On pourrait effectivement dire qu'il "ne se prononce pas". En tout cas, pas dans ce post (je ne suis pas allé chercher plus loin sur le blog, j'ai eu ma dose de propagande fasciste pour la journée, merci). Mais c'est quand même un argument assez alambiqué pour ne pas se prononcer.
Il faut remettre l'argument dans le contexte de l'époque (2011), et dans le contexte local (les USA). L'argument politique pour l'égalité vis à vis de l'orientation sexuelle en France tourne en effet autour des droits humains. Par exemple, la loi Forni de 1982 était sur une question d'égalité et de droit humains. Le passage du PACS a été en parti motivé par un jugement de la CEDH (dans mon souvenir, même si je ne me souviens plus exactement des détails, et peut être que je confonds avec le mariage). Mais aux USAs, le débat de société n'utilise pas uniquement ce genre d'argument, même si c'est le raisonnement de la cour suprême dans l'affaire Obergefell v. Hodges.
Le passage de blog de Jeff parle d'une application crée par Exodus International, un groupe US qui a organisé des thérapies de conversions. Je rappelle qu'il s'agit de pratiques interdites en France depuis 2022, dénoncée par l'ONU, le Conseil de l'Europe, etc. L'organisation n'existe plus, elle s'est auto dissoute en 2013 après avoir compris que ça ne marchait pas et que leurs actes ont poussé des gens au suicide, une conséquence qui n'est quand même pas très chrétienne. Dans ce contexte où la religion a une place bien plus importante qu'en France, les arguments des organisations LGBT de l'époque se sont orienté vers le slogan "Born this way" (oui, comme la chanson de Lady Gaga, ce qui n'est pas un hasard), à savoir que les minorités sexuelles n'ont pas choisi d'être des minorités, donc qu'il serait injuste de les discriminer sur cette base tout comme les noirs américains n'ont pas choisi de naître noir (le lien entre le mouvement des droits civiques des années 60 aux USAs et le mouvement LGBT des années 1970 est assez documenté). Et c'est même pas un argument nouveau vu que c'était celui de Magnus Hirschfeld en 1896 pour décriminaliser les actes entre personne de même sexe dans l'empire Allemand.
Face à ça, les mouvements pro thérapies de conversions ont basculé leur argumentaire. Il ne s'agit pas de faire changer les gens, mais de contenir les "tendances". Si vous vous dites "hé, mais j'ai déjà entendu ça il y a 13 ans", je dirais d'abord bravo pour votre doctorat en histoire contemporaine des luttes LGBT, et en effet, c'est exactement le même argument que celui donné par Philippe Ariño, caution homosexuelle du Syndicat de la famille, né La Manif Pour Tous.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre pourquoi ça parle de génétique, et en effet, ça choque parce qu'en France et comme tu le signales, on aborde pas les droits des personnes LGBT de cette façon. Le débat contemporain sur les thérapies de conversions a été plus rapide et n'a pas porté tant que ça sur la liberté religieuse. Sauf erreur de ma part, il y a eu un livre (Dieu est amour, 2019) qui a mis le sujet dans les médias, puis une proposition de loi en 2020 avant d'arriver à l'interdiction en janvier 2022. Aux USA, Exodus International a été fondé en 1976, les premiers prêcheurs sur le sujet ont commencé vers la fin des années 60. Entre temps, il y a eu masse mobilisation, des témoignages, des films, etc. Et malgré ça, interdire ces pratiques est en partie contre la constitution.
Dans le passage que tu cites, Jeff commence par dire juste avant: "In fact, I'm pretty sure there are genetic dispositions towards different kinds of sexual behaviors and patterns—just as there are genetic dispositions towards such things as alcoholism, racism, elitism, etc". Donc il accepte l'argument d'une composante génétique à des comportements sexuelles (ce qui n'est pas exactement prouvé) avant de dire que même si c'est génétique, ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas juger ça.
Et ça me peine vraiment de dire que j'ai tendance à être un peu d'accord avec lui sur ce point précis. Je pense qu'on accepterait pas un argument du style "je suis raciste parce que c'est génétique" ou "je suis violent parce que les hommes sont génétiquement violents". Il n'y a pas de raison de l'accepter ailleurs juste parce que c'est politiquement pratique.
