• [^] # Re: Les LLM et la médecine

    Posté par . En réponse au lien Debian autorise l'IA dans son code Linux, et une partie de la communauté claque la porte. Évalué à 3 (+1/-0).

    Sauf que :

    1. On ne parle pas du tout de traiter des patients au jour le jour, mais de simuler des données pour inventer des patients qui n'existent pas ;
    2. Les outils théoriques pour éviter l'erreur conne du type "administrer un traitement auquel le patient a une allergie documentée et tracée dans le dossier" existent déjà, ils ne sont juste pas utilisés.

    Pour le 1, j'y ai répondu plus bas. Quand on simule des patients, fût-ce par IA ou via n'importe quelle méthode plus ou moins complexe, on se retrouve toujours, in fine, avec des « patients » qui correspondent à nos hypothèses de simulation. Et on ne peut pas ne pas faire d'hypothèse, puisque faire un modèle, c'est implicitement ou explicitement faire des hypothèses. Or on ne peut pas faire un modèle basé empiriquement sur une connaissance pas encore acquise. Donc on fait du pifomètre, et on compare le traitement à ce pifomètre.

    Pour le 2, il suffit de faire un logiciel de dossier patient avec des données structurées. Une case où tu saisis tes allergies, une case où tu saisis les traitements déjà en cours, une case avec les antécédents, et tout nouveau traitement ou acte est comparé à un moteur de règles et s'allume en rouge si un conflit est détecté, avec un joli message du type : « Vous allez donner de l'amoxicilline à un patient présentant une allergie documentée, veuillez taper MERCI JE SAIS CE QUE JE FAIS avant de continuer ». Sauf que c'est pas fait. Parce que les médecins, en France, saisir les dossiers médicaux de façon structurée, ça leur passe au-dessus de la tête, ils préfèrent taper au kilomètre et ils se fient à leur cerveau. Tu as pas besoin d'une IA, juste de bien ranger tes données (pro tip : c'est pas du tout spécifique de la médecine).

    Et oui, tu as tout à fait raison, il faut que les médecins descendent de leur piédestal, ça leur fera du bien. Il n'y a aucune honte à admettre que le patient puisse avoir raison ou faire une suggestion utile. J'ai un jour envoyé ma copine aux urgences, elle a dit "mon mec pense que j'ai une pyélonéphrite", on ne lui a pas demandé si j'étais médecin. On lui a répondu "Eh ben il a raison", et ensuite, quand elle a relu l'ordonnance et demandé où était l'antibio, elle a eu des excuses de l'interne. La difficulté qui se pose, c'est surtout le patient qui appelle et qui fournit un diagnostic sans répondre aux questions qui permettraient de le différencier d'autres diagnostics. Tu sais reconnaître un infarctus ? Cool. Comment tu différencies un infarctus d'une embolie pulmonaire ? Non parce que si je t'envoie en coronarographie sans traiter ton EP on risque d'avoir un souci.

    En résumé :

    • J'ai tel, tel et tel symptôme et j'en déduis que j'ai ça : OK
    • J'ai ça : NOK
    • « Mais vous êtes médecin ? » : tentant mais NOK. Privilégier : « Attendez, on va reprendre les choses dans l'ordre. Qu'est-ce qui vous fait penser que vous avez ça ? ».

    Par contre, ça marche dans les deux sens. Jamais, jamais, je ne réponds à un patient "vous n'êtes pas médecin, taisez-vous". Par contre, "votre médecin traitant vous a prescrit une coproculture, que vous n'avez pas réalisée, je suis donc dans l'incapacité de connaître le germe qui vous a donné une TIAC et lui-même est dans l'incapacité de vous traiter efficacement", c'est tous les jours. Parce que malheureusement, le patient qui arrive avec son diagnostic, il arrive aussi avec sa certitude que lui n'a pas besoin d'examens complémentaires tellement son diagnostic est évident.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.