Oui, je suis énervé parce je ne devrais pas avoir à argumenter sur des faits aussi basiques que le respect de la propriété intellectuelle.
Soit tu nies l'existence de la propriété intellectuelle (je pense que ça n'est pas une bonne idée, mais passons) : dans ce cas, tu peux trouver une certaine logique au système. On vit alors dans une sorte de communisme intellectuel, ou rien n'appartient à personne. Accessoirement, les films sont libres (ou plutôt "publiques"), les livres aussi, la musique aussi, etc. Il faut alors trouver un système alternatif pour faire vivre les gens dont c'est le métier. Mais ça se défend, c'est une vision idéaliste d'un monde utopique, mais ça peut marcher.
Le problème, c'est que je ne crois pas que ça soit la manière dont tu penses. D'après ce que tu as écris, tu voudrais que la propriété intellectuelle soit quelque chose d'extrêmement flexible, tout en nuances complexes, basées sur des idées comme "je suis gentil donc j'ai le droit de faire ça, mais Microsoft ils sont méchants donc ils n'ont pas le droit". Or, je ne t'apprends rien je pense, le logiciel libre, pour exister, a besoin d'un droit d'auteur très fort. Droit d'auteur au sens littéral : l'auteur doit pouvoir décider de ce que les autres font avec ses "créations". En tant qu'auteur d'un logiciel libre, par exemple, tu peux décider que ton code ne peut être redistribué que sous GPL. La moindre flexibilité dans ce principe, comme je l'ai déja dit plus haut, fait foirer tout le système : s'il est possible de changer les conditions de redistribution sans l'avis de l'auteur, alors le logiciel libre n'existe plus.
J'aimerais donc bien que tu m'expliques le monde dans lequel tu voudrais que tes enfants vivent. Tu voudrais qu'on puisse recopier une chanson, la modifier, la réinterpréter, sans l'avis de son auteur et sans le rétribuer? Ou tu places la limite? Tu voudrais qu'on puisse copier les chansons, en refaire des compilations, et les revendre sans rétribuer l'auteur? Pareil pour les logiciels? Pareil pour les films? Ça ressemble drôlement à une visions ultra-libérale du monde, non? Plus rien me protège les "petits", les petits logiciels libres, les petits chanteurs, etc. Sans l'exclusivité sur un film ou une chanson, plus de labels indépendants.
Ce que je te reproche, c'est que tu ne réalises pas les conséquences d'autoriser par la loi les oeuvres dérivées et la copie non privée, avec redistribution potentielle. Toi, tu ne vois que ton intérêt de particulier dans l'histoire : "ah ouais c'est cool la musique gratos, ah ouais cool de pouvoir échanger des partoches avec mes potes, de les mettre sur mon blog". Et puis de mettre des pubs sur ton blog, après? Pour gagner de l'argent? Un peu au début, puis beaucoup quand tu deviens le site n°1 de partoches gratuites? Jusqu'au jour ou quelqu'un va pomper ta base de données, issue de 5 ans de travail acharné, et créer partoche.com avec de la pub à la télé? Bah oui, plus de protection sur les bases de données...
Je ne dis pas que le système actuel est bon. Je pense qu'il est vicieux, notemment par la possibilité de transférer la gestion de ses droits à un tiers (maison de disque par exemple) qui ne va pas forcément défendre les intérets de l'auteur. Mais il a le mérite d'être dans une certaine mesure cohérent. Il a le mérite de préserver la liberté des auteurs (aux dépens de celle des consommateurs, je te l'accorde). On peut avec les lois actuelles faire du libre et du propriétaire, avec une cohabition (un peu foireuse, mais possible). Si tu fais sauter la protection accordée par le droit d'auteur, alors tout le monde, de facto, fait du libre. Comment tu vas justifier ça auprès des auteurs qui ne veulent pas ça? Tu appelles ça comment, si c'est pas du fascisme? D'un autre côté, les lois qui passent maintenant sont également liberticides, car elles tendent à faire pencher la balance du côté du modèle entièrement propriétaire. C'est certainement pas libéral, au contraire; ça revient à présevrer les bénéfices de quelques entreprises par des lois extrêmement fortes et contraignantes qui vont énormément réduire la liberté des consommateurs (copie privée par exemple).
Tu peux me trouver "borné" si tu veux. C'est pas très agréable d'avoir le rôle du mec chiant qui rappelle toujours "attention, c'est plus compliqué que ça", mais oui, je pense que la réalité est plus compliquée qu'un modèle de type "fête du slip pour ados boutonneux" qui résolverait tous les problèmes posés par ces grosses méchantes major du disque en laissant tout le monde faire ce qu'il veut, à peu de choses près, avec les créations des autres. Si tu me proposes un modèle qui garantisse un revenu aux auteurs, une liberté de controller la diffusion de leurs oeuvres, la liberté des consommateurs, la coexistence de plusieurs systèmes de distribution, la libre concurrence, et tout ça rendu possible dans le cadre actuel des règles du commerce mondial, alors on pourra aborder une discussion constructive. "le copyright ça pue, on peut pas pirater les mp3 comme on veut" me semble, par exemple, un mauvais point de départ pour une telle discussion...
[^] # Re: Plus fort que tout ...
