• [^] # Re: Debian et L4

    Posté par . En réponse à la dépêche Interview de Richard Stallman sur KernelTrap. Évalué à 8.

    Je ne pense pas que ce soit la personnalité d'un Linus qui manque au Hurd. Et je ne pense pas que DLFP soit le meilleur endroit pour en discuter. Il est acquis que le Hurd a suscité moins d'engouement que Linux. Mais si on prend l'évolution du développement du Hurd, les choses sont loin d'être linéaires ou désespérées. Le développement du Hurd a commencé vers 1990 avec principalement Thomas Bushnell et Roland McGrath, tous les deux alors employés par la FSF. Il a suscité l'intérêt de développeurs peu nombreux, mais qui s'y sont investis à fond : Miles Bader (développeur Emacs & Glibc bien connu), Okuji Yoshinori (maintainer de Grub), Mark Kettenis, .... Mais l'équipe n'a pas su intégrer de nouveaux éléments, et quand Thomas et Roland ont quitté la FSF aux alentours de 94/95. Aussi, le développement a été presque entièrement stoppé entre cette date et l'arrivée de Marcus Brinkmann vers 98/99. Mais comme quoi les choses ne sont pas inéluctables, d'un développeur vraiment actif on est repassés à 2 (Neal H. Walfield), puis les anciens développeurs sont revenus un peu sur la scène, et maintenant on a un noyau de développeurs d'environ 5 à 10 personnes actives. Ce point historique montre bien, je pense, qu'un projet, ça se redynamise en assez peu de temps. Et l'arrivée du port sur L4 a permis, comme je le disais, d'amener encore d'autres gens, tous d'autant plus motivés. Il faut que le Hurd s'affranchisse des clichés, s'affranchisse des réticences liées à la FSF, et c'est en avançant de façon résolue et indéniable qu'il peut faire cela.

    Quant au "switch", je pense au contraire qu'il pourrait se faire extrêmement rapidement, une fois le Hurd arrivé à maturité. Tout dépend bien sûr de quelles entreprises ou de quels particuliers on parle. Pour les particuliers, l'arrivée à GNU/Linux et aux logiciels libres se fait quasi-systématiquement par un tiers, qui fait la première installation, la première initiation. C'est cette frange de "prosélytes" qui répand GNU/Linux. C'est à celle-là que tiendra l'implantation de GNU/Hurd chez les particuliers. Et ils ne rencontreront probablement aucune opposition, parce que GNU/Hurd fournit une interface de compatibilité POSIX totale, et que le changement sera (ou plutôt, pourra être) totalement transparent. Le grand pas a été fait avec GNU/Linux. GNU/Hurd pourrait très bien profiter de ça. Dans le milieu professionnel, il faut distinguer les petites unités indépendantes, les petits CRI, les PME/PMI/TPE, où la décision revient couramment à quelques personnes, ça se passera probablement pareil. Évidemment, il y a ensuite les réticences des grandes organisations. Mais il y en a toujours. Et je crois qu'on aura peu de mal à convaincre.

    La force du Hurd, c'est de respecter à la lettre le GNU Manifesto : totalement compatible avec Unix (l'existant), mais repoussant les limites, permettant toujours plus, "à côté". Nul besoin de changer ses habitudes : vous le pouvez, et vous n'en tirerez que plus d'avantages. En attendant, même avec des logiciels purs POSIX et une utilisation purement Unixienne classique, GNU/Hurd s'efforcera d'être au moins aussi performant, stable et puissant que l'existant.