• [^] # Digression sur le libéralisme

    Posté par . En réponse à la dépêche Le Conseil de l'UE s'apprête à balayer le vote du Parlement sans discussion. Évalué à 10.

    Faut pas mélanger libéralisme et démocratie.

    Séparer la politique de l'économie, c'est bien, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment possible, mais de toute façon, notre existence est conditionnée par les deux. Que serait un monde où on serait totalement libre, mais où vouloir gagner de quoi manger impliquerait un travail d'esclave (bon, à part un pays en voie de développement démocratique "favorisé" par la mondialisation) ?

    Ce qui tue les pays pauvres se sont les subventions à l'agriculture (c'est n'est pas libéral), les brevets des médicaments sur le sida (ce n'est pas libéral), etc...

    Si tu considères l'utopie libérale, je ne suis pas sûr qu'elle soit parfaite, mais la question est déjà de savoir si elle serait possible. Elle ne me semble pas plus facile à atteindre que l'utopie anarchiste, dans la mesure où ce ne serait jamais qu'un anarchisme économique.
    Quoiqu'il en soit, cela n'a rien à voir avec le libéralisme (ultra-libéralisme) qu'on nous sert actuellement, qui est bien celui où les médicaments contre le SIDA sont brevetés...

    Le libéralisme fait actuellement progresser certains pays pauvres au détriment des pays bien établis

    Le libre-échange induit naturellement un flux d'argent des pays riches à main d'oeuvre chère vers les pays pauvres à main d'oeuvre bon marché.
    On pourrait donc se dire que cela tend à l'équilibre et que c'est génial.
    Seulement tout est dans la manière. Je ne donne pas de l'argent à un habitant d'un pays pauvre pour le travail qu'il fait pour moi, je donne de l'argent à une société qui donne de l'argent à une autre société... qui donne de l'argent à l'habitant du pays pauvre.
    Tout le jeu consiste donc pour les sociétés intermédiaires à capter le maximum du flux, de façon à enrichir l'habitant du pays pauvre le moins possible. D'autant plus que plus elles y réussissent, plus elles retardent l'équilibre et donc plus elles pourront le faire longtemps. Et dans ces conditions-là, bien entendu, il s'agira d'un nivellement par le bas.
    Pour cela, elles ont plein d'outils efficaces :
    - La concurrence bien placée : il s'agit de mondialiser le marché du travail pour y accroître la concurrence tout en diminuant la concurrence sur son propre marché par des fusions et des rachats.
    - Le brevet : quoi de mieux pour empêcher la concurrence, lier les travailleurs et facturer le plus cher possible aux clients ?
    - La spécialisation : il s'agit d'orienter les productions nationales le plus possible vers la spécialisation et surtout pas vers l'auto-suffisance. Le cas idéal où des pays produisent en masse des produits dont ils n'ont pas l'utilité les oblige à passer par des intermédiaires pour en tirer quelque chose aussi bien que pour satisfaire leurs besoins réels. Avec la position la plus favorable pour ces intermédiaires.

    Mais comme on se prend pour le centre du monde, on préfère le protectionnisme au libéralisme.

    Pour le protectionnisme aussi, tout est peut-être dans la manière : en taxant les importations agricoles plutôt qu'en subventionnant notre production agricole, on éviterait de faire du dumping sur l'agriculture des pays pauvres tout en préservant la nôtre.

    Je pense, par ailleurs, qu'on aiderait plus ces pays en les aidant à atteindre l'auto-suffisance alimentaire et sans les racketter sur les médicaments, qu'en leur faisant la grande faveur de laisser nos entreprises les exploiter...

    « Le fascisme c’est la gangrène, à Washington comme en Russie. » — adapté de Renaud, Hexagone