• # Un retour

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche Éditer de la littérature libre : les Éditions du Renard Spatial. Évalué à 7 (+5/-0).

    Une longue dépêche appelle un long commentaire... Je suis partie dans tous les sens, il y a trop de choses intéressantes !

    Le second, c’est que mis à part quelques exceptions comme le cinéma, beaucoup d’arts sont profondément solitaires ou se pratiquent en tout petit comité, là où le développement logiciel est généralement un travail d’équipe. Les notions de partage, d’amélioration mutuelle sont beaucoup plus fréquents dans le développement logiciel que dans l’art.

    Ça, je trouve que c'est plus une image qu'une réalité. Oui, on peut faire de l'art en solitaire, façon "arts créatifs", mais si on envisage d'arriver à des œuvres réellement abouties, c'est pas gagné en restant seul.

    En tant qu'artiste, on a besoin d'apprendre notre art et quelques que soit les titres que prennent les professeurs, il y a forcément formation, et celle sans retour (via les bouquins, les tutos vidéo etc) trouve vite ses limites. On a besoin de retours critiques professionnels (parce qu'il y a une sacré différence entre l'amie qui n'y connaît rien et qui n'a pas envie de nous freiner dans notre élan et la pro qui va pointer chaque point faible au regard de l'art). On a besoin de gens qui nous poussent à surmonter nos défauts (qu'il s'agisse de la flemme, du perfectionnisme, de l'ego trop grand ou trop faible...). On a besoin, enfin et surtout, de gens qui croient en nous et qui vont nous "vendre".

    En fait, dès qu'on sort du hobby du dimanche, on se confronte nécessairement à cette nécessité (pas toujours évidente!) de devoir travailler avec plusieurs acteurs. Et c'est d'ailleurs ce que tu fais en devenant éditeur, tu parle d'ailleurs toi-même de la "chaine du livre", qui, quand elle n'existe pas, conduit les manuscrits à juste dormir dans un coin sans que personne ne les lisent (et souvent sans qu'ils ne deviennent aboutis).

    Sur les couvertures : je suis totalement d'accord avec ta réflexion. Mieux vaut une couverture sobre et qui s'identifie bien de loin, car c'est plus que secondaire dans l'achat du bouquin. Il y a quelques illustrations qui m'ont fait rêver, il y en a aussi un paquet que j'ai trouvé très décevantes par rapport au contenu du livre ; et surtout il y a des livres où juste à la tranche, je sais quelle collection c'est, ce qui aide dans les flâneries chez les bouquinistes. Par contre "sobre" ne dispense peut-être pas de se passer de travailler sur le modèle avec un pro, histoire de trouver les bons accords de couleur, police, placement, et que cette sobriété soit au service du storytelling de ta maison d'édition. Pour avoir assisté un ami sur un projet similaire, je crois qu'on sous-estime grandement la difficulté à faire du "bon" sobre. Est-ce que j'arrive à faire une critique constructive de ton design ? Pas vraiment, je trouve que globalement l'idée est bonne, mais il y a un truc qui me chatouille sans que je mette le doigt dessus. Peut-être que c'est trop saturé ? Mais... bah, ça marche, et c'est le principal : il est certain que ça se démarquera dans un linéaire.

    Concrètement, c’est un·e auteur·ice qui écrit pour le plaisir, en loisir, et donc n’a pas besoin de ce revenu pour vivre. Je vais être très clair sur un point : je paie mes auteur·ices, et il n’a jamais été question de ne pas le faire. Simplement, je ne peux pas me permettre d’avance sur droits ni promettre des ventes faramineuses, cf. le point précédent.

    Je te rassure sur ce point : tu fais bien plus que beaucoup d'éditeurs professionnels. Je vis dans un milieu d'écrivains, il y en a plusieurs dans ma famille, dans mes proches, certains ayant publiés des livres de référence dans leur domaine, ou ayant réussi à vendre assez pour faire quelques rééditions. J'ai donc des retours sur diverses maisons d'éditions, petites et grandes, et... celles qui sont honnêtes sont l'exception. La règle est de ne pas payer les auteurs avec autre chose que des promesses, et de leur filer des cacahuètes à la limite. Au final, quand on gratte un peu, celles et ceux qui peuvent passer leur journées à écrire bénéficient en général de ressources en dehors de leur écriture, et c'est particulièrement vrai depuis une vingtaine d'année, la situation des écrivains (au moins en France) n'ayant cessé de se dégrader... Ce n'est pas pour rien que le Droit du serf avait été créé :/
    Les auteurs s'épuisent dans ces luttes qui n'aboutissent pas, parce qu'au final il y aura toujours assez de gens qui accepteront les conditions toujours plus injurieuses imposées par la chaîne du livre. Et que les vendeurs de papier n'ont besoin que d'une star/un politicien qui va mettre son nom sur une couverture pour faire de la thune (que ça se vende/lise n'étant pas leur problème, pour le coup), ce qui se trouve toujours assez facilement.
    Donc tout ça pour dire : merci beaucoup d'essayer de faire les choses bien :)

