• [^] # Re: Du commerce et de la liberté

    Posté par . En réponse à la dépêche Qu'est ce que la musique libre a de commun avec le logiciel libre ?. Évalué à 2.

    une licence dite libre donne tout le pouvoir aux éditeurs

    Aux consommateurs, plutôt, non? C'est justement ça l'intéret. Les éditeurs n'ont absolument pas plus de droits que n'importe quel utilisateur, qui peut donc à son tour devenir éditeur s'il le souhaite et éventuellement reverser une partie de l'argent généré à qui il veut.

    L'exemple de Jamendo est un excellent exemple. Sous licence NC, il est possible de télécharger les oeuvres, mais pas d'en tirer profit comme le fait Jamendo. Résultat : impossible de créer un Jamendo2 qui verserait 80% des revenus aux auteurs sans l'accord individuel de ces auteurs (donc super long, super chiant à gérer, etc). Jamendo est donc l'unique éditeur, figé dans un contrat, par lequel le consommateur doit absolument passer si'il veut un service professionnel (grosse bande passante etc).

    Et puis que penser de cette aberration qui fait financer les musiciens par les marchands de bagnoles et autres casinos en ligne?

    Pour aller plus loin dans la raisonnement, il faut remonter au principe même de la rémunération de la propriété intellectuelle. Que penser de cette aberration qui fait financer les auteurs APRÈS leur travail? Le travail d'un musicien, c'est de composer, jouer, chanter, s'enregistrer. Et tout ça, c'est bénévole. Et puis, l'auteur, suite à ce travail harassant, se met à passer ses journée en pyjama devant la télé. Et par la magie de la SACEM, les sous arrivent.

    Quand je suis au boulot, mon patron me donne des sous pour produire un travail. S'il s'avait que je passais mes journées sur Linuxfr, il ne me payerait pas. Quand j'écoute Florent Pagny à la radio, Florent Pagny il est pas en train de chanter, il est en train de dormir, de regarder la télé, de baiser ou de creuser des trous dans son jardin pour y planquer ses économies en prévision d'un contrôle fiscal. La dissociation totale travail <-> salaire pour un auteur est une aberration du système. Le système idéal, ca serait qu'un employeur (une major par exemple) te paye un montant fixe pour faire ton boulot (chanter, enregistrer, etc), et se démerde pour gagner des sous avec le produit de ton travail sans que tu n'en voies jamais la couleur (peut-être une prime si ca se vend bien?). C'est comme ça que le monde fonctionne, sauf le monde artistique. Il y a beaucoup de raisons pour ça (les artistes parleraient de créativité bridée par les contraintes des horaires de travail, des choses comme ça), mais le fonctionnement du système est aberrant, à la base.

    Tout ça pour dire que tout le problème du shmilblick, c'est bien de trouver une manière de rémunérer les auteurs d'une manière indirecte, soit en "vendant" une information comme un bien matériel sur un support (ou sans support d'ailleurs), soit en rackettant les radios, les commerçants, etc. qui diffusent de la musique --alors qu'ils ont acheté avec leurs sous le support, comme quoi le disque n'est pas un produit ordinaire car tu est limité dans ce que tu peux faire avec. Tout est bancal, tout tient sur des lois dont la plupart ne sont pas naturelles, qui maintiennent un système qui n'est pas naturel, dans lequel personne (sauf les majors peut-être) n'est satisfait de sa position et de sa liberté (en tout cas, ni les auteurs, ni les consommateurs). Tout est tellement bancal que le moindre bouleversement sociologique, comme Internet, fait couler les flots chiasseux dans la presse et dans les parlements pour faire passer de nouvelles lois, réparation hasardeuse à un système qui ne tient que par l'opération du Saint Esprit.

    Alors financer la musique avec les bagnoles, avec les revenus du livret A ou avec les fonds destinés à la recherche contre le cancer, après tout c'est quand même pas si aberrant que ça...