Le fait de parler de prédispositions génétiques envers l'alcoolisme est également problématique car au mieux mal formulé (car si l'addiction est un mécanisme lié en partie à la biologie, je peux en effet accepter l'argument des facteurs de risques liés à la génétique), au pire une théorie eugéniste. Encore une fois, c'est un argument qui date de la fin du 19eme siècle, donc bien avant que le régime nazi pousse son idéologie eugéniste à son paroxysme. Et il faut aussi voir que les pays abordent l'histoire de façon différente, et qu'assez logiquement, la France parle plus des nazis que le reste du monde, donc qu'on est peut être plus sensible aux dérives que d'autres pays, et c'est aussi pour ça que ça doit moins choquer aux USA.
Donc on peut avoir le doute sur ce qu'il dit comme tu le soulignes, mais dans le contexte, il en parle surtout dans le cadre d'un débat contemporain vis à vis de la liberté religieuse et d'expression, du pouvoir des plateformes, et en réponse à un argument avancé par des mouvements pro-LGBT aux USAs.
Et il ne dit pas que c'est pas ok, il dit que pour certaines personnes (un point que Drew a omis de son texte), ça ne suffit pas à justifier un comportement. Bien sûr, vu les termes employés (homosexual tendencies), on peut avoir des doutes sur le fait qu'il s'inclue dans "certaines personnes".
Dans la mesure ou l'argument contre la génétique serait pro thérapie de conversion dans le contexte de l'époque (et ce que Drew, également américain, lui reproche implicitement), et que l'argument pour la génétique est dérivé des bases de l'eugénisme (et vu comme tel en Europe, mais sans doute pas autant aux USAs), qu'il se prononce dans un sens ou dans l'autre n'aurait rien changé, car c'est une discussion où les termes même de la discussion sont problématiques. Ne pas se prononcer est le seul mouvement gagnant, et même ça, on lui reproche.
Et j'irais même plus loin, en évoquant la dignité humaine dans son article ("One that has a comprehensive worldview centered around the dignity of the human person, as created by a loving and relational God."), je pense que Jeff est plus proche de l'argumentaire basé sur les droits humains qu'on retrouve en France que l'argument génétique pourtant utilisé par des mouvements des droits des personnes LGBT, même si ça n'aboutit pas à la même conclusion.
Mais c'est pas ce qui est mis en avant, car le but, c'est de le pourrir en ressortant une phrase d'un post de blog d'il y a 15 ans, comme si personne ne pouvait changer entre temps, comme si c'était pas non plus un sujet compliqué vis à vis de sa foi et de la société.
[^] # Re: Choses louches, et il y pourrait y avoir dans cette liste au moins une occurrence de harcèlement avec diffamation par fabrication
Posté par Misc (site web personnel) . En réponse au lien les petits gars bizarres à éviter du Logiciel Libre. Évalué à 6 (+4/-1).
Il faut remettre l'argument dans le contexte de l'époque (2011), et dans le contexte local (les USA). L'argument politique pour l'égalité vis à vis de l'orientation sexuelle en France tourne en effet autour des droits humains. Par exemple, la loi Forni de 1982 était sur une question d'égalité et de droit humains. Le passage du PACS a été en parti motivé par un jugement de la CEDH (dans mon souvenir, même si je ne me souviens plus exactement des détails, et peut être que je confonds avec le mariage). Mais aux USAs, le débat de société n'utilise pas uniquement ce genre d'argument, même si c'est le raisonnement de la cour suprême dans l'affaire Obergefell v. Hodges.
Le passage de blog de Jeff parle d'une application crée par Exodus International, un groupe US qui a organisé des thérapies de conversions. Je rappelle qu'il s'agit de pratiques interdites en France depuis 2022, dénoncée par l'ONU, le Conseil de l'Europe, etc. L'organisation n'existe plus, elle s'est auto dissoute en 2013 après avoir compris que ça ne marchait pas et que leurs actes ont poussé des gens au suicide, une conséquence qui n'est quand même pas très chrétienne. Dans ce contexte où la religion a une place bien plus importante qu'en France, les arguments des organisations LGBT de l'époque se sont orienté vers le slogan "Born this way" (oui, comme la chanson de Lady Gaga, ce qui n'est pas un hasard), à savoir que les minorités sexuelles n'ont pas choisi d'être des minorités, donc qu'il serait injuste de les discriminer sur cette base tout comme les noirs américains n'ont pas choisi de naître noir (le lien entre le mouvement des droits civiques des années 60 aux USAs et le mouvement LGBT des années 1970 est assez documenté). Et c'est même pas un argument nouveau vu que c'était celui de Magnus Hirschfeld en 1896 pour décriminaliser les actes entre personne de même sexe dans l'empire Allemand.
