Bon, faut que j’arrête avec les points de suspension, personne ne comprend qu’ils indiquent qu’il faut creuser. Alors je développe :
Or si la méritocratie n'est pas un système élitiste, je mange mon chapeau.
Qu’entend-t-on par méritocratie ? Que ceux qui le méritent sont ceux qui décident. Où est l’élite ? Dans la définition du mérite. Ici, ceux qui participent techniquement (dans le code) le plus, ou le mieux, ou depuis le début... C’est assez vague, hein. Enfin, bref, les « méritants » sont désignés (définis, déterminés, émergent, rétrospectivement justifiés...) par leurs capacités de codage. Donc, en résumant, l’élite des codeurs. Mouaif, ça « résume » à tout va mais on finit bien sur une prise de décision par une élite.
En français, un gouvernement par une élite, c’est une aristocratie. Alors, effectivement, le mot a plusieurs sens, notamment celui de désigner l’ensemble des aristocrates, la noblesse. En fait, c’est simplement que, à la base (Platon...), ceux qui forment l’élite dans une aristocratie, ce sont les « plus honnêtes » des citoyens. Ça a fini par faire une classe, les nobles, et on sait comment ça a fini en France : on leur coupe la tête et on en fait d’autres, tous les 50 ans... Pouf pouf, je m’égare.
Or donc, l’aristocratie, c’est une classe particulière, les « meilleurs », qui décide. Ça ne définit pas comment sont désignés les meilleurs.
Donc, oui, une « méritocratie » est un nouveau mot pour dire « aristocratie ». Un nouveau mot censé éloigner certaines connotations (à la lanterne !). Mais il n’empêche qu’il en a le sens et les inconvénients : créer une classe de dirigeants, créer des questionnements sur le mode de désignation des « meilleurs ».
C’était ça mon propos : oui, la méritocratie est un élitisme, et non, l’appeler méritocratie n’empêche pas tous les problèmes qui viennent avec un élitisme.
Remarquons que l’on peut aussi fouiller dans les autres formes de gouvernement et les comparer à cette méritocratie :
C’est aussi une forme d’oligarchie : ils ne sont pas nombreux.
C’est parfois une synarchie : ils se partagent les tâches.
Une gérontocratie : par les anciens (ont l’expérience).
Une dictature, une tyrannie ou une monarchie...
D’aucuns crieraient même parfois à la théocratie...
En tout cas, appliquée aux logiciels libres, c’est une technocratie : par les techniciens du domaine, pas par des gestionnaires qui ne connaissent rien au domaine.
Aïe, il y en a qui vont pas être contents, notamment les plus anarcho-communistes anti-mondialistes : on part d’un joli monde de bisounours où tout le monde est égal, puis certains sont « plus égaux que les autres », et on finit en, oh, quelle horreur, technocratie, vous savez, comme à Bruxelles...
[^] # Re: Emacs et bzr
Posté par Sylvain Sauvage . En réponse à la dépêche Nouvelle version de Bazaar, le DVCS de Canonical. Évalué à 8.
Or si la méritocratie n'est pas un système élitiste, je mange mon chapeau.
Qu’entend-t-on par méritocratie ? Que ceux qui le méritent sont ceux qui décident. Où est l’élite ? Dans la définition du mérite. Ici, ceux qui participent techniquement (dans le code) le plus, ou le mieux, ou depuis le début... C’est assez vague, hein. Enfin, bref, les « méritants » sont désignés (définis, déterminés, émergent, rétrospectivement justifiés...) par leurs capacités de codage. Donc, en résumant, l’élite des codeurs. Mouaif, ça « résume » à tout va mais on finit bien sur une prise de décision par une élite.
En français, un gouvernement par une élite, c’est une aristocratie. Alors, effectivement, le mot a plusieurs sens, notamment celui de désigner l’ensemble des aristocrates, la noblesse. En fait, c’est simplement que, à la base (Platon...), ceux qui forment l’élite dans une aristocratie, ce sont les « plus honnêtes » des citoyens. Ça a fini par faire une classe, les nobles, et on sait comment ça a fini en France : on leur coupe la tête et on en fait d’autres, tous les 50 ans... Pouf pouf, je m’égare.
Or donc, l’aristocratie, c’est une classe particulière, les « meilleurs », qui décide. Ça ne définit pas comment sont désignés les meilleurs.
Donc, oui, une « méritocratie » est un nouveau mot pour dire « aristocratie ». Un nouveau mot censé éloigner certaines connotations (à la lanterne !). Mais il n’empêche qu’il en a le sens et les inconvénients : créer une classe de dirigeants, créer des questionnements sur le mode de désignation des « meilleurs ».
C’était ça mon propos : oui, la méritocratie est un élitisme, et non, l’appeler méritocratie n’empêche pas tous les problèmes qui viennent avec un élitisme.
Remarquons que l’on peut aussi fouiller dans les autres formes de gouvernement et les comparer à cette méritocratie :
C’est aussi une forme d’oligarchie : ils ne sont pas nombreux.
C’est parfois une synarchie : ils se partagent les tâches.
Une gérontocratie : par les anciens (ont l’expérience).
Une dictature, une tyrannie ou une monarchie...
D’aucuns crieraient même parfois à la théocratie...
En tout cas, appliquée aux logiciels libres, c’est une technocratie : par les techniciens du domaine, pas par des gestionnaires qui ne connaissent rien au domaine.
Aïe, il y en a qui vont pas être contents, notamment les plus anarcho-communistes anti-mondialistes : on part d’un joli monde de bisounours où tout le monde est égal, puis certains sont « plus égaux que les autres », et on finit en, oh, quelle horreur, technocratie, vous savez, comme à Bruxelles...