• [^] # Re: Filiation

    Posté par . En réponse à la dépêche Premières rencontres africaines des logiciels libres. Évalué à 10.

    Ces rencontres sont la conséquence directe de l'invitation de de délégués africains aux RMLL à Bordeaux en 2002.

    Je vais le dire cruement, mais faut pas exagérer non plus.

    Le programme de développement des logiciels libres de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie, via son Institut pour les Nouvelles Technologie de l'Information et la Formation (INTIF, basée à Bordeaux), date de 1999. Les délégations africaines sont venues à _toutes_ les RMLLs, depuis les premières en 2000 et, pour autant que je sache, sur invitation (et financement) de l'INTIF.

    Loin de dire que les RMLLs n'ont pas eu d'impact sur leur programme et leurs actions, puisque ces rencontres ont été à chaque fois le prétexte à un rassemblement qui a permis le développement général de leur réflexion, conjointement avec d'autres participants (malheureusement très peu nombreux), et de partage d'expérience. Mais des rassemblements, ils en ont eu bien d'autres, durant lesquels se sont prises des décisions importantes et sont nées des initiatives majeures. Il me semble donc plus que prétentieux d'attribuer aux RMLLs un lien direct de cause à effet (i.e. paternité et filiation) au sujet des RALLs. Je sais que je vais en choquer certains, mais cela me semble être un fait, leur combat n'a pas eu besoin des RMLLs pour exister et se mettre en place.

    Par exemple, quand j'ai donné ma première formation pour la Francophonie en 2001 à Lomé, on parlait déjà de fonder l'AAUL et de monter un évènement panafricain (qui deviendra les RALLs) pour la promotion du logiciel libre.

    Ce que je veux souligner au travers de ce ch'tit coup de gueule, c'est que le développement du logiciel libre en Afrique est une initiative africaine, et donc un projet complètement approprié par eux, et non la conséquence d'un évènement européen agrémenté d'une généreuse charité des riches bien pensant que nous sommes... Et surtout que ce combat va bien au delà du "le LL c'est bien, le proprio c'est maaal" qui pose le logiciel libre comme une fin, mais constitue un enjeux majeur du développement économique de ces pays parce que le logiciel libre y constitue un _outil_ au service du développement et de l'appropritation des nouvelles technologies.

    Comme le souligne Pierre Jarillon, cet évènement, ainsi que beaucoup d'autres (conférences, ateliers de formation) sont le fruit du travail de titan effectué par les gens de l'INTIF, et en particulier Pierre Ouédraogo dont je tiens à saluer l'action. Ces deux semaines passées à Ouagadougou ont encore montré la motivation et la résolution de ces africains pour l'adoption des logiciels libres, face aux programmes de "d'aide au développement" poussé par les grosses firmes informatiques. Et ce refus de se laisser aller à la facilité pour défendre leur vision ne rend leur combat que plus admirable.

    Au delà de cette mise au point peut-être un peu brutale, j'ai apprécié les RMLLs auxquelles j'ai participé et je recommande l'évènement, qui me semble un rassemblement important, voire incontournable en Europe pour le logiciel libre, qui peut se vanter d'être le point de départ de pas mal d'initiatives.

    J'y ai rencontré plusieurs informaticiens qui ne bénéficiaient d'aucune ligne haut débit pour charger. nous avons été quelques un à leur envoyer des cdroms.

    Là par contre, la situation s'est clairement améliorée avec la pose d'une fibre haut-débit qui fait le tour de l'Afrique jusqu'à l'Inde. Les pays côtiers arrivent à avoir des sorties avec des débits honorables. Les pays à l'intérieur des terres s'en sortent un peu moins bien (forcément), mais ça va. Reste que l'accès à Internet reste un luxe, tout comme l'accès à l'informatique tout court dans des payes où le matériel coûte nettement plus cher qu'ici. Il est donc vrai que la fourniture de CDROM (les lecteurs de DVD restent très rares) de distributions et de logiciels divers (genre OpenOffice.org parce que c'est gros) mais aussi et surtout de documentation (sous forme électronique ou papier) sont des gestes appréciables et appréciés, et doivent être encouragées. Envoyer 100 CDROM à une université ou un LUG africain coûte bien peu de choses par rapport à ce que ça peut engendrer là-bas.



    PS : l'avis exprimé ici est purement personnel et ne saurait représenter l'avis de qui que ce soit d'autre cité ou non...