• [^] # Re: Y'a pas beaucoup de "contre" officiels;..

    Posté par . En réponse à la dépêche Appel du Nouvel Observateur contre la répression du peer-to-peer. Évalué à 8.

    Pourtant, c'est comme ça que marche 98% de l'économie... Tu crois que l'ouvrier de chez Renault touche son salaire en fonction du nombre de voitures vendues et de leur prix de vente? C'est un peu exagéré, parce qu'on sort du problème de la propriété intellectuelle, mais finalement, l'ouvrier est un peu propriétaire de la propreté de son montage. Pense un peu au boulanger, par exemple : l'apprenti va façonner le pain, qui se vendra forcément mieux s'il est beau, régulier et bien cuit. Cependant, il est payé par son patron pour son travail, et non pour le résultat des ventes.

    Plus proche de la propriété intellectuelle : le développement de logiciels. Le principe, c'est que Monsieur Portes paye ses développeurs tous les mois pour coder un logiciel qui s'appelle "Fenêtres". Les dév sont payés, que "Fenêtres" soit vendu cher ou non. Ils sont mêmes payés pareil que "Fenêtres" soit un bon logiciel ou non (bon, ils sont virés s'ils bossent mal, mais bon). Pourtant, on se situe bien dans un domaine créatif, où les droits sont liés à la propriété intellectuelle. Le deal, c'est "je te paye pour bosser, et je m'arrange pour rentrer dans mes frais avec le fruit de ton boulot". Si "Fenêtres" ne se vend plus, le dev garde son argent. Si "Fenêtres" se vend beaucoup, le dev a toujours son argent, ça ne le regarde plus. D'ailleurs, c'est grâce à Monsieur Portes que "Fenêtres" se vend beaucoup, et franchement pas beaucoup grâce au dev, vu la stabilité légendaire des produits sus-mentionnés.

    Bref, le domaine de l'art est soumis à des lois économiques très très étranges. Les gens sont payés bien après avoir bossé, ils sont payés beaucoup ou ils ne touchent presque rien, et ça, ils ne le savent pas quand ils travaillent. Ils sont aussi payés en fonction de beaucoup de facteurs qu'ils ne maîtrisent pas (publicité, promotion, passages radio...). C'est à mes yeux complètement malsain, puisque ça revient à confondre l'entreprise et l'individu : l'individu doit investir de sa force de travail pour recevoir, peut-être, une compensation en argent : le travail n'a plus de valeur intrinsèque, il a une valeur a posteriori. Autant payer les chercheurs 20 ans après en fonction de ce que l'industrie a fait de leurs découvertes. Autant payer un PDG 5 ans après sa prise de fonction, en fonction de l'état actuel de la boîte. Autant payer le garagiste 2 ans après la réparation, si seulement la réparation a tenu.

    Accessoirement, le système fait que la prise de risque est uniquement individuelle, et le moins possible liée au distributeur : l'investissement artistique est ridicule (un studio d'enregistrement et 2 techniciens, ça va, hein...), le seul risque qui est pris, c'est un risque promotionnel (tournées, pub, diffusion, exposition dans les magasins, etc.). Du coup, c'est sur les artistes que reposent la prise de risques : quand ça marche, bingo, quand ça foire, galère. Alors évidemment, tout le monde veut gagner au loto, mais je ne suis pas sûr que laisser ce rêve, c'est leur rendre service. Je pense que quelqu'un comme JJG, vu ce qu'il rapporte, pourrait être très très très très bien payé, mais rester un salarié comme tout le monde. Il n'y a rien de dégradant à être salarié, même dans l'art... De toutes manières, les maisons de disque s'en mettent plein les poches, alors pourquoi ne pas donner aux artistes un revenu plus régulier et conforme à ce qui se fait par ailleurs? (être payé pour bosser, ni plus ni moins).