Reste à savoir ce qui sera numérisé en priorité (les 1⁄2uvres les plus plébiscitées le seront-elles ?), sous quelles conditions l'accès, et la rediffusion de ces 1⁄2uvres sera-t-il permis (ou facilité), si la BnF permettra un accès ouvert à ses concurrents (Google, Yahoo, MS) en utilisant les standards du web, si logiciel d'OCR utilisé sera libre, etc. Il est aussi question dans le dossier de presse indiqué dans la dépêche de mettre en ligne, mais de façon restreinte et approuvée par le SNE, les documents encore protégés par le droit patrimonial ; les technologies ne sont pas indiquées, la possibilité de DRM n'est pas exclue.
Les licences d'exploitation abusives, comme le choix de ne pas diffuser numériquement les « bijoux de famille » lorsqu'ils relèvent du domaine publique, et d'en vendre l'accès contre rémunération est une pratique courante chez les conservateurs du patrimoine en France, bibliothèques comme musées. Les maisons d'éditions, qui ne peuvent pas risquer de se voir couper les accès ultérieurs aux 1⁄2uvres conservées, jouent le jeu et payent la rançon indue. Concernant la numérisation, il est probable que la BnF cherche à compliquer les copies hors site des 1⁄2uvres numérisées (par exemple, mais pas seulement, pour pouvoir se financer avec des encarts publicitaires).
Vous êtes-vous déjà demandé, par exemple, pourquoi on ne peut pas trouver sur internet (par ex. sur flickr ou commons.wikipedia.org) l'intégralité - ou au moins une partie significative - du patrimoine conservé par le Musée du Louvre ? La mission première d'un musée est de donner le plus large accès possible à la culture, bien entendu. Mais l'accès aux 1⁄2uvres les plus populaires comme la Joconde dans des conditions permettant de bonnes photographies est soigneusement contrôlé par le Louvre (contre rémunération, et sous condition de diffusion restreinte seulement) : le règlement intérieur interdit la photographie de ces 1⁄2uvres (en pratique, les gardiens vous laissent faire si vous êtes dans un groupe de touristes, avec un angle pourri permettant seulement une photo-souvenir, mais vous ne parviendrez pas à poser un pied sous l'appareil photo). De même que la photographie des documents, même numérique et sans flash, est strictement interdite à la BnF.
Une des racines du problème (sinon la racine du problème) relève d'un choix de politique_culturelle de l'État, et de la seconde mission des musées et bibliothèques (après la mission de diffusion) : la conservation du patrimoine. Cette conservation coûte cher, et il est de plus en plus souvent demandé aux institutions de la financer en partie sur leurs fonds propres (plutôt qu'uniquement sur des fonds publics). Aussi nous (acteurs du libre et enthousiastes du domaine public) devons êtres vigilants quant aux décisions relevant de la politique culturelle, si nous voulons attaquer le mal à la racine.
Notez que ces problématiques sont concomitantes de l'ère numérique : le domaine public (plus précisément, l'expiration du droit patrimonial) était une disposition légale souvent très théorique, pour ainsi dire virtuelle, et presque inexploitable avant internet (le grand public ne pouvait pas vraiment en tirer profit, la diffusion restait sous contrôle des conservateurs du patrimoine, qui ont alors pris cette habitude d'en faire payer l'accès aux éditeurs de contenu professionnels, lesquels ne pouvaient pas se permettre de bruler les ponts).
Voyez ce superbe article sur le sujet d'André Gunthert, chercheur à EHESS et membre de la Société française de photographie (institution qui conserve une grande quantité d'1⁄2uvres du domaine public), exposant le contexte, les enjeux et les risques à venir à partir d'un cas ou Wikipédia est (un brin maladroitement) impliquée : [http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2006/08/25/209-daguerre(...)]
Le nouveau site de Gallica permettant de consulter une partie des 1⁄2uvres fraîchement numérisées est déjà accessible [http://gallica2.bnf.fr/]. Mais Gallica a décidé de ne pas faire de relecture/correction après l'OCR, ce qui donne un résultat assez peu probant sur les 1⁄2uvres les plus anciennes. Essayez par exemple ceci [http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k814390] (choisissez « Display: text mode » pour avoir l'affichage post-OCR). Ils ont aussi choisi un mode d'affichage dynamique des contenus numérisés qui permet de compliquer l'indexation par leurs concurrents, Google, Yahoo et MS (comme pour Europeana semble-t-il : [http://www.europeana.eu/]). S'agissant de libérer les outils, espérons qu'ils ne feront pas le choix d'un OCR propriétaire. Espérons qu'en dépit de leur amère acrimonie envers Google, ils choisiront de participer au développement du plus prometteurs des OCR libres (Tesseract & co) où Google investit beaucoup : contribuer à ces outils serait un investissement public profitable à tous, y compris aux bénévoles de Wikisources et Gutenberg (et aux rippeurs de sous-titres ;). Je n'ai pas trouvé d'indication sur le sujet dans les documents sur SPAR liés par la dépêche.
À ce sujet, la position très fermée et très anti-google (quand ce n'est pas « anti internet ») de la BnF (Jean-Noël Jeanneney, directeur de la BnF jusqu'en avril 2007, a publié plusieurs pamphlets élitistes contre google et l'accès élargit non-hiérarchisé à la culture) est contestée depuis longtemps. Cette tribune du spécialiste de la numérisation des bibliothèque (et physicien) Alexandre Moatti a été publiée dans Le Monde (au passage, ce journal a caviardé sans prévenir l'auteur une phrase disant du bien de Wikipédia, ce qui nous rappellera à point nommé la position ambigüe des médias généralistes quant à la culture libre...) : [http://bibnum.over-blog.com/article-12513869.html]
Pendant que j'y suis, peut-être un peu hors sujet (quoique...), je vous recommande cet autre article du chercheur indiqué plus haut, André Gunthert, intitulé Le daguerréotype, première expérience open source : [http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2006/12/15/274-le-dague(...)].
