Réfléchissons un peu : le fait que Debian repose sur la GPL et que le noyau ait été développé dans cet esprit n'implique aucunement qu'il est formellement interdit de faire du commerce avec Linux et les déclinaisons des diverses distributions à partir de Red Hat ou de Debian. Tout le monde a compris ça et il est inutile de l'expliquer pour chaque news. Malheureusement certains esprits semblent vivre dans un monde binaire où règnent, non le Bien et le Mal, mais "Nous" et "Eux". "Eux" (les Autres) semblent être des esclaves dans un vaste complot où règne la paranoïa du commerce. "Nous", nous sommes affranchis du commerce, et par voie de conséquence, de l'argent.
Il serait temps de se demander pourquoi :
1) Cette initiative Debian Common Core, si ce n'est pour disposer à terme d'un ensemble de process évitant que chacun réinvente la roue dans son coin. La finalité recherchée est l'efficacité, l'organisation, la cohérence, et probablement un ensemble d'outils logiciels plus à même de répondre à des multiples besoins (réseau/desktop);
2) On dissocie le commerce et la liberté. C'est Rousseau qui reprenait la formule de Montesquieu : "Les anciens s'entretenaient de la vertu, les modernes ne parlent que de commerce et d'argent", mais je doute fort que quiconque doté d'un peu de bon sens voit dans cette accusation autre chose que le constat et la condamnation d'une exagération.
Quant à la liberté dont on nous rebat les oreilles, je ne suis pas sûr qu'elle soit garantie par le côté non-commercial de Debian et que cette liberté soit une preuve de la qualité de Debian. Certes, le fait qu'il n'y ait pas de compagnie commerciale en charge de Debian enlève un certain nombre d'hypothèques et de risques inhérent à toute entreprise qui doit trouver et faire de l'argent pour vivre. Mais je ne me risquerais pas à dire que, puisqu'il s'agit de trouver des financements, alors la liberté s'en va. On peut prendre l'exemple d'Ubuntu, dont le statut est intermédiaire entre Mandriva et Debian (Ubuntu est sous tutelle d'une Fondation, donc il y a de l'argent à la base), pour montrer que bien que visant des buts désintéressés, il est nécessaire de passer par le circuit du commerce, ne serait-ce que pour fonctionner. Et c'est le cas de Debian : les développeurs sont bénévoles, mais les serveurs ne le sont pas, ni la bande passante, etc. Soulevons un peu le voile pudique (mais ô combien lourd!) qui pèse sur le "bénévolat" des développeurs Debian : tous ne sont pas des étudiants en informatiques et nombreux sont ceux qui voient leur temps de travail rémunéré par IBM, HP, Red Hat, etc.
On pourrait chercher d'ailleurs des informations pour connaître avec précision ce que coûte réellement le développement de Debian. Bien sûr, ce sont des coûts indirects (puisque Debian n'est pas une entreprise, mais une Fondation). Evidemment qu'il ne s'agit pas de rechercher la rentabilité commerciale d'abord.
Quant au fond de l'affaire, la mise au point d'automates fiables, avec des programmes stables et ingénieux ne provenant pas de sociétés commerciales ne vise pas, semble t-il, à promouvoir la liberté, mais à agir sur le monde avec des outils efficaces. Un rappel pour terminer : les connaissances nécessaires pour construire l'ensemble du système logiciel de mise à feu des ogives nucléaires ne sont pas les mêmes que celles qui permettent de savoir si, quand et comment on doit pouvoir compter sur un tel système.
Je me moquais donc de ce propos contre le commerce et l'argent que l'on sort avec la vitesse du pistoléro énervé dès qu'il s'agit de Debian et du "libre" en général et qui trop souvent, ressemble plus à des truismes ou des naïvetés, qu'à un propos sensé. Comme si la plupart d'entre les utilisateurs d'Openoffice sous Windows XP et d'Openoffice sous Linux étaient fondamentalement plus "libres" que s'ils utilisaient Word 2003, parce que "Word c'est commercial".
Je pense (mais ce n'est qu'une opinion), que le véritable intérêt du "libre", c'est d'arriver à fédérer des idées afin de maîtriser l'outil informatique, du processeur jusqu'au logiciel, en inventant aussi de nouvelles interfaces homme/machine et en réfléchissant sur les finalités de l'automatisation des activités humaines. Quant aux querelles de pouvoir et d'ego entre gurus du libre, pour moi ce n'est que secondaire et toujours désolant. Debian (et ce qui en sort : Progeny, Ubuntu, etc.) a fait ses preuves quant à sa stabilté, sa robustesse et au final la "simplicité" des scripts de configuration. Mais je ne vois pas comment l'étau d'un éditeur aussi puissant que M$ , qui fait peser des choix discutables sur le monde de l'informatique personnelle, pourra se déserrer si on ne passe pas d'une manière ou d'une autre par un circuit commercial offrant des services appropriés. L'individu lambda est un consommateur, qu'on le veuille ou non, et non un adepte de Richard Stallman. Aussi passera t-il beaucoup d'eau sous les ponts avant qu'un produit Debian soit commercialisé. Pour ma part, je trouve l'initiative de Shuttleworth bien venue, puisqu'elle a eu comme effet de réveiller un peu de sa torpeur un monde de développeurs arquebouté sur des attitudes souvent plus formelles que pragmatiques.
