PNAS par exemple), où les auteurs peuvent choisir de payer pour que leur article soit disponible en ligne.
C'est encore un peu le bordel au niveau des licences, on trouve de tout et n'importe quoi, mais quand même pas mal de CC, même des libres (CC-BY, CC-SA), ou des non libres (NC ou ND); personnellement la clause ND (pas de travaux dérivés) ne me choque pas pour des travaux scientifiques --un article est un tout unique qui ne devrait pas être modifé sans l'avis des auteurs, même si c'est évidemment un problème pour une traduction par exemple.
Pour les bouquins, déja que c'était pas glorieux à la fin du XXe siècle, alors je ne leur donne pas une longue vie au XXIe. Deux types de livres ont encore une certaine utilité : 1) les bouquins de référence, de grosses bibles bien organisées où l'on trouve une sorte de review géante d'un champ de recherche (mais c'est assez exceptionnel comme bouquin, et il n'y en n'a pas 50 par domaine de recherche; donc un marché réduit quand même), 2) les bouquins d'opinion / vulgarisation, où un scientifique déja reconnu expose sa vision un peu "au delà de la science"; ça peut même parfois tourner au pamphlet politique ou scientifique; ça peut proposer une réecriture de l'histoire des sciences ou toucher à la philosophie des sciences; ce sont plutôt des bouquins que les scientifiques achètent pour lire avant de s'endormir. Le reste des ouvrages scientifiques, c'est des ventes extrêmement limitées; leur contenu est bien souvent décevant; leur rigueur aussi (pas de comité de lecture); il est délicat de les citer (pas sûr que le lecteur dispose du bouquin dans son institution), et leur prix est extrêmement élevé (faible tirage) pour une qualité souvent douteuse. J'imagine que ce type d'ouvrages n'a pas un grand avenir, comparé à la qualité et à la quantité des publications disponibles gratuitement.
[^] # Re: Édition strictement commerciale?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Économie du logiciel libre. Évalué à 7.
Ah non ça pardon, c'est complètement faux.
Dans l'édition scientifique, il y a actuellement deux modèles qui cohabitent, et qui sont en compétition d'ailleurs.
Le modèle "ancestral" est celui du journal payant. Les auteurs soumettent des articles, la revue les accepte ou les refuse en se basant sur l'avis de plusieurs experts (comité de lecture), et si le papier est accepté, il est publié. Les auteurs ne touchent rien, le comité de lecture non plus; mais personne ne paye rien non plus : l'éditeur (= publisher, pas facile de ne pas faire de confusion) met des pubs et vend son journal pour couvrir les frais de mise en page/publication/tirage papier, et éventuellement tirer de (gros) bénéfices. Le copyright est transféré au journal, au passage.
Ce modèle a été récemment remis en cause. Le premier problème est un problème éthique (le fait que les universités pauvres et les citoyens ne peuvent pas avoir accès à la connaissance --il faut voir ce que ça coute ces cochonneries de journaux scientifiques). Le deuxième problème est lié à la politique de certains organismes de financement de la recherche américains et britanniques, qui imposent la consultation publique de la recherche qu'ils financent. Bref, ça et l'évolution de la société, + l'apparition de licences libres ont permis l'emergence des journaux "gratuits", fonctionnant selon un modèle différent. Les auteurs soumettent leur travaux, ça passe par le circuit habituel (comité de lecture etc), et si l'article est accepté, les auteurs payent des frais de publication (de l'ordre de grandeur de 1000$ en général). Le journal s'occupe de la mise en page etc., et l'article est mis en ligne gratuitement, souvent même sous licence libre ou CC non libre. Au début, il était possible de commander le journal en version papier, mais je crois que le système a pris l'eau --probablement pas assez de tirages papier commandés.
Aujourd'hui le deuxième modèle a tendance à prendre le pas sur le premier. À part les très grosses revues, qui fonctionnent toujours selon le premier modèle (Nature, Science), la tendance semble inéluctable. Il y a des grosses revues "gratuites", comme les PLoS, avec un impact factor très élevé; et de nombreux petits journaux "ancien modèle" coulent; car quitte à publier dans une revue confidentielle, mieux vaut être sûr que l'article sera lu. Mécaniquement, l'impact factor des revues gratuites est supérieur à celui des revues payantes de qualité équivalente.
La qualité de certaines revues gratuite est faible, effectivement, mais pas plus faible que certaines revues payantes. Je n'ai pas vu de tendance systématique dans un sens ou dans l'autre; le processus de peer review est identique dans les deux cas, et l'intérêt du journal est identique --filtrer les mauvais articles qui ne seront pas cités et qui feront diminuer leur impact factor. Comme les revenus sont dépendants du nombre d'articles publiés, il est clair que les revues gratuites ont tendance à accepter un peu n'importe quoi quand elles n'ont pas assez de papiers soumis pour faire un tri correct; cependant, un problème tout à fait identique existe pour les revues classiques, qui ont des échéances à tenir (par exemple, un numéro par mois) et qui doivent y placer un nombre de papiers honnête; alors que les revues en ligne n'ont pas ce problème (elles publient les articles comme ils arrivent, et n'ont pas de contraintes de place; trop peu d'articles ne sera pas un problème, beaucoup d'articles non plus. On peut remarquer par exemple que des accidents de peer review existent dans les deux cas (articles non-scientifiques acceptés parce qu'ils sont passés à travers les gouttes --inacceptable et théoriquement impossible si le comité de lecture fait son travail, mais il est difficile de vérifier que des bénévoles font leur travail consciencieusement...).
Le système est en train de changer à tel point que de nombreux journaux proposent un système mixte, (PNAS par exemple), où les auteurs peuvent choisir de payer pour que leur article soit disponible en ligne.
C'est encore un peu le bordel au niveau des licences, on trouve de tout et n'importe quoi, mais quand même pas mal de CC, même des libres (CC-BY, CC-SA), ou des non libres (NC ou ND); personnellement la clause ND (pas de travaux dérivés) ne me choque pas pour des travaux scientifiques --un article est un tout unique qui ne devrait pas être modifé sans l'avis des auteurs, même si c'est évidemment un problème pour une traduction par exemple.
Pour les bouquins, déja que c'était pas glorieux à la fin du XXe siècle, alors je ne leur donne pas une longue vie au XXIe. Deux types de livres ont encore une certaine utilité : 1) les bouquins de référence, de grosses bibles bien organisées où l'on trouve une sorte de review géante d'un champ de recherche (mais c'est assez exceptionnel comme bouquin, et il n'y en n'a pas 50 par domaine de recherche; donc un marché réduit quand même), 2) les bouquins d'opinion / vulgarisation, où un scientifique déja reconnu expose sa vision un peu "au delà de la science"; ça peut même parfois tourner au pamphlet politique ou scientifique; ça peut proposer une réecriture de l'histoire des sciences ou toucher à la philosophie des sciences; ce sont plutôt des bouquins que les scientifiques achètent pour lire avant de s'endormir. Le reste des ouvrages scientifiques, c'est des ventes extrêmement limitées; leur contenu est bien souvent décevant; leur rigueur aussi (pas de comité de lecture); il est délicat de les citer (pas sûr que le lecteur dispose du bouquin dans son institution), et leur prix est extrêmement élevé (faible tirage) pour une qualité souvent douteuse. J'imagine que ce type d'ouvrages n'a pas un grand avenir, comparé à la qualité et à la quantité des publications disponibles gratuitement.