• [^] # Re: Lettre de très haute facture... ou pas

    Posté par . En réponse à la dépêche ADULLACT écrit aux candidats à l'élection présidentielle de 2007. Évalué à 6.

    Je plussoie.

    Ce qui pourrait se produire aussi, si nous n'y prenons pas garde, c'est le refermement de vingt-cinq siècles de savoir ouvert: une nuit effroyable qui balaiera tout espace public à la faveur de droits de propriété nouveaux dans l'univers immatériel et où la manipulation de l'information par des pouvoirs obscurs sera l'instrument d'une perversion du politique, auprès de laquelle les pires cauchemars de Tocqueville ou d'Orwell seront d'aimables plaisanteries.

    Cette lettre est écrite par un convaincu qui essaye de prêcher aux convaincus. Le début de la lettre est complètement allumé, genre Raël qui écrit aux candidats pour leur demander de construire d'urgence des pistes d'aterrissage pour OVNI. Autant je comprends parfaitement que certains militants, 100% dans leur trip parano mâtiné de théorie du complot, puisse se laisser aller à ce genre de bafouille aux arguments naïvement teintés d'une vision sombre exacerbée.

    Mon avis, c'est qu'à la deuxième ligne lue, la lettre passe sur le bureau de la secrétaire dont le boulot est de répondre par un gentil message "merci de votre courrier, on vous rappellera, votez pour nous au fait".

    Je suis intimement persuadé de la qualité des logiciels libres, de l'ambition humaniste qui sous-tend leur développement, de la pérénité du modèle économique sain qui leur est attribué, et de l'intérêt supérieur de toute administration ou entité financée par des fonds publics de garantir la transparence et l'interopérabilité. Je suis tout aussi persuadé du danger crée par l'attitude de nombreux grands acteurs du logiciel, qui n'ont pour objectif que de maintenir voire gonfler leurs profits, et ce, à n'importe quel prix. Enfin, je suis conscient que la plupart des politiques sont totalement incapables de comprendre le sujet, parce qu'ils n'ont pas appris ça à l'école, parce que la plupart d'entre eux savent à peine ce qu'est un logiciel, et que leur inertie intellectuelle, entretenue par la propagande des vendeurs de softs, les empêche de proposer une vision novatrice et ambitieuse de l'avenir au détriment de modèles économies poussiéreux et de plus en plus difficiles à maintenir en vie artificellement.

    Mais je suis aussi désolé que les principaux défenseurs des logiciels libres s'interdisent d'avoir une vision pragmatique sur l'état des choses (ça fait combien de temps qu'on s'auto-persuade que Linux gagne tous les jours des parts de marchés alors qu'il n'a jamais décollé des 5% qu'il atteignait déja il y a 5 ou 7 ans?), ni surtout sur l'état des connaissances de nos concitoyens sur le marché des logiciels ? (vente liée, brevets menaçants...). Si la pédagogie par la peur peut fonctionner avec les gamins de moins de 5 ans ("attention, il ne faut pas venir dans la chambre de papa maman le samedi soir après 21h, parce que euh... à cause des monstres et tout"), avec un adulte raisonnable, ça fait tout de suite complètement bidon et ridicule. Si le seul argument en vafeur des logiciels libres, c'est qu'autrement on va tomber dans l'obscurantisme mortellement dangereux et les Vickings américains vont venir violer nos filles et nos compagnes, on peut peut-être éviter de pourrir les efforts des petits copains qui, eux, font preuve de pragmatisme et de pédagogie, même à petite échelle...