Face à ça, les mouvements pro thérapies de conversions ont basculé leur argumentaire. Il ne s'agit pas de faire changer les gens, mais de contenir les "tendances". Si vous vous dites "hé, mais j'ai déjà entendu ça il y a 13 ans", je dirais d'abord bravo pour votre doctorat en histoire contemporaine des luttes LGBT, et en effet, c'est exactement le même argument que celui donné par Philippe Ariño, caution homosexuelle du Syndicat de la famille, né La Manif Pour Tous.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre pourquoi ça parle de génétique, et en effet, ça choque parce qu'en France et comme tu le signales, on aborde pas les droits des personnes LGBT de cette façon. Le débat contemporain sur les thérapies de conversions a été plus rapide et n'a pas porté tant que ça sur la liberté religieuse. Sauf erreur de ma part, il y a eu un livre (Dieu est amour, 2019) qui a mis le sujet dans les médias, puis une proposition de loi en 2020 avant d'arriver à l'interdiction en janvier 2022. Aux USA, Exodus International a été fondé en 1976, les premiers prêcheurs sur le sujet ont commencé vers la fin des années 60. Entre temps, il y a eu masse mobilisation, des témoignages, des films, etc. Et malgré ça, interdire ces pratiques est en partie contre la constitution.
Dans le passage que tu cites, Jeff commence par dire juste avant: "In fact, I'm pretty sure there are genetic dispositions towards different kinds of sexual behaviors and patterns—just as there are genetic dispositions towards such things as alcoholism, racism, elitism, etc". Donc il accepte l'argument d'une composante génétique à des comportements sexuelles (ce qui n'est pas exactement prouvé) avant de dire que même si c'est génétique, ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas juger ça.
Et ça me peine vraiment de dire que j'ai tendance à être un peu d'accord avec lui sur ce point précis. Je pense qu'on accepterait pas un argument du style "je suis raciste parce que c'est génétique" ou "je suis violent parce que les hommes sont génétiquement violents". Il n'y a pas de raison de l'accepter ailleurs juste parce que c'est politiquement pratique.
Le fait de parler de prédispositions génétiques envers l'alcoolisme est également problématique car au mieux mal formulé (car si l'addiction est un mécanisme lié en partie à la biologie, je peux en effet accepter l'argument des facteurs de risques liés à la génétique), au pire une théorie eugéniste. Encore une fois, c'est un argument qui date de la fin du 19eme siècle, donc bien avant que le régime nazi pousse son idéologie eugéniste à son paroxysme. Et il faut aussi voir que les pays abordent l'histoire de façon différente, et qu'assez logiquement, la France parle plus des nazis que le reste du monde, donc qu'on est peut être plus sensible aux dérives que d'autres pays, et c'est aussi pour ça que ça doit moins choquer aux USA.
Donc on peut avoir le doute sur ce qu'il dit comme tu le soulignes, mais dans le contexte, il en parle surtout dans le cadre d'un débat contemporain vis à vis de la liberté religieuse et d'expression, du pouvoir des plateformes, et en réponse à un argument avancé par des mouvements pro-LGBT aux USAs.
Et il ne dit pas que c'est pas ok, il dit que pour certaines personnes (un point que Drew a omis de son texte), ça ne suffit pas à justifier un comportement. Bien sûr, vu les termes employés (homosexual tendencies), on peut avoir des doutes sur le fait qu'il s'inclue dans "certaines personnes".
Dans la mesure ou l'argument contre la génétique serait pro thérapie de conversion dans le contexte de l'époque (et ce que Drew, également américain, lui reproche implicitement), et que l'argument pour la génétique est dérivé des bases de l'eugénisme (et vu comme tel en Europe, mais sans doute pas autant aux USAs), qu'il se prononce dans un sens ou dans l'autre n'aurait rien changé, car c'est une discussion où les termes même de la discussion sont problématiques. Ne pas se prononcer est le seul mouvement gagnant, et même ça, on lui reproche.
Et j'irais même plus loin, en évoquant la dignité humaine dans son article ("One that has a comprehensive worldview centered around the dignity of the human person, as created by a loving and relational God."), je pense que Jeff est plus proche de l'argumentaire basé sur les droits humains qu'on retrouve en France que l'argument génétique pourtant utilisé par des mouvements des droits des personnes LGBT, même si ça n'aboutit pas à la même conclusion.
Mais c'est pas ce qui est mis en avant, car le but, c'est de le pourrir en ressortant une phrase d'un post de blog d'il y a 15 ans, comme si personne ne pouvait changer entre temps, comme si c'était pas non plus un sujet compliqué vis à vis de sa foi et de la société.