Ah c'est intéressant ça. Donc mettre une énorme masse de code en libre c'est forcément une opération de comm quand on s'appelle Sun ?
C'est curieux ce truc notable dans pas mal de discussions, cette fuite en avant sur le "qu'est-ce que c'est que le libre" / "faire du libre". De plus en plus le débat n'est plus sur le code lui même, sur ce qui est sous une licence libre ou non, ce qui devrait l'être, ce qu'il faudrait développer pour compléter le logiciel libre, mais sur un ensemble assez flou de "communauté", de "respecter le fond et la forme", de batailles de postures. Cf. les grands débats des derniers mois, de Fedora/RedHat à Debian/Ubuntu, d'IBM qui essaie de dénigrer Sun à Apple/Darwin, d'ODF à OpenXML, et j'en passe.
Je vois ça comme une combinaison de plusieurs facteurs. Le plus évident et la diversité du "libre", qui réunit sous une même appellation BSDistes et GPLiens. La ligne de fracture dépasse de loin les questions seules de licences. Il y a dans l'école FSF une approche à la fois anti-proprio et très centralisatrice (la licence du Free Software c'est la GPL, point - pour caricaturer). Bref, le message derrière, pas toujours explicite est bien le "si ce n'est pas GPL, ce n'est pas du libre" - à comprendre dans l'acception FSF.
Au moins on ne peut pas nier à la FSF la cohérence de son discours: le non GPL, c'est le mal, c'est l'incompatibilité des licences, etc. Là où les choses deviennent un peu génantes c'est quand les contributions au libre (définition large) ne sont jugée qu'à cette aune. Problème. Après on peut se batailler sur Free vs Libre vs Open Source, mais c'est un débat assez différent.
Dans le cas présent, on parle d'une société qui envisage de mettre en libre une portion assez fondamentale de leur métier. On peut se moquer ou non, troller sur opération commerciale ou non, mais en terme d'impact à la fois pour Sun et à l'extérieur de Sun, en nombre d'acteurs impliqués, c'est assez gigantesque. Et c'est très curieux de voir les réactions face à ce passage potentiel de Java en open-source (beaucoup d'animosité), à comparer avec celles sur OpenSolaris (silence poli, un peu méprisant) ou OpenOffice (applaudissements nourris).
Le côté un peu désagréable, ou en tout cas que je n'aime guère - à titre personnel, sans polémique, tout ça - c'est qu'on va de plus en plus dans des tactiques de FUD, dans "le gentil et le méchant", dans l'évangélisme à tout crin pour remplacer le "show me the code". C'est assez paradoxal d'ailleurs que dans l'imaginaire commun, pour un exemple comme Sun, OpenOffice soit étiqueté "gentil" alors que dans le même temps Java soit le "méchant". Tout est affaire de contexte, de gus sur qui taper en face, et on ne me fera pas croire que le tout n'est qu'une affaire de licences. Et ne venez pas me dire que ce ne sont que des raisons fondamentelement techniques derrière ces batailles là.
C'est pas totalement étonnant (et là encore, je le dis sans polémique, c'est juste un constat). On a quitté très vite (moins de 10 ans) un monde où la communauté du libre c'était les développeurs et utilisateurs directs de softs assez geeky à un monde du libre à une communauté beaucoup plus diversifiée où les utilisateurs (plus ou moins geeks), et les évangélistes sont très nombreux. Et où les développeurs des grands softs "hérauts" du libre sont de moins en moins des gus codant dans leur coin et de plus en plus des salariés de boites plus ou moins grosses, payés pour bosser sur du logiciel qui se trouve être libre et où la boite en question voit fort bien son intérêt.
Bref, la photo est de plus en plus floue et les mythes fondateurs ont tendance à pas mal se superposer avec d'autres réalités. Du coup, ça ne m'étonne pas plus que le débat s'éloigne de la technique vers des trucs assez émotionnels, comme décerner des bons points de libritude.
