• [^] # Re: Etat mental

    Posté par . En réponse à la dépêche Publi-information de Microsoft à l'école, quand un parent d'élève se rebiffe !. Évalué à 8.

    A mon avis, on va sur la bonne voie mais le travail est encore long, car il y a encore trop de gens qui pensent - en toute sincérité - que Windows est gratuit pour l'achat d'un nouveau PC comme Internet Explorer l'est avec une version de Windows (d'ailleurs il est en libre téléchargement chez Microsoft).

    Si on franchit cette première étape, cette pratique est tellement répandue qu'il faudra se battre encore longtemps contre l'idée reçue que ni Microsoft ni le gouvernement ne peuvent interdire aux gens d'agir comme cela parce que sinon il faudrait mettre 95% des utilisateurs en prison, et que ces agissements sont donc une nécessité.

    Ensuite, on pourra commencer à parler de logiciel libre. A vrai dire, il serait bon d'initier directement les plus jeunes au partage, à la coopération, à l'échange d'informations, puisque c'est de toutes façon l'essence même d'Internet sur lequel ils voguent si longtemps, mais il faudra le faire par le biais d'enseignants parfaitement formés et sensibilisés au problème car sinon le remède risque d'être pire que le mal : Certaines personnes risqueraient de ne pas faire la différence entre un logiciel propriétaire et un logiciel libre, et pourrait se mettre à pirater en toute bonne foi parce qu'on lui a « appris » à le faire à l'école ! Cela risquerait de causer du tort tant aux utilisateurs qu'aux mouvements libristes, déboucherait sur une loi qui règlementerait l'usage de l'informatique, et qui finirait par ne profiter qu'aux grands groupes (et accessoirement pourrait donner du poids à des projets dangereux comme ceux des brevets logiciels). Là, on risque vraiment de tomber très bas !

    Il faut donc avant tout apprendre aux gens à respecter une licence et à prendre conscience de son importance, fût-elle la GLP ou celle d'un éditeur propriétaire.

    Il faudra aussi composer avec un ennemi sournois :L'« Effet caneton ». Les gens s'attachent énormément au premier système qu'ils rencontrent (99% du temps Windows), et vivent très mal qu'on le remette en question. C'est d'autant plus dangereux que c'est totalement inconscient, ce qui provoque en général un ressentiment envers le prosélyte, sans atteindre le but recherché (remettre en question le système utilisé).

    Enfin, et je commence un peu à me répéter mais c'est la base de toute bonne propagande :-), il faut commencer à apprendre l'informatique fondamentale dans les collèges, telle qu'elle a commencé à l'être au milieu des années 80. C'est-à-dire expliquer le fonctionnement global d'un ordinateur et la manière dont on conçoit des logiciels, de la même façon qu'on y enseigne déjà les bases de l'électricité ou celles de la chimie, mais surtout pas faire de la formation à des logiciels spécifiques, et en aucun cas propriétaires.

    Concernant la lettre elle-même à présent :

    L’expression est eculée mais un autre monde est possible. Celui de la défense des biens communs contre leur marchandisation croissante. Sur le terrain de l’éducation, j’ai clairement choisi mon camp et ne m’étonne pas de ne pas partager les mêmes valeurs que Microsoft. Par contre je m’étonne que l’Education Nationale cautionne Microsoft en la laissant si facilement pénétrer dans nos écoles pour nous y présenter sa propre vision des choses. Décidément la route est encore longue...


    J'ai trouvé cette lettre pertinente et pleine de sens, mais ce dernier paragraphe gâche, à mon goût, tout son travail : Elle donne au non-inité une impression d'idéalisme, alors que l'on est au contraire dans un domaine très concret. Le risque est d'écoeurer le lecteur, ou de lui donner une impression de fatalité.

    Je crois que la plus belle croisade à mener aujourd'hui, celle qui forme l'esprit du logiciel libre ou Open Source, serait de faire admettre à la population que l'informatique est une infrastructure importante, comme l'est un réseau routier, ferroviaire, d'eau potable, d'assainissement, électrique ou de téléphone, que nous en dépendons, et qu'à ce titre il doit être géré de manière démocratique, avec un droit de regard inaliénable de chaque utilisateur sur ses logiciels et documents, de la même façon que tout citoyen peut participer au dépouillement d'un vote, à une séance de l'Assemblée Nationale ( http://www.assemblee-nationale.fr/infos/assister.asp(...) ), etc.

    Cela implique que le logiciel libre en lui-même doit toujours exister, pour ne pas dire le logiciel « public » puisqu'il n'est pas forcément produit par l'Etat, mais au moins par la population, et qu'il est accessible sans contrepartie ni contrainte financière, mais qu'une fois ces bases posées, il est parfaitement autorisé de produire et d'utiliser des solutions commerciales tant que le droit de regard est respecté, et que l'alternative existe, dans la mesure du possible.

    C'est d'ailleurs ce qui se produit dans bon nombre de domaines. La méconnaissance de l'informatique par le grand public contribue beaucoup à l'état actuel des choses.