• # Ça ne donne pas tellement envie...

    Posté par (Mastodon) . En réponse à la dépêche Conférence - Débat avec Antoine Moreau. Évalué à 6.

    Je suis en grande partie convaincu par le mouvement Art Libre, mais je trouve que la présentation d'Antoine Moreau ne donne pas tellement envie, et ne répond pas à la peur des gens face au renoncement à une partie de leurs droits. Parmis les manques de sa présentation, selon moi:

    - Le copyleft est une sorte de formalisation du fait qu'un créateur ne part pas de rien, mais se base toujours sur sa culture et sur les oeuvres de ses prédécesseurs. Dans certains cas c'est implicite et juste sous la forme d'influences, alors que dans d'autres cas c'est explicite, comme les remixes et les samplings en musique, ou Braun-Vega qui intègre des oeuvres de matisse ou picasso dans ses oeuvres à lui. Mettre son oeuvre sous copyleft, c'est reconnaitre que ce remixage est positif, et autoriser ses pairs à faire de même.

    - Pour répondre à la peur des modifications qui changent le sens d'un oeuvre (et donc la "perte" de la paternité de son texte, par exemple), il faut faire la distinction entre la ou les oeuvre(s) d'origine et les oeuvres dérivées. Une modification apportée à une oeuvre sous copyleft ne modifie pas l'oeuvre d'origine mais produit une oeuvre dérivée, ce qui fait qu'au final on n'a pas une seule oeuvre mais une arborescence d'oeuvres. Par conséquent, si j'écris un texte sur les moeurs sexuelles du ragondin et que quelqu'un le reprend et le modifie pour faire l'apologie du nazisme (il est doué), ce n'est pas mon texte qui contient des propos nazis, mais un texte dérivé du mien. Il n'y a pas de renoncement ni à la propriété ni à la paternité de son oeuvre.

    - Pour répondre aux questions sur la rémunération des artistes, il a bien répondu, mais j'aurais fait la distinction entre l'oeuvre "numérique" et sa concrétisation. Un scan de la Joconde, ça ne vaut rien, alors que le tableau physique de la Joconde vaut extrêmement cher. De la même manière, un peintre qui met une de ses oeuvres sous licence libre autorise n'importe qui à reprendre les éléments de sa peinture, mais l'oeuvre physique reste, et il peut la vendre. Plus la renommée de l'arborescence d'oeuvres sera grande, et plus les concrétisations physiques de cette oeuvre vaudront cher.

    - De plus, on ne peut pas interdire aux "revendeurs" de vendre une oeuvre, comme le proposait une personne, sans interdire aux auteurs consécutifs de le faire. On ne peut pas faire une distinction entre un auteur qui apporte quelque chose à l'oeuvre et un parasite qui ne fait que l'exploiter, donc si on veut qu'un auteur puisse se faire payer pour un travail sur une oeuvre libre, il faut autoriser tout le monde à se faire payer. C'est le public qui doit faire la distinction, des achats intelligents, pour par exemple n'acheter qu'un livre dont l'éditeur garantit avoir payé les auteurs.