# Politique culturelle et accès au domaine public : pour quoi militer
Posté par herodiade . En réponse à la dépêche La BnF s'oriente vers le logiciel libre. Évalué à 10.
Les licences d'exploitation abusives, comme le choix de ne pas diffuser numériquement les « bijoux de famille » lorsqu'ils relèvent du domaine publique, et d'en vendre l'accès contre rémunération est une pratique courante chez les conservateurs du patrimoine en France, bibliothèques comme musées. Les maisons d'éditions, qui ne peuvent pas risquer de se voir couper les accès ultérieurs aux 1⁄2uvres conservées, jouent le jeu et payent la rançon indue. Concernant la numérisation, il est probable que la BnF cherche à compliquer les copies hors site des 1⁄2uvres numérisées (par exemple, mais pas seulement, pour pouvoir se financer avec des encarts publicitaires).
Vous êtes-vous déjà demandé, par exemple, pourquoi on ne peut pas trouver sur internet (par ex. sur flickr ou commons.wikipedia.org) l'intégralité - ou au moins une partie significative - du patrimoine conservé par le Musée du Louvre ? La mission première d'un musée est de donner le plus large accès possible à la culture, bien entendu. Mais l'accès aux 1⁄2uvres les plus populaires comme la Joconde dans des conditions permettant de bonnes photographies est soigneusement contrôlé par le Louvre (contre rémunération, et sous condition de diffusion restreinte seulement) : le règlement intérieur interdit la photographie de ces 1⁄2uvres (en pratique, les gardiens vous laissent faire si vous êtes dans un groupe de touristes, avec un angle pourri permettant seulement une photo-souvenir, mais vous ne parviendrez pas à poser un pied sous l'appareil photo). De même que la photographie des documents, même numérique et sans flash, est strictement interdite à la BnF.
Une des racines du problème (sinon la racine du problème) relève d'un choix de politique_culturelle de l'État, et de la seconde mission des musées et bibliothèques (après la mission de diffusion) : la conservation du patrimoine. Cette conservation coûte cher, et il est de plus en plus souvent demandé aux institutions de la financer en partie sur leurs fonds propres (plutôt qu'uniquement sur des fonds publics). Aussi nous (acteurs du libre et enthousiastes du domaine public) devons êtres vigilants quant aux décisions relevant de la politique culturelle, si nous voulons attaquer le mal à la racine.
Notez que ces problématiques sont concomitantes de l'ère numérique : le domaine public (plus précisément, l'expiration du droit patrimonial) était une disposition légale souvent très théorique, pour ainsi dire virtuelle, et presque inexploitable avant internet (le grand public ne pouvait pas vraiment en tirer profit, la diffusion restait sous contrôle des conservateurs du patrimoine, qui ont alors pris cette habitude d'en faire payer l'accès aux éditeurs de contenu professionnels, lesquels ne pouvaient pas se permettre de bruler les ponts).
Voyez ce superbe article sur le sujet d'André Gunthert, chercheur à EHESS et membre de la Société française de photographie (institution qui conserve une grande quantité d'1⁄2uvres du domaine public), exposant le contexte, les enjeux et les risques à venir à partir d'un cas ou Wikipédia est (un brin maladroitement) impliquée : [http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2006/08/25/209-daguerre(...)]
Le nouveau site de Gallica permettant de consulter une partie des 1⁄2uvres fraîchement numérisées est déjà accessible [http://gallica2.bnf.fr/]. Mais Gallica a décidé de ne pas faire de relecture/correction après l'OCR, ce qui donne un résultat assez peu probant sur les 1⁄2uvres les plus anciennes. Essayez par exemple ceci [http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k814390] (choisissez « Display: text mode » pour avoir l'affichage post-OCR). Ils ont aussi choisi un mode d'affichage dynamique des contenus numérisés qui permet de compliquer l'indexation par leurs concurrents, Google, Yahoo et MS (comme pour Europeana semble-t-il : [http://www.europeana.eu/]). S'agissant de libérer les outils, espérons qu'ils ne feront pas le choix d'un OCR propriétaire. Espérons qu'en dépit de leur amère acrimonie envers Google, ils choisiront de participer au développement du plus prometteurs des OCR libres (Tesseract & co) où Google investit beaucoup : contribuer à ces outils serait un investissement public profitable à tous, y compris aux bénévoles de Wikisources et Gutenberg (et aux rippeurs de sous-titres ;). Je n'ai pas trouvé d'indication sur le sujet dans les documents sur SPAR liés par la dépêche.
À ce sujet, la position très fermée et très anti-google (quand ce n'est pas « anti internet ») de la BnF (Jean-Noël Jeanneney, directeur de la BnF jusqu'en avril 2007, a publié plusieurs pamphlets élitistes contre google et l'accès élargit non-hiérarchisé à la culture) est contestée depuis longtemps. Cette tribune du spécialiste de la numérisation des bibliothèque (et physicien) Alexandre Moatti a été publiée dans Le Monde (au passage, ce journal a caviardé sans prévenir l'auteur une phrase disant du bien de Wikipédia, ce qui nous rappellera à point nommé la position ambigüe des médias généralistes quant à la culture libre...) : [http://bibnum.over-blog.com/article-12513869.html]
Pendant que j'y suis, peut-être un peu hors sujet (quoique...), je vous recommande cet autre article du chercheur indiqué plus haut, André Gunthert, intitulé Le daguerréotype, première expérience open source : [http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2006/12/15/274-le-dague(...)].