Je ne suis pas d'accord avec l'hypothèse qu'utiliser des logiciels libres libère automatiquement les utilisateurs. Les logiciels libres utilisent souvent pour le stockage des formats certes documentés, mais totalement opaques pour l'utilisateur standard.
Par exemple, Mozilla ou Evolution stockent mon mail dans des fichiers mbox dispersés quelque part dans l'arborescence de mon /home (au milieu d'un fatras d'autres fichiers de conf, fichiers de cache et j'en passe). En tant qu'informaticien, je suis capable de faire un peu d'exploration, de récupérer ces fichiers et les manipuler pour transférer les données sous un autre logiciel ou sur un support d'archive, mais le type d'utilisateur auquel s'adresse l'article ci-dessus en sera complètement incapable, parce que le logiciel ne lui propose pas d'interface compréhensible pour réaliser l'opération (et que l'utilisateur lambda ne sait pas programmer ni même scripter un utilitaire).
Comme dit l'article : «c'est une question de savoir si vous - en tant qu'individu, organisation ou entreprise - pensez qu'il est bon de dépendre d'une tierce partie pour l'accès à vos données.» Or ce n'est pas le cas aujourd'hui pour les logiciels libres. Pour récupérer son mail stocké sous un des logiciels sus-cités, l'utilisateur aura besoin d'un informaticien. Bref, pour que les logiciels libres soient un facteur d'autonomie totale des utilisateurs, il faut de plus un travail sur la normalisation des formats de stockage ainsi que sur les interfaces de manipulation ces formats.
Pour faire plus concret, observons le comportement des utilisateurs vis-à-vis de l'archivage de leurs e-mails personnels. Que font-ils lorsqu'ils veulent ou doivent changer de logiciel de mail ? C'est très simple : ils mettent l'ancien tas d'e-mails à la poubelle. Je doute que ces utilisateurs non-informaticiens, avec les logiciels libres actuels, auraient une attitude différente : on ne leur en donne pas les moyens. Ne pas aller *plus loin* que la promotion des standards ouverts, c'est comme lutter pour la démocratie mais sans combattre l'analphabétisme ni mettre en place les moyens économiques d'un développement de la presse indépendante.
# Re: Pourquoi le Libre va changer le monde
Posté par Antoine . En réponse à la dépêche Pourquoi le Libre va changer le monde. Évalué à 3.
Par exemple, Mozilla ou Evolution stockent mon mail dans des fichiers mbox dispersés quelque part dans l'arborescence de mon /home (au milieu d'un fatras d'autres fichiers de conf, fichiers de cache et j'en passe). En tant qu'informaticien, je suis capable de faire un peu d'exploration, de récupérer ces fichiers et les manipuler pour transférer les données sous un autre logiciel ou sur un support d'archive, mais le type d'utilisateur auquel s'adresse l'article ci-dessus en sera complètement incapable, parce que le logiciel ne lui propose pas d'interface compréhensible pour réaliser l'opération (et que l'utilisateur lambda ne sait pas programmer ni même scripter un utilitaire).
Comme dit l'article : «c'est une question de savoir si vous - en tant qu'individu, organisation ou entreprise - pensez qu'il est bon de dépendre d'une tierce partie pour l'accès à vos données.» Or ce n'est pas le cas aujourd'hui pour les logiciels libres. Pour récupérer son mail stocké sous un des logiciels sus-cités, l'utilisateur aura besoin d'un informaticien. Bref, pour que les logiciels libres soient un facteur d'autonomie totale des utilisateurs, il faut de plus un travail sur la normalisation des formats de stockage ainsi que sur les interfaces de manipulation ces formats.
Pour faire plus concret, observons le comportement des utilisateurs vis-à-vis de l'archivage de leurs e-mails personnels. Que font-ils lorsqu'ils veulent ou doivent changer de logiciel de mail ? C'est très simple : ils mettent l'ancien tas d'e-mails à la poubelle. Je doute que ces utilisateurs non-informaticiens, avec les logiciels libres actuels, auraient une attitude différente : on ne leur en donne pas les moyens. Ne pas aller *plus loin* que la promotion des standards ouverts, c'est comme lutter pour la démocratie mais sans combattre l'analphabétisme ni mettre en place les moyens économiques d'un développement de la presse indépendante.
Pour ceux que ça intéresse, j'ai récemment consigné mon point de vue dans l'article suivant :
http://www.libroscope.org/article.php3?id_article=106(...)