• # Logiciel Libre et politique : le faux semblant de consensus

    Posté par . En réponse à la dépêche Le Ministre des Finances appelle à la création d'un pôle de compétitivité dédié aux Logiciels Libres. Évalué à 5.

    Cette annonce est certainement un appui pour toute celles et ceux qui défendent les formats ouverts et le développement communautaire. Mais l'engagement de ce gouvernement en ce sens ne me semble pas crédible pour autre chose qu'une orientation de plus des fonds publics vers une part du secteur privé.

    Car en politique il faut assumer ses actes. Tout ceux qui ont voté DADVSI, LCEN et autres LSI (donc l'ensemble de l'UMP, et les abstentions bienveillantes de l'UDF qui ont fait passer les lois in fine, sans parler des contradictions profondes qui traversent le PS) ne sont pas crédibles pour défendre une utilisation publique massive du Libre. Ceux qui défendent une logique économique obsessionnellement marchande sont ils à même de soutenir le Libre pour autre chose que pour faire des "économies" ?

    Le mouvement du logiciel libre a fait apparaître l'inutilité des dépendances artificielles construites à coup de milliards de dollars et de centaines de milliers de brevets par les géants logiciels et les majors de la production culturelle et de Loisir. Pourtant, l'illusion persiste jusque dans les milieux mêmes du Libre que l'affaire est une seule question de technologie. Cette escamotage intellectuel tente de réduire le mouvement du Libre à ses réalisations logicielles, passant sous silence son modèle économique et social de production et d'échange. Il est ainsi utile à tous ceux qui aimeraient faire profiter le système marchand de la dynamique Libre sans en remettre en cause la logique capitaliste.

    Les effets d'annonces politiques restreignent le sujet à une apparente rationalité économique, voire tentent de déplacer le problème dans le champ du "gratuit". En faisant croire qu'il s'agit tout simplement d'un "déplacement du Marché", mais surtout sans s'attaquer à la logique libérale, elles passent sous silence une contradiction fondamentale entre organisation capitaliste et Logiciels Libres, au moment même où la bataille fait rage entre les deux. Car la guerre est déclarée, et "le marché" a sorti la grosse artillerie. Directives européennes "brevetabilité logicielle" et "IP enforcment", loi "confiance dans l'économie numérique", transposition du paquet télécom en droit français, offensive technologique TCPA, DADVSI, etc... tous les coups sont permis pour faire la peau de l'Internet Libre et des systèmes participatifs et interopérables.

    Cette hostilité montre s'il le fallait que le Libre préfigure une logique coopérative d'échange volontaire des savoirs, vécue comme menaçant la hiérarchie des pouvoirs du monde marchand -pourtant acceptée par ceux qui découvrent aujourd'hui le Logiciel Libre et prétendent le soutenir.

    Dans ce contexte l'annonce de création d'un Pôle de compétitivité du Libre me laisse rêveur. Où se trouvent dans le projet les acteurs publics ? Quelle mixité industrielle assure-t-on ? Quel contrôle des fonds publics ? Quelle garantie de retour des développement au profit de l'administration ?

    A suivre avec attention donc.