[^] # Re: Encore une opération de communication ???
Posté par olgk . En réponse à la dépêche Un point sur Java et l'Open-Source. Évalué à 7.
C'est curieux ce truc notable dans pas mal de discussions, cette fuite en avant sur le "qu'est-ce que c'est que le libre" / "faire du libre". De plus en plus le débat n'est plus sur le code lui même, sur ce qui est sous une licence libre ou non, ce qui devrait l'être, ce qu'il faudrait développer pour compléter le logiciel libre, mais sur un ensemble assez flou de "communauté", de "respecter le fond et la forme", de batailles de postures. Cf. les grands débats des derniers mois, de Fedora/RedHat à Debian/Ubuntu, d'IBM qui essaie de dénigrer Sun à Apple/Darwin, d'ODF à OpenXML, et j'en passe.
Je vois ça comme une combinaison de plusieurs facteurs. Le plus évident et la diversité du "libre", qui réunit sous une même appellation BSDistes et GPLiens. La ligne de fracture dépasse de loin les questions seules de licences. Il y a dans l'école FSF une approche à la fois anti-proprio et très centralisatrice (la licence du Free Software c'est la GPL, point - pour caricaturer). Bref, le message derrière, pas toujours explicite est bien le "si ce n'est pas GPL, ce n'est pas du libre" - à comprendre dans l'acception FSF.
Au moins on ne peut pas nier à la FSF la cohérence de son discours: le non GPL, c'est le mal, c'est l'incompatibilité des licences, etc. Là où les choses deviennent un peu génantes c'est quand les contributions au libre (définition large) ne sont jugée qu'à cette aune. Problème. Après on peut se batailler sur Free vs Libre vs Open Source, mais c'est un débat assez différent.
Dans le cas présent, on parle d'une société qui envisage de mettre en libre une portion assez fondamentale de leur métier. On peut se moquer ou non, troller sur opération commerciale ou non, mais en terme d'impact à la fois pour Sun et à l'extérieur de Sun, en nombre d'acteurs impliqués, c'est assez gigantesque. Et c'est très curieux de voir les réactions face à ce passage potentiel de Java en open-source (beaucoup d'animosité), à comparer avec celles sur OpenSolaris (silence poli, un peu méprisant) ou OpenOffice (applaudissements nourris).
Le côté un peu désagréable, ou en tout cas que je n'aime guère - à titre personnel, sans polémique, tout ça - c'est qu'on va de plus en plus dans des tactiques de FUD, dans "le gentil et le méchant", dans l'évangélisme à tout crin pour remplacer le "show me the code". C'est assez paradoxal d'ailleurs que dans l'imaginaire commun, pour un exemple comme Sun, OpenOffice soit étiqueté "gentil" alors que dans le même temps Java soit le "méchant". Tout est affaire de contexte, de gus sur qui taper en face, et on ne me fera pas croire que le tout n'est qu'une affaire de licences. Et ne venez pas me dire que ce ne sont que des raisons fondamentelement techniques derrière ces batailles là.
C'est pas totalement étonnant (et là encore, je le dis sans polémique, c'est juste un constat). On a quitté très vite (moins de 10 ans) un monde où la communauté du libre c'était les développeurs et utilisateurs directs de softs assez geeky à un monde du libre à une communauté beaucoup plus diversifiée où les utilisateurs (plus ou moins geeks), et les évangélistes sont très nombreux. Et où les développeurs des grands softs "hérauts" du libre sont de moins en moins des gus codant dans leur coin et de plus en plus des salariés de boites plus ou moins grosses, payés pour bosser sur du logiciel qui se trouve être libre et où la boite en question voit fort bien son intérêt.
Bref, la photo est de plus en plus floue et les mythes fondateurs ont tendance à pas mal se superposer avec d'autres réalités. Du coup, ça ne m'étonne pas plus que le débat s'éloigne de la technique vers des trucs assez émotionnels, comme décerner des bons points de libritude.