• [^] # Re: GPL pour contenu textuel

    Posté par . En réponse à la dépêche Opquast et ses licences (suite et fin). Évalué à 2.

    Perso, la notion d'oeuvre dérivée, si fondamentale dans la GPL, ne me parait pas forcement bien claire pour un document, enfin ça me titille un peu...

    Imaginons cet exemple : je fais un cédérom de formation pour web-designers en me basant sur du contenu GPL d'Opquast. Il est composé de différentes table des matières et autre interface de recherche, pointant tous au final sur les différents éléments du contenu Opquast.

    Est-ce que ce cédérom est un produit dérivé, et donc obligatoirement 100% GPL, ou bien est-ce la simple aggrégation du contenu GPL Opquast et d'une interface qui peut donc parfaitement être propriétaire (un peu comme dans certaines distribs Linux, avec des paquets libres et des outils proprétaires) ?

    La première hypothèse est dérangeante, parce que si on va par là on peut très bien dire que Google devrait être GPL puisqu'il indexe du contenu GPL.

    La seconde l'est aussi, parce qu'on peut alors se demander si la GPL sur un document n'est pas systématiquement contournable, pour peu qu'on prenne le soin purement technique de bien séparer en des fichiers distincts ce qui est d'origine GPL et ce qui est de l'ordre de la valeur ajoutée ou modification propriétaire. En poussant jusqu'au bout ce principe, rien ne m'empêcherait de diffuser indirectement un texte dérivé propriétaire sous la forme suivante : le fichier d'origine GPL, le fichier des modifications propriétaires, et une glue qlqconque (à base d'index par exemple), propriétaire elle aussi, permettant à l'utilisateur de consulter l'oeuvre dérivée.

    C'est là, à mon humble avis, que le document se distingue du logiciel : le produit final, celui diffusé et reçu par l'utilisateur, n'est pas forcement la liaison intime de ses parties.[1] Ce qui est fondamentalement un dérivation de l'oeuvre originale peut être techniquement constitué uniquement par des ajouts.

    Intuitivement, j'aurai tendance à dire que dans l'esprit du copyleft, si un document ne peut faire sens qu'en référence à un document GPL, alors il en constitue une oeuvre dérivée... Google serait donc OK parcequ'il indexe moulte autres choses, alors que mon cédérom bidon ne le serait pas puisqu'il n'est plus rien si on le prive de son contenu GPL. J'aurai, de même, par exemple tendance à dire qu'un gestionnaire de paquets générique peut être légitimement proprio puisqu'il permet d'installer autant du GPL qu'autre chose, alors qu'un script d'installation d'un logiciel GPL particulier ne peut être que GPL lui aussi. Mais ça n'est que mon interprétation...

    Enfin bref tout ça pour dire que perso je suis bien emmerdé avec les licences copyleft. Je n'en connais pas de particulièrement meilleure que la GPL en la matière en fait, et pourtant je ne la trouve claire que lorsqu'elle est appliquée à des oeuvres modifiées dans leur corps ou bien liées statiquement... Ça couvre pas grand chose de nos jours :/
    Perso, si j'avais des oeuvres auquels je tenais suffisament pour leur assurer un copyleft vraiment indiscutable, je crois que je prendrais la peine de les affubler d'une licence dérivée de la GPL qui expliciterait la nature des éventuelles oeuvres dérivées correspondantes à leur propre nature. C'est vraiment ça le problème pour moi : la dérivation depuis des headers du noyau n'a techniquement rien à voir avec la dérivation d'une documentation, et toute cette variété des mode de dérivation n'est que sous-entendue dans la notion d'oeuvre dérivée qui sous-tend les licences copyleft génériques. C'est à mon sens laisser bien trop de marge d'interprétation à un éventuel juge.


    [1] Vous me direz, ça n'a rien d'inconnu ou de propre au document, puisque c'est aussi le cas de la relation programme/bibliothèque dans les langages interprétés, ou bien même en C avec la liaison dynamique. Ce dernier cas au moins est bien connu, c'est celui par exemple des modules noyaux : la thèse communement admise est que l'utilisation des headers du noyau implique la notion d'oeuvre dérivée, et que quand bien même le produit diffusé ne contiendrait pas le moindre bit de code GPL il n'en serait pas moins obligatoirement GPL (évidemment, des exceptions à la GPL existent pour les interfaces publiques du noyau, qui permettent quand même l'écriture de modules propriétaires). Ceci dit, si j'adhère dans l'esprit à cet interprétation, elle ne m'en parait pas moins optimiste, et je serai franchement soulagé le jour où un tribunal l'aura confirmée...