• [^] # Re: Blocage levé

    Posté par . En réponse à la dépêche De nouveaux caps franchis pour les Wikipédia. Évalué à 3.

    J'aimerais continuer à discuter de ça, mais j'ai un examen demain matin et je suis à la bourre dans mes révisions (qu'est-ce que je viens foutre sur dlfp d'ailleurs ?).

    Juste quelques remarques que je ne développerai pas :

    * Je pense comme toi que le droit moral est légitime, mais pas dans son entièreté. Je tiens au droit de paternité et au droit de divulgation, mais je suis moins convaincu par le droit d'intégrité (qui est d'ailleurs compromis en partie par les exceptions concernant le pastiche et la parodie). Le droit de divulgation est d'ailleurs très important à mes yeux : Comme Proudhon, je pense que lorsqu'un auteur divulgue son oeuvre, il procède à un double échange avec la société. L'échange matériel, qui est régi par les lois de la propriété et qui est effectué de pair à pair, et l'échange immatériel, qui lui est conclu avec le reste de l'humanité.

    * Que l'auteur puisse tout contrôler c'est faux, et ça serait fortement illégitime. C'est faux car même dans notre droit d'auteur restrictif on retrouve le concept de domaine public et d'exceptions. Ces concepts sont les témoins du compromis trouvé par nos ancêtres, reliques d'une bataille de débats et de pamphlets. A ce niveau là, on parle du droit patrimonial, pas du droit moral. C'est qu'à l'époque les législateurs avaient fait la différence entre les deux, et ne considéraient le droit patrimonial que comme le moteur d'un compromis social qui permettrait aux auteurs de vivre. Mais au niveau du droit naturel, je considère que la création intellectuelle appartient à tout le monde du fait de ses propriétés même. Bon j'avais dit que je ne développerais pas.

    * Je n'ai jamais pensé que les législateurs étaient des incapables, et je pense même que le droit d'auteur était un système acceptable à l'époque où diffusion d'oeuvre intellectuelle signifiait diffusion de support matériel. Je pense juste que la donne a aujourd'hui changé avec les technologies de l'information et que le droit d'auteur est à revoir. Avec la numérisation et le stockage de l'information, avec la mise en réseau par Internet, fondamentalement on tient là le prolongement de notre intellectualité. La création intellectuelle en revient à l'immatérialité presque complète.

    * Je trouve aussi que le projet d'RMS de contourner le cadre juridique et de retrousser ses manches pour établir sa petite utopie est très intelligent et surtout très courageux. C'est en partie grâce à lui que nous en sommes ici aujourd'hui. Seulement, si le libre continue de faire son bonhomme de chemin et de gagner les mentalités, il faudra bien un jour revoir la législation pour la conformer à la conception des gens. Je ne pense pas qu'on en soit déjà là, je pense plutôt qu'avec la multiplication des licences libres destinées à de l'information artistique, il serait temps d'établir un cadre théorique stricte, et d'arrêter de mêler toutes les conceptions.

    * Je n'ai jamais manifesté d'opinion sur les utilisations commerciales, j'ai juste évoqué le rêve de Victor Hugo. Peut-être qu'un domaine public par défaut et payant pour certains types d'oeuvres intellectuelles serait approprié dans un nouveau compromis social ? Je n'en sais rien. Je pense que chaque type d'oeuvre doit être considéré à part au sein de ce compromis, en commençant par la distinction entre information utilitaire et artistique.

    * J'ai l'impression que tu essaies de diminuer mes opinions en parlant d'anti-capitalisme de collégiens et de casseurs de MacDo... J'espère que ce n'était qu'une impression. A ce propos, libéralisation des oeuvres intellectuelles est très loin de signifier anti-capitalisme. Le capitalisme, le marxisme et ce genre de théories sont construites sur des valeurs relevant des biens matériels, pas immatériels. C'est donc un hors-sujet complet.