[^] # Re: c'est une bonne nouvelle
Posté par Thomas MORUS . En réponse à la dépêche Lancement de Debian Common Core. Évalué à 2.
Il serait temps de se demander pourquoi :
1) Cette initiative Debian Common Core, si ce n'est pour disposer à terme d'un ensemble de process évitant que chacun réinvente la roue dans son coin. La finalité recherchée est l'efficacité, l'organisation, la cohérence, et probablement un ensemble d'outils logiciels plus à même de répondre à des multiples besoins (réseau/desktop);
2) On dissocie le commerce et la liberté. C'est Rousseau qui reprenait la formule de Montesquieu : "Les anciens s'entretenaient de la vertu, les modernes ne parlent que de commerce et d'argent", mais je doute fort que quiconque doté d'un peu de bon sens voit dans cette accusation autre chose que le constat et la condamnation d'une exagération.
Quant à la liberté dont on nous rebat les oreilles, je ne suis pas sûr qu'elle soit garantie par le côté non-commercial de Debian et que cette liberté soit une preuve de la qualité de Debian. Certes, le fait qu'il n'y ait pas de compagnie commerciale en charge de Debian enlève un certain nombre d'hypothèques et de risques inhérent à toute entreprise qui doit trouver et faire de l'argent pour vivre. Mais je ne me risquerais pas à dire que, puisqu'il s'agit de trouver des financements, alors la liberté s'en va. On peut prendre l'exemple d'Ubuntu, dont le statut est intermédiaire entre Mandriva et Debian (Ubuntu est sous tutelle d'une Fondation, donc il y a de l'argent à la base), pour montrer que bien que visant des buts désintéressés, il est nécessaire de passer par le circuit du commerce, ne serait-ce que pour fonctionner. Et c'est le cas de Debian : les développeurs sont bénévoles, mais les serveurs ne le sont pas, ni la bande passante, etc. Soulevons un peu le voile pudique (mais ô combien lourd!) qui pèse sur le "bénévolat" des développeurs Debian : tous ne sont pas des étudiants en informatiques et nombreux sont ceux qui voient leur temps de travail rémunéré par IBM, HP, Red Hat, etc.
On pourrait chercher d'ailleurs des informations pour connaître avec précision ce que coûte réellement le développement de Debian. Bien sûr, ce sont des coûts indirects (puisque Debian n'est pas une entreprise, mais une Fondation). Evidemment qu'il ne s'agit pas de rechercher la rentabilité commerciale d'abord.
Quant au fond de l'affaire, la mise au point d'automates fiables, avec des programmes stables et ingénieux ne provenant pas de sociétés commerciales ne vise pas, semble t-il, à promouvoir la liberté, mais à agir sur le monde avec des outils efficaces. Un rappel pour terminer : les connaissances nécessaires pour construire l'ensemble du système logiciel de mise à feu des ogives nucléaires ne sont pas les mêmes que celles qui permettent de savoir si, quand et comment on doit pouvoir compter sur un tel système.
Je me moquais donc de ce propos contre le commerce et l'argent que l'on sort avec la vitesse du pistoléro énervé dès qu'il s'agit de Debian et du "libre" en général et qui trop souvent, ressemble plus à des truismes ou des naïvetés, qu'à un propos sensé. Comme si la plupart d'entre les utilisateurs d'Openoffice sous Windows XP et d'Openoffice sous Linux étaient fondamentalement plus "libres" que s'ils utilisaient Word 2003, parce que "Word c'est commercial".
Je pense (mais ce n'est qu'une opinion), que le véritable intérêt du "libre", c'est d'arriver à fédérer des idées afin de maîtriser l'outil informatique, du processeur jusqu'au logiciel, en inventant aussi de nouvelles interfaces homme/machine et en réfléchissant sur les finalités de l'automatisation des activités humaines. Quant aux querelles de pouvoir et d'ego entre gurus du libre, pour moi ce n'est que secondaire et toujours désolant. Debian (et ce qui en sort : Progeny, Ubuntu, etc.) a fait ses preuves quant à sa stabilté, sa robustesse et au final la "simplicité" des scripts de configuration. Mais je ne vois pas comment l'étau d'un éditeur aussi puissant que M$ , qui fait peser des choix discutables sur le monde de l'informatique personnelle, pourra se déserrer si on ne passe pas d'une manière ou d'une autre par un circuit commercial offrant des services appropriés. L'individu lambda est un consommateur, qu'on le veuille ou non, et non un adepte de Richard Stallman. Aussi passera t-il beaucoup d'eau sous les ponts avant qu'un produit Debian soit commercialisé. Pour ma part, je trouve l'initiative de Shuttleworth bien venue, puisqu'elle a eu comme effet de réveiller un peu de sa torpeur un monde de développeurs arquebouté sur des attitudes souvent plus formelles que pragmatiques.