    Pour ton site web, vu mes propres capacités en design, je ne m'aventurerais pas trop loin. Il a le grand avantage d'être lisible, ce qui, je dois l'avouer, est bien plus que pas mal de sites d'éditeurs... C'est sobre, perso j'aime bien ; peut-être que cela gagnerait un peu de "fun" à utiliser des décos façons "vieux journaux" sur tes lignes horizontales (il y a des choses sympas dans les "frames" des svg du genre openclipart). Ou, pour rester plus raccord avec le logo, quelques éléments en pixel art.
    Sur grand écran, le multicolonne est un peu lourd à lire.

    Concernant la chaîne éditoriale elle-même, as-tu jeté un œil aux outils mis en place par Des Livres En Commun (anciennement Framabook) ? https://framagit.org/framabook
    L'objectif était justement de créer des livres "propres", que ce soit côté typographie, accessibilité, respect des standards epub. Et si jamais, je suis assez certaine que les auteurs du système répondent aux questions ;)

    Par curiosité, sur l'impression à la demande, tu es passé par qui finalement ? C'est hélas en effet un peu la seule solution tenable quand il y a des petits volumes. Ce n'est pas déconnant, par ailleurs : on évite d'imprimer un stock qui reste sur les bras.

    Pour la diffusion/distribution, je ne peux pas dire que c'est une mafia, ce serait de la médisance (ou un autre truc puni par la loi). Je ne le dis donc pas, hein. Mais c'est le point qui, bizarrement, met dans la panade nombre de maisons d'éditions, là où certains acteurs ont ce qui pourrait ressembler à une sorte de monopole. Il y a plein de supers bouquins qui ne trouvent jamais le chemin des librairies et des lecteurs, pour des raisons très intéressantes à décortiquer, mais qui n'ont rien à voir avec la qualité et la compétence des divers acteurs de la chaîne. Si tu arrive à trouver comment vendre suffisamment, je serais super intéressée de lire ça. Pour le moment, les seuls exemples "réussis" que j'ai en tête (sur les éditeurs indépendants) avaient des méthodes de ventes pas évidentes à reproduire et surtout des gens d'une force marketing et d'une énergie assez impressionnante. Les success story sont toujours chouettes à lire et j'espère que ça sera ton cas. Mais je dois avouer que j'ai aussi entendu un paquet de fail story (qui sont quand même moins partagées publiquement, étrangement). Après, tant que le but n'est pas de générer un revenu à tout prix et que vous ne perdez pas d'argent... au moins, il y a des livres libres publiés et ça, c'est cool !

    Sur les licences libres : pour moi, en art, c'est finalement aussi la meilleure façon de ne pas se faire déposséder de sa propre œuvre. Le "droit d'auteur" est un abus de langage et ne protège pas vraiment les auteurs, il y a même plutôt tout un arsenal pour les enchaîner. Il y a tellement d'auteurs qui ne peuvent plus publier leur œuvre, parce que l'éditeur a un exemplaire en stock dans le fond d'un entrepôt et un contrat signé avec du sang qui interdit au créateur d'aller voir ailleurs... Au moins, quand on a publié sous licence libre, on se garde le droit de se forker soit-même, de se diffuser autrement. Ça me semble plus sain, comme base. Il y a peu de raison de multiplier les partenaires si tout va bien, mais c'est bien de pouvoir se tirer simplement quand ça va mal.

    J'aime beaucoup ta proposition de soumission de texte ! C'est plus poche de la logique des agents (méthode anglo-saxonne), qui est vraiment pertinente. Mais du coup, tu as accompagné ton autrice sur son texte depuis ce "départ", ou elle avait déjà son premier jet quand tu as commencé à travailler avec elle ?

    Bravo pour ton projet et le boulot accompli, et merci pour le partage.