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche DADVSI : l'interopérabilité disparait. Évalué à 2.
Oui, je suis énervé parce je ne devrais pas avoir à argumenter sur des faits aussi basiques que le respect de la propriété intellectuelle.
Soit tu nies l'existence de la propriété intellectuelle (je pense que ça n'est pas une bonne idée, mais passons) : dans ce cas, tu peux trouver une certaine logique au système. On vit alors dans une sorte de communisme intellectuel, ou rien n'appartient à personne. Accessoirement, les films sont libres (ou plutôt "publiques"), les livres aussi, la musique aussi, etc. Il faut alors trouver un système alternatif pour faire vivre les gens dont c'est le métier. Mais ça se défend, c'est une vision idéaliste d'un monde utopique, mais ça peut marcher.
Le problème, c'est que je ne crois pas que ça soit la manière dont tu penses. D'après ce que tu as écris, tu voudrais que la propriété intellectuelle soit quelque chose d'extrêmement flexible, tout en nuances complexes, basées sur des idées comme "je suis gentil donc j'ai le droit de faire ça, mais Microsoft ils sont méchants donc ils n'ont pas le droit". Or, je ne t'apprends rien je pense, le logiciel libre, pour exister, a besoin d'un droit d'auteur très fort. Droit d'auteur au sens littéral : l'auteur doit pouvoir décider de ce que les autres font avec ses "créations". En tant qu'auteur d'un logiciel libre, par exemple, tu peux décider que ton code ne peut être redistribué que sous GPL. La moindre flexibilité dans ce principe, comme je l'ai déja dit plus haut, fait foirer tout le système : s'il est possible de changer les conditions de redistribution sans l'avis de l'auteur, alors le logiciel libre n'existe plus.
J'aimerais donc bien que tu m'expliques le monde dans lequel tu voudrais que tes enfants vivent. Tu voudrais qu'on puisse recopier une chanson, la modifier, la réinterpréter, sans l'avis de son auteur et sans le rétribuer? Ou tu places la limite? Tu voudrais qu'on puisse copier les chansons, en refaire des compilations, et les revendre sans rétribuer l'auteur? Pareil pour les logiciels? Pareil pour les films? Ça ressemble drôlement à une visions ultra-libérale du monde, non? Plus rien me protège les "petits", les petits logiciels libres, les petits chanteurs, etc. Sans l'exclusivité sur un film ou une chanson, plus de labels indépendants.
Ce que je te reproche, c'est que tu ne réalises pas les conséquences d'autoriser par la loi les oeuvres dérivées et la copie non privée, avec redistribution potentielle. Toi, tu ne vois que ton intérêt de particulier dans l'histoire : "ah ouais c'est cool la musique gratos, ah ouais cool de pouvoir échanger des partoches avec mes potes, de les mettre sur mon blog". Et puis de mettre des pubs sur ton blog, après? Pour gagner de l'argent? Un peu au début, puis beaucoup quand tu deviens le site n°1 de partoches gratuites? Jusqu'au jour ou quelqu'un va pomper ta base de données, issue de 5 ans de travail acharné, et créer partoche.com avec de la pub à la télé? Bah oui, plus de protection sur les bases de données...
Je ne dis pas que le système actuel est bon. Je pense qu'il est vicieux, notemment par la possibilité de transférer la gestion de ses droits à un tiers (maison de disque par exemple) qui ne va pas forcément défendre les intérets de l'auteur. Mais il a le mérite d'être dans une certaine mesure cohérent. Il a le mérite de préserver la liberté des auteurs (aux dépens de celle des consommateurs, je te l'accorde). On peut avec les lois actuelles faire du libre et du propriétaire, avec une cohabition (un peu foireuse, mais possible). Si tu fais sauter la protection accordée par le droit d'auteur, alors tout le monde, de facto, fait du libre. Comment tu vas justifier ça auprès des auteurs qui ne veulent pas ça? Tu appelles ça comment, si c'est pas du fascisme? D'un autre côté, les lois qui passent maintenant sont également liberticides, car elles tendent à faire pencher la balance du côté du modèle entièrement propriétaire. C'est certainement pas libéral, au contraire; ça revient à présevrer les bénéfices de quelques entreprises par des lois extrêmement fortes et contraignantes qui vont énormément réduire la liberté des consommateurs (copie privée par exemple).
Tu peux me trouver "borné" si tu veux. C'est pas très agréable d'avoir le rôle du mec chiant qui rappelle toujours "attention, c'est plus compliqué que ça", mais oui, je pense que la réalité est plus compliquée qu'un modèle de type "fête du slip pour ados boutonneux" qui résolverait tous les problèmes posés par ces grosses méchantes major du disque en laissant tout le monde faire ce qu'il veut, à peu de choses près, avec les créations des autres. Si tu me proposes un modèle qui garantisse un revenu aux auteurs, une liberté de controller la diffusion de leurs oeuvres, la liberté des consommateurs, la coexistence de plusieurs systèmes de distribution, la libre concurrence, et tout ça rendu possible dans le cadre actuel des règles du commerce mondial, alors on pourra aborder une discussion constructive. "le copyright ça pue, on peut pas pirater les mp3 comme on veut" me semble, par exemple, un mauvais point de départ pour une telle discussion...